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mercredi 30 mars 2016

Affaire Yala Tutu : La procédure qui déshonore l’Assemblée Nationale







Affaire Yala Tutu : 

La procédure qui déshonore l’Assemblée Nationale


C’est un rebondissement spectaculaire dans ce qu’il est convenu d’appeler «l’affaire Yala Tutu», du nom de ce député ancien de l’opposition passé à la MP, et qui accuse trois députés de l’opposition d’avoir imité sa signature. Le plus étonnant, c’est la vigueur avec laquelle le président du bureau, Aubin Minaku, s’est embarqué dans cette affaire en autorisant les poursuites contre trois responsables des groupes parlementaires de l’opposition, au risque de donner l’impression d’en être carrément le commanditaire. Au Diable si la volonté de museler l’opposition est trop visible. Aujourd’hui, Yala Tutu est’ proprement confondu, et son éventuel commanditaire avec lui : une ancienne motion initiée par l’opposition porte également sa signature. A la comparaison, c’est la même personne qui a signé dans les deux cas. Il y a trois siècles, Montesquieu disait «Il n’y’ a point plus cruelle tyrannie que elle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de, la justice». Une citation qui, en RDC, reste d’une désespérante actualité.

FORFAITURE TROP GROSSE
Sauf que, les députés de l’opposition ont retrouvé là motion initiée par Samy Badibanga contre l’ancien ministre délégué aux Finances Patrice Kitebi en octobre 2014. Et bien, Yala Tutu l’avait également signée. Et la signature est la même! Mieux : il ne suffit même pas de se limiter à la signature, mais aussi l’écriture du nom du signataire qui permet de voir clairement qu’il s’agit bien de la même personne qui a écrit et signé. Nous produisons ces documents en fac-similés. Yala Tutu proprement confondus.

Reste à voir comment la justice va réagir à ce nouvel élément. Autres réactions attendues, celles du bureau de l’Assemblée nationale, et de la plénière de la chambre basse elle- même. Nul n’a, en effet, intérêt à faire passer en force une forfaiture devenue, décidément, trop grosse.

DE SURPRISE EN SURPRISE
La première : le jour du traitement de la pétition, Aubin Minaku et tous les membres de son bureau prennent place au perchoir, alors que, conformément au règlement intérieur de l’Assemblée nationale, les membres du bureau mis en cause dans une pétition devraient rentrer sur les bancs, et, dans le cas d’espèce, il revenait au doyen d’âge, c’est-à-dire Mwando Nsimba, de présider la séance en attendant que la plénière tranche sur leur sort.

La deuxième : après lecture de la pétition, le président de l‘Assemblée passe la parole au désormais fameux député Yala Tutu, qui prend la parole pour intervenir par motion pour démentir avoir jamais signé la pétition en question. C’est la stupeur dans la salle.

La troisième : le président du groupe parlementaire PPRD, Shadari Ramazani, qui intervient par motion incidentielle que Aubin Minaku s’empresse de passer au vote, après deux interventions pour et contre. L’opposition proteste, insistant sur le fait qu’une pétition ne peut jamais être passée au vote. Encore une fois, le bureau reste de marbre : la pétition est rejetée.

Tout semble bien orchestré, digne d’une pièce jouée d’avance. Mais c’est la démocratie qui, pour la énième fois, en prend un sacré coup. «Cette Assemblée nationale est devenue le lieu des coups les plus tordus contre notre jeune démocratie», tempête, déçu, un député de l’opposition du groupe parlementaire UDPS et Alliés.

La quatrième : alors que suite à la première réquisition du PGR demandant la levée d’immunité et l’autorisation d’instruction, la plénière souveraine avait mise en place le 10/12/ 2015 une commission spéciale qui devait traiter de l’affaire, Aubin Minaku s’empresse pendant les vacances parlementaires de répondre à une deuxième réquisition du PGR sur le même sujet pour autoriser une instruction contre les opposants sans attendre les conclusions de cette Commission spéciale.

Pourquoi donc cet empressement en violation des prérogatives de la plénière de l’Assemblée qui est souveraine et en violation de la séparation des pouvoirs?

VISÉ AU PREMIER CHEF
Le bureau de l’Assemblée nationale de la deuxième législature de la Troisième République restera sans doute dans l’histoire pour son combat permanent pour déstabiliser l’opposition. Après avoir tenté sans succès de faire éjecter Samy Badibanga et son bureau de la présidence du groupe parlementaire UDPS et Alliés et de dédoubler carrément ce groupe, la MP s’est employé à dédoubler les groupes parlementaires des partis membres du G7. Aujourd’hui, il s’emploi, avec l’aide de la justice, à museler l’opposition.

Le Secrétaire général de la MP Aubin Minaku, qui est concerné au premier chef dans cette affaire, car étant le principal visé par la pétition, aurait-il profité des vacances parlementaires pour violer la ‘procédure parlementaire encours en autorisant les poursuites contre «ses adversaires»? Donc, des députés coupables d’avoir tenté de le descendre démocratiquement et suivant les règles de l’Assemblés Nationale, d’un piédestal auquel il tient tant.