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SACREBOPOL

mardi 25 octobre 2011

Élections 2011:


Monsengwo : «La politique doit promouvoir le bien commun et la solidarité»


Le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya dans la Basilique de Koekelberg. Photo CIC

Le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kinshasa, a officié, dimanche 23 octobre, une «célébration eucharistique festive» à la Basilique de Koekelberg à Bruxelles. Monseigneur Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles a participé à cette célébration. Parlant par paraboles, le Cardinal a axé son homélie sur la compassion à l’égard de ceux qui souffrent - incarnés notamment par l’immigré, la veuve et l’orphelin - tout en rappelant que la «politique» doit promouvoir le bien commun, la solidarité et le partage. Usant toujours de parabole, l’évêque Monsengwo a invité les Congolais à voter, le 28 novembre, selon «le choix du bon Dieu». Il s’agit, selon lui, de choisir des prétendants dotés de ressources intellectuelles et morales et qui connaissent le pays.
«L’heure belge»

Pas moins de 1.500 personnes, à majorité d’origine congolaise, ont pris d’assaut dimanche 23 octobre la grande chapelle de la Basilique de Koekelberg pour aller écouter l’archevêque de Kinshasa. Prévue à 15 heures, la cérémonie a débuté un quart d’heure plus tard. Ce qui est en soi une «performance» pour une manifestation congolaise. C’est malheureux à dire mais les ex-Zaïrois ont la fâcheuse réputation de prendre des libertés avec la gestion du temps. Le respect de la ponctualité. Aussi, l’arrivée au rendez-vous à l’heure dite devient-elle un événement.

A 15h15 donc, le cardinal Monsengwo et Mgr Léonard étaient déjà installés à l’autel avec d’autres curés. Prenant la parole le premier, Mgr Léonard a félicité les prêtres africains pour le «regain de dynamisme» que leur présence a apporté dans les paroisses où ils sont affectés en Belgique. «Vous nous avez aidés à nous "dégeler" un peu par votre spontanéité ainsi que votre simplicité dans la manière de louer Dieu». Friand du bon mot, l’archevêque de Malines-Bruxelles n’a pu s’empêcher de complimenter l’assistance d’avoir respecté «l’heure belge».

Succédant à Mgr Léonard, le cardinal Monsengwo a commencé par rendre hommage au «travail missionnaire» accompli par des prêtres belges au Congo. «Notre pays est reconnaissant vis-à-vis de la Belgique», a-t-il souligné.

Promouvoir le bien commun, la solidarité et le partage

Monsengwo change aussitôt de registre en invitant l’assistance à «prier» et surtout «à demander au Seigneur d’accompagner le Congo dans les jours difficiles» à venir en prévision des élections du 28 novembre prochain. «Prions pour la paix», lance-t-il. Maîtrisant à merveille les règles de la communication, il s’est gardé d’ennuyer l’assistance avec une longue prédication où le prédicateur s’entend parler. Il a prononcé son homélie en une dizaine de minutes. Thème : l’amour du prochain. Le Cardinal d’inviter l’assistance à considérer comme «prochain» «toute personne en détresse» ; «toute personne qui est dans le besoin». Pour le prélat catholique, «la charité doit exclure toute forme de discrimination ethnique ou raciale parce que Dieu ne fait aucune distinction entre les hommes.»

Se gardant de quitter son statut de représentant du pouvoir temporel, le prélat catholique a parlé par paraboles en invitant les chrétiens à «aimer tous les oubliés de la terre comme ils s’aiment eux-mêmes». «La politique doit promouvoir le bien commun, la solidarité et le sens du partage», ajoute-t-il. Laurent Monsengwo de s’interroger : Le Congo peut-il être fier de ses fils qui se disent chrétiens? Qu’avons-nous fait de notre pays et de notre société? Et de conclure en lingala : «Oyo azali na matoyi ya koyoka ayoka…». Traduction : A bon entendeur salut. La messe a pris fin à 17h5’. La chorale d’entonner aussitôt le chant
«Kinshasa, teleme, ongenge». Une exhortation aux habitants de la capitale congolaise de sortir de leur «profond sommeil».

Entretien

Une heure après l’eucharistie, le Cardinal, en tenue de ville, a bien voulu répondre à quelques questions des représentants de la presse congolaise de la diaspora. L’église catholique va-t-elle publier des lettres pastorales, comme en 2006, pour inviter les Congolais à faire le «bon choix» lors des élections? «Plusieurs lettres pastorales ont été publiées invitant les électeurs à voter en connaissance de cause. Le bon choix dépend des Congolais. Il faut vous mettre à l’esprit que les évêques ne peuvent qu’encourager les citoyens à choisir les personnes valables. Il y a quelques critères notamment : les ressources intellectuelles, la sagesse, la connaissance du pays etc.» Laurent Monsengwo de relever que ce genre de question lui rappelait ce que disait son professeur en 6ème Latine chaque fois que les élèves étaient incapables de répondre à une de ces questions : «J’ai pilé du saka-saka, je l’ai cuit, je vous l’ai mis en bouche. Il ne vous restait plus qu’à mâcher et à avaler et vous ne le faites même pas». Comprenne qui pourra…

Au cours de l’entretien, le cardinal a confirmé que l’église catholique va déployer 30.000 observateurs. Ceux-ci vont travailler avec d’autres observateurs. «Ils iront dans tous les bureaux pour observer et informer la Conférence épiscopale», a-t-il relevé en soulignant que la Conférence n’hésitera pas à «dénoncer» les cas éventuels de «tricheries massives».

"Le choix du bon Dieu"

Revenant sur le contenu de son homélie, le cardinal conteste d’avoir parlé par paraboles : «Je n’ai pas parlé par paraboles. Mes propos étaient clairs. J’ai interpellé les chrétiens en posant la question de savoir si l’église du Congo pouvait être fière de ceux qui portent le nom «chrétien». Il faut commencer par aimer notre peuple. C’est ça la charité dont je parlais». En faisant quoi concrètement ? «Il faut aimer le peuple congolais. La plupart de ceux qui dirigent le pays aujourd’hui se trouvaient à l’étranger comme vous. Dès qu’ils sont rentrés, ils se sont empressés de faire comme les autres. Pour aimer ce peuple, vous devez poser des actes. Par exemple, investir.» Quid de l’insécurité juridique et judiciaire? "Et nous qui vivons au pays, nous n’affrontons pas cette insécurité?".

Notons qu’à Bruxelles, le cardinal Laurent Monsengwo a procédé au lancement d’une Fondation qui porte son nom. «La Fondation va s’occuper de l’enfance abandonnée de Kinshasa et pour la formation de la jeunesse», a-t-il précisé.

Représentant du pouvoir spirituel, le cardinal Laurent Monsengwo a évité d’affronter de face les tenants du «pouvoir temporel» autant que le personnel politique. En "grattant" un peu, il apparaît que le prélat catholique reproche aux gouvernants congolais de ne pas accomplir leur mission au nom de l’intérêt de tous. Le bien commun. Et de ne pas s’occuper des personnes précarisés qu’il symbolise par "la veuve et l’orphelin". Aux anciens opposants politiques ayant accédé au pouvoir, il reproche le double langage. L’un, progressiste tant qu’on milite dans les rangs de l’opposition. L’autre, conformiste, dès qu’on accède à un poste. Aussi, l’archevêque de Kinshasa exhorte-t-il le corps électoral congolais à donner son suffrage à des prétendants «valables». C’est le vote selon "le choix du bon Dieu".

Baudouin Amba Wetshi 
© Congoindépendant 2003-2011