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vendredi 29 mai 2015

Incertitude du Dialogue : découpage, l’ultime cartouche du glissement





Incertitude du Dialogue : découpage, l’ultime cartouche du glissement






















Une même préoccupation semble partagée par les pro comme les anti-Dialogue initié par le Chef de l’Etat : le refus du glissement du calendrier électoral. Pendant que s’effritent les chances de voir Joseph Kabila réunir autour de lui les membres de sa famille politique ainsi que ceux de différentes sensibilités de l’Opposition, des officines diplomatiques occidentales et américaines scrutent l’horizon à la loupe. Elles cherchent à savoir ce qui pourrait arriver en RDC si les Congolais refusaient de se remettre autour d’une même table en vue de passer en revue tous les problèmes qui fâchent. Il s’agit, pêle-mêle, du contentieux électoral de 2011, de la neutralité du Bureau de la Ceni, du calendrier électoral jugé non consensuel, du renvoi des élections locales au-delà de 2016, du non glissement du calendrier électoral pour la présidentielle et les législatives nationale de 2016, de l’audit externe du fichier électoral, de l’enrôlement de nouveaux majeurs, de la libération des prisonniers politiques, de la réouverture des médias de l’Opposition fermés, etc.
A en croire la mouture d’une réflexion en circulation dans certaines chancelleries, le glissement serait incontournable. Et l’ultime cartouche détenue par le pouvoir en place pour y parvenir, en douceur, serait le découpage territorial. Des observateurs occidentaux pensent que là où les tentatives de révision de la Constitution, d’organisation du référendum constitutionnel ou de subordination des élections aux opérations préalables d’identification et de recensement de la population ont fait flop…l’installation de nouvelles provinces pourrait passer sans soulever des vagues du genre de celles de janvier 2015.
Découpage non budgétisé
Sur papier, le passage de la République Démocratique du Congo de 11 à 26 nouvelles provinces ne fait plus l’ombre d’un doute. Sur le terrain cependant, il s’avère qu’aucune nouvelle provincette ne pourrait entrer en activité, pour la simple et bonne raison que le découpage territorial n’est pas budgétisé pour l’exercice 2015. Et même si cette précaution avait été prise, il aurait été impossible pour le gouvernement central de financer à la fois la mise en place de nouvelles provinces et l’organisation des élections locales, municipales, urbaines et législatives provinciales. On rappelle que la Ceni a besoin de plus d’un milliard de dollars pour boucler le cycle électoral.
L’année 2016, avec la tenue des élections législatives nationales et présidentielle, présente la même difficulté pour dégager des ressources que requiert le fonctionnement de 26 nouvelles entités territoriales. A la lumière de la gué-guerre à laquelle l’on assiste, depuis 2006, entre le gouvernement central et les exécutifs provinciaux au sujet de la rétrocession de 40% des recettes aux provinces, force est de constater que la RDC n’a pas les moyens d’exécuter, ni en 2015, ni en 2016 et peut-être pas en 2017 et 2018, la volonté du législateur en matière de découpage territorial.
La mobilisation des fonds pour l’aménagement de nouvelles routes, usines de production d’eau potable, centrales hydroélectriques, écoles, universités, formations médicales, pistes d’aviation, fermes agro-industrielles, installations sportives et culturelles, la prise en charge des fonctionnaires, la dotation des nouvelles administrations en matériels et fournitures de bureaux, n’est pas possible en l’état actuel de la production interne.
Tensions interethniques
La naissance de nouvelles provinces s’accompagne, aux quatre coins du pays, des tensions latentes entre ethnies et tribus qui se disputent déjà le leadership ou qui n’acceptent pas d’être versées dans un espace géographique donné plutôt que dans un autre. De petits roitelets, incapables d’émerger au sein d’institutions politiques à Kinshasa ou dans leurs provinces d’avant le découpage, n’attendent que cela pour se mettre négativement en valeur. L’on va forcément assister, à la tête de provincettes non viables, à la montée de revendications territoriales, fiscales, douanières, domaniales, culturelles et autres, susceptibles d’engendrer des conflits avec des provincettes voisines, voire le pouvoir central.
A défaut des conflits armés entre ethnies ou tribus autour d’une montagne, d’une mine, d’un lac, d’une rivière, d’une forêt, d’un champ, d’une école, d’une église, d’un stade…on risque de voir des provincettes s’ériger en Etats autonomes et entrer ouvertement en rébellion contre Kinshasa, comme ce fut le cas au lendemain de l’indépendance, entre 1960 et 1965.
Découpage et forces négatives
Le découpage territorial intervient à un moment où plusieurs contrées du pays en Province Orientale, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et au Katanga sont en proie à l’insécurité induite par la présence des forces négatives, internes comme externes. Alors que la paix durable n’y est pas encore rétablie, il est à craindre que la spirale de l’insécurité ne soit relancée un peu partout, au point de contaminer l’Equateur, les deux Kasai et le Bandundu, et rendre le pays ingouvernable. Si les seigneurs de guerre nationaux et étrangers qui empêchent nos compatriotes du Nord, de l’Est et du Sud de dormir tranquille se créent des alliés à l’Equateur, dans les deux Kasaï et au Bandundu, l’équation de l’unification administrative et territoriale ainsi que celle de la cohésion nationale va sérieusement se compliquer. En lieu et place de quelques foyers d’insécurité, celle-ci va toucher une large surface. Une douce balkanisation semble se cacher derrière le découpage territorial.
Combien de temps pour un Congo « normal » ?
Selon certains analystes politiques, il faudrait compter cinq ans ou plus pour permettre à la RDC d’avaler la pilule du découpage territorial. Bref, pour amener le grand Congo à redevenir un pays « normal », il faudrait sacrifier plusieurs années. Comme conséquence collatérale des ratés de la machine de la création de nouvelles entités territoriales décentralisées, il y aura forcément un glissement du calendrier électoral. Comme dit plus haut, il est pratiquement exclu que le trésor public congolais porte concomitamment le processus électoral et le découpage territorial. Un choix devrait être opéré : soit la mise en place de nouvelles provinces, soit la tenue des élections. Mais, au regard de l’environnement politique de ces derniers mois, le processus électoral a très peu de chance d’échapper au glissement.
Kimp
http://7sur7.cd/new/incertitude-du-dialogue-decoupage-lultime-cartouche-du-glissement/

mardi 26 mai 2015

50 vaches, 70 moutons et 30 chèvres pour la main de la fille d'Obama







INSOLITE

50 vaches, 70 moutons et 30 chèvres pour la main de la fille d'Obama

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Un avocat kényan propose 50 vaches, 70 moutons et 30 chèvres au président américain Barack Obama en échange de la main de sa fille Malia, âgée de 16 ans, indique mardi le journal kényan The Nairobian. "Je m'intéresse à elle depuis 2008", a expliqué le jeune avocat Felix Kiprono dans un entretien au Nairobian. A cette époque, le président Obama était en campagne pour son premier mandat et sa fille Malia avait 10 ans.
"Pour tout vous dire, je ne suis sorti avec personne depuis et j'ai promis de lui être fidèle. J'ai confié ça à ma famille et ils sont prêts à m'aider" à rassembler le "prix" proposé pour la jeune fille, a-t-il dit.
L'homme a dit espérer que le président Obama emmènerait sa fille avec lui en juillet, lors sa première visite au Kenya d'où son père est originaire, durant laquelle l'avocat prévoit de faire sa demande au dirigeant américain. La grand-mère de M. Obama, qui a dépassé 90 ans, vit toujours à Kogelo, dans l'ouest du Kenya. "Les gens pourraient croire que je suis intéressé par l'argent de la famille (Obama), mais ce n'est pas le cas. Mon amour est réel", a assuré l'avocat.
Il a indiqué vouloir mener "une vie simple" s'il parvenait à épouser la jeune fille. "J'apprendrai à Malia à traire une vache, à cuisiner l'ugali (un gruau de maïs) et à préparer le mursik (lait aigre traditionnel) comme toutes les autres femmes kalenjin", a précisé le Kényan.

Burkina Faso : les recherches pour retrouver le corps de Thomas Sankara ont débuté





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Burkina Faso : les recherches pour retrouver le corps de Thomas Sankara ont débuté

Après des années de blocage judiciaire, l’enquête sur l’assassinat de Thomas Sankara pourrait connaître une avancée décisive. Près de vingt-huit ans après la mort, lors d’un coup d’Etat, de ce capitaine révolutionnaire devenu président, les recherches pour exhumer son corps et ceux de ses douze compagnons assassinés ont commencé, lundi 25 mai, dans un cimetière de Ouagadougou, dans le cadre d’une instruction ouverte à la fin de mars.

L’enjeu est double : savoir si sa dépouille se trouve bien dans le cimetière de Dagnoën (quartier est de Ouagadougou), conformément à la version officielle, et éclairer les causes et circonstances de sa mort.

Car de nombreux mystères entourent la mort du « père de la révolution burkinabé », le 15 octobre 1987, au soir du coup d’Etat qui a porté Blaise Compaoré au pouvoir pour vingt-sept ans. Ainsi selon le rapport officiel, Thomas Sankara est mort de mort naturelle. Il a ensuite été enterré à la sauvette. Pour sa famille et ses nombreux partisans, il a été assassiné. Et beaucoup doutent également qu’il ait bien été inhumé dans le cimetière de Dagnoën.

Notamment sa veuve, Mariam Sankara. Entendue pendant près de huit heures par la justice le 14 mai, elle réclame depuis des années « la vérité » sur la mort de son mari.

Une opération qui prendra « beaucoup de temps »

Après avoir échoué auprès des tribunaux burkinabés, sous le régime Compaoré, à faire effectuer des tests ADN pour trancher cette question, malgré une décision des Nations unies en 2006, la famille a saisi la Cour africaine des droits de l’homme, qui a ordonné en 2008 au gouvernement du Burkina Faso d’autoriser les expertises nécessaires. Mais Blaise Compaoré ne s’est jamais résolu à le faire.




























Il faudra donc attendre sa chute, le 31 octobre 2014, pour que le dossier Sankara soit rouvert. Sous la pression populaire, le gouvernement de transition a donc décidé en mars de procéder à l’exhumation du corps du président assassiné. Car la figure de Thomas Sankara, révolutionnaire loué pour son intégrité et icône du panafricanisme, a été abondamment évoquée durant le soulèvement populaire qui a conduit à la chute de Compaoré.
Lundi matin, à 8 heures, des jeunes gens munis de « pioches et pelles » ont donc commencé à « ouvrir deux tombes » dans le cimetière, selon des proches des victimes. L’opération est conduite par trois médecins – un Français, le professeur Alain Miras, et deux Burkinabés – en présence du commissaire du gouvernement et d’un juge d’instruction. Mais certains Burkinabés ont également fait le déplacement. Aux cris d’« On veut la vérité ! », des dizaines de curieux sont venus aux abords du cimetière mais se sont vu refuser l’accès par la gendarmerie.
Vingt-huit ans après l’assassinat du président, ses proches en ont assez d’attendre. Mariam Gouem, la fille d’un des gardes du corps de Sankara assassiné en même temps que lui, déplore que cette opération prenne« beaucoup de temps ». En effet, si l’ouverture des sépultures et les prélèvements ADN sur les corps ne devraient prendre que quelques jours, l’analyse des résultats devrait, elle, être moins rapide. Selon une source proche du dossier, « les prélèvements seront sûrement analysés dans des laboratoires étrangers ».
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/05/25/burkina-faso-nbsp-l-exhumation-du-corps-de-l-ex-president-thomas-sankara-a-debute_4640142_3212.html

dimanche 24 mai 2015

Soudan du Sud : la situation, déjà horrible, est désormais « bien, bien pire »





Soudan du Sud : la situation, déjà horrible, est désormais « bien, bien pire »


Les intenses combats au Soudan du Sud plongent le plus jeune pays du monde dans une crise humanitaire plus dramatique de jours en jours. Les affrontements, qui ont repris ces derniers jours, opposent les forces loyalistes au président Salva Kiir à celles de l'ancien vice-président Riek Machar. Ils ont provoqué une « catastrophe » pour les civils, a dénoncé l'ONU vendredi, ajoutant que le gouvernement et les rebelles avaient« réussi à rendre une situation horrible encore bien, bien pire ».
  • Des combats pour le contrôle des réserves pétrolières
Après quelques mois d'accalmie relative, l'armée a lancé fin avril une des plus importantes et violentes offensives en 17 mois de guerre civile, violant, tuant, brûlant et pillant l'aide humanitaire sur son passage et poussant à fuir plus de 650 000 personne.
La semaine dernière, les rebelles ont lancé une contre-attaque toute aussi violente, prenant d'assaut Malakal, capitale en ruine de l'État du Haut-Nil (au nord-est du pays) et porte d'accès aux derniers puits de pétrole encore en activité.
La télévision d'Etat a annoncé vendredi que l'armée avait repoussé les rebelles de la ville proche de Melut (dans le même Etat). Dans un communiqué publié vendredi soir, la présidence sud-soudanaise a affirmé que cet État du Haut-Nil, avec « ses citoyens et ses champs pétroliers », avait été « libéré des rebelles et de leur allié local Johnson Olony ».
  • Une « catastrophe entièrement créée par l'homme »
Les images des combats montrent des hommes armés de lance-roquettes juchés sur des pick-ups, applaudissant lorsque les mitrailleuses lourdes installées à l'arrière lâchent une rafale. Au moins trois barges blindées équipées de canons anti-aériens, utilisées pour le transport de troupes sur le Nil, apparaissent en flammes, tandis que des soldats sur la rive les arrosent de balles et d'obus.
La guerre civile a éclaté en décembre 2013 dans le pays, lorsque le président Salva Kiir a accusé son ancien vice-président Riek Machar, aujourd'hui chef de la rébellion, de fomenter un coup d'État. Le conflit a depuis été marqué par des exactions à grande échelle dans les deux camps.
 Regarder le grand format : Au Soudan du Sud, les visages de l’horreur
Le responsable des droits de l'Homme pour les Nations unies Zeid Ra'ad Al Hussein déplore que les Sud-Soudanais « souffrent absurdement dans une catastrophe entièrement créée par l'homme ». Les combats dans le pays, qui a obtenu son indépendance du Soudan en 2011, ont fait des dizaines de milliers de morts et plus de deux millions de déplacés.
  • Des camps de l'ONU visés
L'ONG Médecins sans frontières (MSF) a fait savoir vendredi que « la recrudescence des combats au Soudan du Sud s'accompagne de violences contre les populations civiles et entrave le déploiement de l'aide humanitaire dont la population a pourtant désespérément besoin » dans les trois États où se concentrent les combats (Unité, Haut-Nil et Jonglei).
Lire l'entretien avec la responsable de l'ONG CARE sur place : « En un an, la peur a gagné le pays »
Dans l'État d'Unité (au nord), MSF a dû abandonner son hôpital de la ville de Leer, tenue par les rebelles jusqu'à cette semaine, pour se replier sur les bases des Nations unies à Malakal et Melut, qui abritent des dizaines de milliers de civils en fuite. Vendredi, l'ONU a accusé l'armée et les rebelles d'avoir tiré sur sa base et exigé que les responsables soient sanctionnés. 
Vingt-deux obus sont tombés en deux jours, tuant huit civils, a indiqué à des journalistes Edmond Mulet, un haut responsable des opérations de maintien de la paix de l'ONU. Il a indiqué avoir contacté le gouvernement sud-soudanais et les partisans de l'ex-vice président Riek Machar pour leur demander de « cesser de cibler les locaux de l'ONU et les sites de protection » des civils et leur rappeler que de telles pratiques sont contraires aux lois humanitaires internationales. Les commandants des deux camps« savent où se trouvent ces sites de protection », a-t-il souligné.
  • Problèmes alimentaires graves
Comme d'autres ONG avant elle, Amnesty International a dévoilé vendredi une enquête faisant état de violences extrêmes au Soudan du Sud« Les personnes interrogées ont fourni des récits effrayants sur les forces gouvernementales incendiant des villages entiers, tuant et frappant les habitants, pillant le bétail et d'autres biens, commettant des actes de violences sexuelles et enlevant femmes et enfants », selon Amnesty.
Les civils parvenant à échapper aux combattants restent néanmoins en grand danger, arrachés à leurs foyers et privés de tout. Plus de la moitié des 12 millions de Sud-Soudanais dépendent aujourd'hui de l'aide humanitaire, dont 2,5 millions souffrent de problèmes alimentaires graves.
Aucun camp ne voulant faire de compromis — tous les cessez-le-feu ont rapidement volé en éclat —, le meilleur espoir de cessation des combats réside dans l'arrivée de la saison des pluies, qui dure en principe d'avril à octobre et rend généralement les routes impraticables aux véhicules militaires. « Maigre consolation », grogne Paul Critchley de MSF, « la pluie ne se mange pas ».
Le Monde.fr avec AFP • 

Burundi : « Plus la crise dure, plus le risque de conflit ethnique se renforce »















Burundi : « Plus la crise dure, plus le risque de conflit ethnique se renforce »

Spécialiste de l’Afrique des Grands Lacs et professeur d’histoire contemporaine à l’université de Pau, le professeur Christian Thibon analyse le retour de Pierre Nkurunziza et sa tentative de reprise en main du pouvoir.
Mercredi 20 mai, Pierre Nkurunziza a signé un décret reportant au 2 juin les élections législatives et communales initialement prévues le 26 mai. Le processus électoral pourra-t-il aboutir ?
Les principaux bailleurs de fonds, les Etats-Unis et l’Union européenne, ont exprimé leurs inquiétudes et de nombreux problèmes logistiques risquent de se poser : la mise en place d’une infrastructure électorale en flux tendus avec un calendrier serré, la participation dans les commissions électorales locales des partenaires de la société civile et des églises, en particulier de l’église catholique.
Les prérequis démocratiques minimums ne sont pas observés au Burundi et il est difficile de mener une campagne avec des radios qui n’arrivent pas à émettre, une opinion publique qui n’est plus libre et un contexte sécuritaire qui se dégrade. Donc, des considérations techniques et politiques rendent difficiles la bonne tenue de ces scrutins.
Quels sont les scénarios envisageables ?
Le pouvoir peut être tenté de mener ces élections coûte que coûte quitte à bafouer les règles démocratiques. Ce qui reproduirait l’expérience des élections ratées de 2010. Toutefois, la communauté internationale les avait alors reconnues, une fois de plus. Donc là encore, le verdict des urnes risque d’être contesté mais sera probablement avalisé.
« Pour le moment, il y a une très forte protestation en zone urbaine, à Bujumbura, alors qu’en milieu rural, c’est l’attentisme qui prime »
Mais à l’occasion de ces élections, des tendances plus fines de l’opinion burundaise pourraient bien se dégager dans les résultats. Pour le moment, il y a une très forte protestation en zone urbaine, à Bujumbura, alors qu’en milieu rural, c’est l’attentisme qui prime pour le moment. Au lendemain de ces élections législatives, nous allons peut-être avoir une opinion plus diversifiée à l’intérieur du pays bien que celle-ci s’exprimera dans un contexte de peur, de fuite et de répression.
Comment s’explique cette opposition entre une mobilisation urbaine et cet attentisme rural que vous soulignez ?
Cette opposition entre ville (et au-delà de la capitale, la plaine littorale du lac Tanganyika) et intérieur du pays, c’est-à-dire les collines et des plateaux, est finalement assez classique. Même si on peut supposer que l’influence de la société civile se soit étendue en milieu rural, cette fois-ci, la mobilisation est restée urbaine.
Une des conséquences de l’échec du putsh est qu’au sein de la paysannerie, le retour de Pierre Nkurunziza est peut-être perçu comme un retour de la paix et de la sécurité. Ce sentiment peut prospérer dans un monde rural actuellement déconnecté et privé d’informations car les radios privées ont été empêchées d’émettre. C’est assez paradoxal : en fin de compte, la recherche de l’épreuve de force et une stratégie de terreur menée par le pouvoir ont transformé Pierre Nkurunziza en une victime d’une tentative de coup d’Etat, dont il est sorti vainqueur en se présentant comme le garant de l’ordre, alors qu’il n’avait fait qu’attiser le conflit.
Donc Pierre Nkurunziza sort renforcé mais déligitimé ?
Aux yeux de l’opinion internationale et de la société civile de Bujumbura, il est clairement déligitimé. Mais pas forcément aux yeux des habitants de l’intérieur du pays, des collines et des plateaux, soit 80 % de la population. Et même si l’église catholique, principal autorité morale qui encadre ces sociétés rurales, se soit clairement prononcée contre un troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Malgré les échecs dans les politiques publiques, certains paysans préfèrent penser que Pierre Nkurunziza est un moindre mal comparé à cette inconnue nommée guerre civile.
Quelle lecture faites-vous du rôle de l’armée ?
L’armée est à l’image de la société burundaise au lendemain de la guerre civile, en phase de recomposition sur la base d’un compromis historique, la « paix des braves ». Elle est la seule institution véritablement pluriethnique, un corps qui s’est reconstitué et a considérablement évolué au cours de ces dix dernières années, tout en se professionnalisant dans le cadre des missions à l’étranger et en ménageant les ambitions individuelles des généraux qui se sont enrichis.
Dans les faits et jusqu’à présent, l’armée a essayé de désamorcer la crise. A la différence de la police et des services de renseignements, elle a eu une position modératrice et ne réagit plus comme autrefois, en faveur d’une minorité ethnique, régionale… Elle ne peut plus agir ouvertement en faveur d’un camp car cela provoquerait des différents internes et à terme son explosion.
Risque-t-on un glissement vers un conflit ethnique ?
Plus le conflit politique actuel va durer, plus les peurs, les rancœurs vont s’accentuer et plus le risque de conflit ethnique se renforce. C’est malheureusement en partie inscrit dans la logique de la radicalisation de la part du pouvoir qui joue cette carte. Ce qui accentue cette tendance est la peur, un élément irrationnel, excessif, presque paranoïaque, mais qui réveille des mémoires. Plus la crise politique dure, plus ce risque de régression ethnique sous-jacent est grand.
De nouveaux acteurs sont-ils apparus dans cette crise ?
« Cette fois, l’église s’est positionnée publiquement, ce qu’elle n’avait jamais fait auparavant »
On a vu apparaître une société civile nouvelle, avec un réseau d’ONG et aussi, des réseaux sociaux, et des groupes structurés fédérés et globalisés. Mais un autre acteur s’est révélé au cours de cette crise : l’église catholique. Les autorités catholiques ont toujours été un acteur important de la vie sociale au Burundi, mais en retrait de la vie politique ou du moins très prudent. Cette fois, l’église s’est positionnée publiquement, ce qu’elle n’avait jamais fait auparavant.
Quid du rôle des pays voisins ?
Les chefs d’Etat et de gouvernement de la Conférence Internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), de la Communauté est africaine de développement d’Afrique australe (SADC) ont exhorté Pierre Nkurunziza à repousser l’échéance électorale. Le président kenyan, Uhuru Kenyatta, a été très clair à ce sujet.
La communauté est-africaine a besoin de stabilité politique pour mener à bien ses grands projets économiques. Même si le Burundi joue un rôle minime dans cette économie régionale qui est en train d’émerger, la communauté ne peut pas laisser se développer un pôle d’instabilité.
D’autant que l’enjeu de l’Afrique de demain, c’est le développement des bassins intérieurs (Burundi, Ouganda, Rwanda), des espaces qui seront les relais des économies émergentes littorales. Donc c’est la realpolitik qui guide les pays de la région qui font de la stabilité une priorité, quitte à admettre des situations intenables sur le plan des droits de l’homme.
Que révèle cette crise au Burundi à l’échelle régionale et continentale ?
A l’échelle du continent, il apparaît que les leaders, les partis politiques et les différents autres acteurs (société civile…) ont fait le choix de renoncer à la violence, durant les périodes électorales, comme une stratégie de conquête du pouvoir et de reconnaître des règles démocratiques à minimum. L’histoire immédiate du Nigeria, du Kenya, du Sénégal, entre autres, l’a démontré : les élections se sont déroulées sans éclats de violences. D’autres pays, dont la Tanzanie, sont, seront devant un tel défi. C’est un fait nouveau à l’échelle du continent.
« On a l’impression que tous les acteurs sont conscients qu’ils ne peuvent pas dépasser une certaine ligne rouge, qu’il y a des choses qu’ils ne peuvent plus faire »
Il en est tout autrement du système politique burundais qui est en fait en crise depuis 2010, les dernières élections générales. Une crise structurelle masquée par l’autoritarisme du régime et par une certaine stabilité géopolitique et de facto une reconnaissance du Burundi par la communauté internationale. Dans un tel contexte, les élections ne sont alors qu’un temps d’aiguisement de cette crise qui remet en cause un pouvoir contesté, qui n’a pas la capacité de redistribution des certaines richesses que l’on retrouve dans des pays voisins qui s’illustrent pourtant par une gouvernance autoritaire. Cette gouvernance permet alors d’entretenir une certaine popularité et de maîtriser les périodes électorales, comme ce fut le cas au Rwanda ou en Ouganda par exemple.
La crise politique en cours au Burundi sera-t-elle irréversible ?
Au regard des images diffusées depuis Bujumbura, on peut penser que cette crise augure une guerre civile, mais à l’intérieur du pays, c’est une autre situation. L’irréversible n’a pas été atteint. On n’est pas encore dans une situation de guerre civile ouverte, ni de répression massive d’ailleurs. On a l’impression que tous les acteurs sont conscients qu’ils ne peuvent pas dépasser une certaine ligne rouge, qu’il y a des choses qu’ils ne peuvent plus faire.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/05/22/burundi-plus-la-crise-dure-plus-le-risque-de-regression-ethnique-sous-jacent-est-grand_4638459_3212.html#lgkAOq1gXLCGHQFq.99

Burundi : la crise politique s'aggrave ...







Burundi : la crise politique s'aggrave ...



Alexis Sinduhije, président du MSD,lors d'un meeting à
Bujumbura, le 11 avril 2010.
 © AFP


Le Burundi s'enfonce encore davantage dans la crise politique après l'inculpation mercredi d'un responsable de l'opposition et de 71 de ses militants. Ils sont accusés "d'insurrection" et risquent la prison à perpétuité.
Plus les jours passent, plus la crise politique s'aggrave au Burundi. Le 12 mars, la justice a inculpé d'"insurrection" Alexis Sinduhije, président du Mouvement pour la solidarité et le développement (MSD) et 71 autres militants de l'opposition. Une situation qui est loin de calmer les tensions en cours dans le pays.

Les arrestations d e ces opposants ont eu lieu samedi à l'issue d'affrontements particulièrement violents avec les forces de l'ordre. Un mandat d'arrêt a directement été émis contre Alexis Sinduhije, ancien journaliste, rentré d'exil il y a à peine un an. Il est notamment poursuivi pour "participation à un mouvement insurrectionnel armé en tant que leader de ce mouvement", a annoncé Arcade Nimubona, le procureur de Bujumbura, soulignant qu'une "procédure d'urgence" était enclenchée et qu'un procès pourrait avoir lieu "le plus rapidement possible".

Alexis Sinduhije, qui serait en fuite, est aussi le fondateur de la RPA, une des radios privées les plus écoutées du pays. Il avait déjà été contraint de quitter le Burundi en 2010, après les violences consécutives à la contestation des résultats des élections présidentielle et législatives et n'était rentré à Bujumbura qu'en mars 2013. Son parti, le MSD, fondé en 2009, très actif sur le terrain, recrute essentiellement dans la jeunesse burundaise. Comme la quasi-totalité de l'opposition, il avait boycotté la présidentielle et les législatives de 2010, largement remportées par le parti majoritairement hutu du président Pierre Nkurunziza, le CNDD-FDD.


"Escalade dangereuse"
Aujourd'hui, l'opposition s'oppose farouchement à la volonté du pouvoir burundais de modifier la Constitution issue des accords de paix ayant mis fin à la guerre civile (1993-2006, 300 000 morts) et basée sur un subtil équilibre politico-ethnique. Seul parti politique d'opposition à avoir pris part aux élections de 2010, l'Union pour le progrès national (Uprona) a quitté récemment le gouvernement, isolant le parti au pouvoir, après une tentative des autorités de reprendre en main cette formation qui avait multiplié les critiques contre le projet de modification de la Constitution.


"Le pouvoir et l’opposition sont dans une logique de confrontation (…), explique Pacifique Nininahazwe, juriste et figure de la société civile burundaise. J’ai peur pour l’avenir car cela augure mal des élections de 2015 et même de la paix dans ce pays."
De son côté, un diplomate à Bujumbura ayant requis l'anonymat a qualifié mercredi les violences "d'escalade dangereuse". "Si rien n’est fait, si la communauté internationale ne fait pas pression sur les deux parties, notamment pour qu’il y ait ouverture du champ politique dans ce pays, les élections générales de 2015 sont très mal engagées", a-t-il estimé.

(Avec AFP)



LE BURUNDI, LES FLAMMES DE LA COLÈRE




















LE BURUNDI, LES FLAMMES DE LA COLÈRE









TROIS MORTS PAR JETS DE GRENADES















Le Burundi, les flammes de la colère
Jusqu’où ira le pays dans l’horreur ? Trois personnes ont été tuées par des jets de grenades vendredi soir dans la capitale burundaise Bujumbura, agitée depuis quatre semaines par la contestation populaire contre un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza.
C’est au terme d'une journée marquée par une manifestation de plusieurs milliers de personnes dans le quartier périphérique de Cibitoke, et de nouveaux affrontements avec les policiers, que deux grenades ont été jetées par des inconnus en plein centre-ville. Elles ont explosé à proximité de l'ancien marché central, au milieu de la foule et de vendeuses de fruits et légumes installées à même le trottoir. Peu après l'attaque vers 19H00, deux corps étaient allongés côte à côte, recouverts de pagnes, et gisant au milieu de flaques de sang. Au total, trois personnes ont été tuées, d'après la police et une quarantaine blessées, selon un bilan établi par l'AFP.
Depuis fin avril, le Burundi est au bord de l’implosion. Quasi-quotidiennement des manifestations ont lieu, émaillées de nombreux heurts entre policiers et protestataires, et sont sévèrement réprimées, avec une vingtaine de morts en quatre semaines, et des scènes de guérilla urbaine. Les autorités n’hésitent plus à utiliser ses armes à feu pour disperser les manifestants, tirant en l'air mais également parfois à hauteur d'hommes, faisant craindre à chaque affrontement un dérapage sanglant. En moins d’un mois, 22 personnes ont perdu la vie.
Avec l'attaque de vendredi soir, c'est la première fois que des grenades sont jetées ainsi au milieu de la foule, et qu'on vise délibérément des civils, contribuant encore un peu plus à instaurer un climat d'instabilité et d'angoisse dans la capitale. Des attaques du même genre étaient très fréquentes dans les années 1994-1996 ayant précédé la sanglante guerre civile burundaise (1996-2006), période pendant laquelle les milices ethniques faisaient régner la terreur dans les rues de Bujumbura.
Vendredi soir, l'un des leaders du mouvement protestataire, Pacifique Nininahazwe, a annoncé une trêve de deux jours pendant le week-end afin de permettre notamment «aux habitants de la capitale de s'approvisionner.» Mais rien de plus. Qu’adviendra-t-il par la suite ? A ce jour, près de 110 000 Burundais ont trouvé refuge dans les pays voisins, dont 70 000 en Tanzanie. Une épidémie dans l'un de ces camps en Tanzanie a fait près de 31 morts, avec un rythme alarmant de près de 400 nouveaux cas quotidiens, selon l'ONU.
© Kenny Katombe / Reuters
Le samedi 23 mai 2015 l Mise à jour le samedi 23 mai 2015