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SACREBOPOL

mardi 28 octobre 2014

Kamerhe chez Babala





Le président de l’UNC, Vital Kamerhe a rendu visite à Fidèle Babala à son domicile situé dans le quartier Righini. C’était le samedi 25 octobre dernier.

VK a souhaité à Babala bon retour au pays de ses ancêtres après sa libération aux geôles de la cour pénale internationale à la Haye. Laquelle libération qui augure une bonne suite au procès Jean-Pierre Bemba, dont des sources confidentielles confirment sa sortie en mars 2015. 

Cela suite à l’évolution du dossier conduit par les avocats de sa défense contre la Procureur, Fatouma Bensouda, aussi impliquée à la détention illégale du chairman du MLC. Babala et Kamerhe ont échangé sur quelques questions de l’heure notamment le Dialogue et la révision de la Constitution. 

Rien n’a filtré à la presse sur cet entretien entre VK et Frido. Répondant à une question des journalistes à propos de sa visite à Babala, lors de la conférence de presse des forces politiques et sociales, l’ancien speaker de l’Assemblée nationale a laissé entendre qu’il a trouvé un Babala très déterminé et engagé à poursuivre son combat politique contre le pouvoir qui tient mordicus à se maintenir au pouvoir au-delà de 2016, en révisant la Constitution. Et de poursuivre, Babala et le MLC sont prêts à conjuguer des efforts pour s’opposer à un troisième mandat de Kabila qui prend fin le 19 décembre 2016. Le samedi 25 octobre, Babala a échangé avec sa base électorale.

 Le bras droit de Bemba a remercié sa base pour son soutien indéfectible en son droit depuis son transfèrement à la CPI. Babala a été accompagné des quelques cadres du MLC dont Alexis Lenga, qui a harangué la foule contre la révision Constitutionnelle et le retour imminent de Bemba d’ici l’année prochaine. Frido s’est réservé de tout commentaire à la presse. Il maintient la date du 11 novembre pour s’adresser à celle-ci sur sa détention illégale de près d’une année. Tenez, c’est le jeudi 23 octobre que Babala a regagné le pays nonobstant les manoeuvres dilatoires de Bensouda qui tenait à le retenir pour des raisons obscures. Sa requête de détenir par faute des preuves avait été rejetée par les juges de la Cour. Babala n’a pas encore repris les activités parlementaires au sein de l’hémicycle question pour lui de se requinquer.

Yves Buya

Fidèle Babala de retour mercredi à l’assemblée nationale

Fidèle Babala de retour mercredi à l’assemblée nationale




(KINSHASA)- Le député Fidèle Babala, rentré au pays il y a une semaine après avoir bénéficié de la mise en liberté provisoire lui accordée par le juge unique de la chambre préliminaire 2 de la cour pénale internationale, renoue ce mercredi 29 octobre avec son travail parlementaire. L’élu Mlc de la Tshangu a annoncé la nouvelle mardi au président de l’assemblée nationale, Aubin Minaku. ‘‘Je suis venu présenter mes civilités au président de l’assemblée nationale et lui dire que je reprends mon activité parlementaire à partir de ce mercredi. Donc, je serai là déjà à la séance plénière de ce mercredi ’’, a confirmé Babala après l’entretien avec Minaku. Le secrétaire général adjoint du Mlc ne veut pas chômer et considère l’épisode de la cour pénale internationale comme le passé. ‘‘Il n’y a pas d’incompatibilités s’il faut que j’exerce mon travail parlementaire’’, a-t-il précisé à une question sur son statut actuel de liberté provisoire. L’élu Mlc de la Tshangu a dénoncé encore les abus de certains agents publics qui l’ont trainé dans la boue. Poursuivi pour subornation des témoins dans l’affaire opposant Jean Pierre Bemba au procureur de la CPI, Babala a passé douze mois en prison avant de regagner son Congo natal.

http://7sur7.cd/new/fidele-babala-retour-mercredi-lassemblee-nationale/

Effroyable massacre à Beni en RDC - 30 civils assassinés

RD Congo, Beni pleure ses 30 civils assassinés après une attaque meurtrière (Témoignage)




Le correspondant de France 24 s’est rendu dans la ville de Beni, dans l’est de la République démocratique du Congo, où la population reste inconsolable après une attaque qui a fait 26 morts.

Dans la nuit du 15 au 16 octobre, au moins 26 personnes ont été tuées à l’arme blanche lors d’une attaque attribuée à des rebelles islamistes ougandais sur la ville de Beni, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Et ce, alors que les autorités congolaises affirmaient que les rebelles de l’Alliance des forces démocratiques (ADF-Nalu) étaient pratiquement défaits.

Le correspondant de France 24 s’est rendu sur place où la population locale reste inconsolable. Une grande messe a été organisée jeudi soir, en présence du gouverneur du Nord-Kivu et de responsables de l’ONU. Les corps des victimes ont été découverts à Ngadi et Kadowu, deux localités du territoire de Beni, fief de la tribu des Nande et carrefour commercial de la région des Grands Lacs.
“Nous avons fui pour échapper à la mort”
Selon les témoignages recueillis sur place, les assaillants sont allés de maison en maison, pillé les habitations et assassiné les propriétaires.
Ceux qui ont survécu à l’attaque sont désemparés. “Nous avions passé la nuit ailleurs. Ce matin, nous avons vu les cadavres de nos voisins alors nous avons fui pour échapper à la mort”, explique une habitante.
“J’étais dans ma maison, j’ai vu des personnes passe avec des torches. Dieu est grand, j’ai eu de la chance. Quelques minutes après leur passage, on m’a dit que le chef de notre village avait été déjà tué ainsi que le pasteur de notre église”, raconte un autre témoin.
Après avoir appris la nouvelle du massacre, certains se sont précipités sur les lieux de l’attaque pour mettre leurs proches à l’abri. “On m’a appris que plusieurs personnes venaient d’être tuées ici. Voilà pourquoi je suis venu chercher ma grand-mère”, explique une habitante de la région.
L’ADF-Nalu a perdu ses principaux bastions selon l’ONU
Au début du mois, l’ONU annonçait que les ADF-Nalu, rebelles islamistes opèrent depuis une vingtaine d’années dans le Nord-Kivu, avaient tué plusieurs personnes dans les environs de Beni.
Visé depuis juillet par des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies, ce groupe est accusé de meurtres et d’enlèvements. Traqué par l’armée congolaise, soutenu par les Casques bleus de la Mission de l’ONU en RDC (Monusco), il a perdu ses principaux bastions depuis janvier. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à semer la terreur dans la région de Beni.

Source : France 24




« Je suis venu à Beni pour exprimer toute ma solidarité et présenter mes profondes et sincères condoléances aux familles des victimes. Je condamne fermement les carnages perpétrés par les rebelles de l'ADF. Ces crimes odieux et inacceptables ne resteront pas sans conséquences », a déclaré M. Kobler.









Le Dr Mukwege aux tenants de la révision constitutionnelle : vous êtes une menace pour la République


Le Dr Mukwege aux tenants de la révision constitutionnelle : vous êtes une menace pour la République


L’homme est une célébrité nationale. Gynécologue de talent, il répare depuis une quinzaine d’années les femmes violées dans son hôpital de Panzi, au Kivu. Dr Mukwege, puisque c’est de lui qu’il s’agit, était la semaine dernière à l’Hôtel de Ville de Bruxelles où il a reçu le Prix de la Solidarité avant le déplacement en novembre à Strasbourg où le Parlement européen lui remettra le Prix Sakharov.
         Témoin privilégié des drames multiples que le peuple congolais vit au quotidien, Denis Mukwege a choisi la tribune de Bruxelles pour tirer une véritable sonnette d’alarme. Celle-ci concerne les menaces qui risquent de plomber l’avenir de la nation et qui semblent banalisées par ceux qui profitent du système politique en place dans notre pays.
            Le discours a le mérite de la clarté car le célèbre médecin appelle chaque chat par son véritable nom. Habitué à vivre au cœur de la misère populaire, à côtoyer quotidiennement les plaies les plus immondes de l’humanité, Denis Mukwege regarde les responsables politiques congolais dans les yeux et leur rappelle la réalité que vit le Congo profond, une réalité qu’ils refusent parfois de voir alors qu’elle est très éloignée de la vie que mènent les privilégiés du régime.
            Pour que son discours soit bien compris, il prend l’exemple des médecins, ces hommes dévoués qui travaillent dans des mouroirs chez nous, pour dire à l’intention de tous ceux qui négligent  le bien-être collectif que  la noblesse d’un métier « ne consiste pas dans l’accumulation de biens matériels, mais plutôt dans l’abnégation, le don de soi, bref dans la solidarité ».  Le mot est lâché : SOLIDARITE. Celle-ci est avant tout exigence, parce qu’elle requiert quelques qualités essentielles, notamment l’amour du prochain et l’amour de sa patrie. Sur ces deux points, Denis Mukwege a manifestement des doutes, d’autant plus qu’il vit dans un pays où la population a peur, particulièrement à l’Est.
            Pour évacuer ces doutes, il s’imagine dans un bloc opératoire avec, sur la table d’opération, le corps d’un grand malade : la République Démocratique du Congo, son propre pays. Avec la précision du spécialiste, il détecte les maux qui rongent le malade : la protection des intérêts privés bassement matériels au détriment de l’intérêt collectif, l’absence d’esprit de responsabilité, la privatisation des richesses nationales par une poignée de privilégiés etc.
            A la suite d’une telle litanie de maux, il n’y a plus qu’une chose à faire  et Denis Mukwege le fait en  invitant les dirigeants du pays à s’asseoir confortablement dans un fauteuil pour visionner avec attention les images volées d’un cinéaste amateur et qui montrent le défilé des dizaines de millions de Congolais « qui pataugent dans la misère, la boue et le sang ». Des images confirmées par des cinéastes professionnels dont les films sur les mêmes sujets ont déjà fait le tour du monde. L’objectif, aujourd’hui, est de désenvoûter ceux qui regardent sans voir, de les exorciser pour qu’ils redeviennent des humains à part entière et participent à l’œuvre de réhabilitation de l’homme congolais, de son environnement et du pays que Dieu lui a donné.
             L’homme qui a sonné l’alerte à Bruxelles vit dans le Congo profond, là où on blesse, on tue et on viole chaque jour. La réalité qu’il expose interpelle tout esprit lucide. Refuser de la voir pousserait tout observateur neutre à s’interroger sur les liens qui unissent chacun de nous à la nation congolaise. Parce que tout Congolais digne de ce nom a un cœur et une âme. Il est sensible à la misère collective que les dirigeants ont mission de combattre et de réparer.
Cinquante-quatre ans après l’indépendance, le Congolais vit dans une contradiction historique. Lui qui devait « redresser son front longtemps courbé », se trouve obligé de raser les murs. Conscient de la situation, le Dr Mukwege évoque sa honte, une grande honte : « Nous sommes devenus la risée du monde ». Mais sans se laisser aller au découragement, il exhorte les Congolais « à montrer au monde ce que nous avons hérité de nos ancêtres, à savoir une âme de dignité, de solidarité, et d’hospitalité ».
            Le constat est terrible. Il est en même temps inquiétant et interpellateur. Car par des mots bien choisis, le médecin a décidé de toucher toutes les âmes congolaises dans la perspective d’un putsch constitutionnel dont il évalue déjà les dégâts pour la République. Ici, il décide de ne point porter des gants car il faut parer au plus pressé. « Vous menacez la cohésion nationale », dit-il aux révisionnistes, ces privilégiés du système qui passent leur temps à s’installer et installer.
            Face à un tableau qui peut pousser au désespoir, Denis Mukwege se rappelle que les hommes, y compris les plus mauvais, peuvent renaître. Il tente alors de croire que les révisionnistes ont encore une conscience patriotique et de l’amour pour leur patrie, « tant meurtrie par des guerres successives depuis plus de vingt ans ». Sur cette base, il leur avoue ses craintes : « un nouveau changement constitutionnel avant les élections risque de mettre en péril la cohésion nationale. Après plus de 5 millions de morts et cinq cents mille femmes violées, ne prenez pas les risques historiques de rallonger cette liste macabre ».
Le message est donné, mais sera-t-il entendu.
http://www.lephareonline.net/dr-mukwege-aux-tenants-revision-constitutionnelle-etes-menace-republique/

Mis à l’épreuve par Vuemba : Constitution, Boshab et Djoli s’affrontent !








Ce sont deux professeurs de droit qui développent, chacun, selon ses convictions un argumentaire anti ou pro révision de la Constitution. Quand Evariste Boshab, Secrétaire Général du PPRD, soutient que la RDC a déjà connu 28 révisions constitutionnelles et que la 29ème, envisagée actuellement, n’en serait pas de trop parce que la Constitution du 18 février 2006 a atteint ses limites, n’étant plus en mesure de garantir la stabilité institutionnelle ; Jacques Djoli, Sénateur MLC, argue que la question de la quintessence de la Constitution, de sa fonctionnalité ne pose pas problème. C’est plutôt la question de la conservation du pouvoir par des techniques indirectes et autres qui préoccupe les acteurs. 
L’expulsion du diplomate onusien Scott Campbell n’aura été qu’un épiphénomène pour le pouvoir en RDC. La grande préoccupation reste comment procéder pour réviser la Constitution. Le débat a quitté les salons huppés de la ville pour gagner la périphérie. La samedi 25 octobre, Evariste Boshab a échangé avec les jeunes du MPCR, un parti d’opposition qu’anime Jean-Claude Vuemba, autour de l’opportunité de réviser la constitution. En réalité, il s’agissait d’un droit de réponse au professeur Jacques Djoli qui, il y a quelques jours, s’était exprimé devant le même public sur la problématique de la révision constitutionnelle. Evariste Boshab a soutenu trois principes. Primo, il n’existe pas de Constitution qui ne soit pas révisable. Secundo, il n’y aura jamais unanimité autour de la révision d’une quelconque disposition constitutionnelle. Tertio, les dispositions constitutionnelles irréformables sont d’ordre moral. Allusion faite ici aux dispositions dites verrouillées de l’article 220. Tout est jeu, tout est enjeux, tout est contexte. Autrement dit, à tout moment, on peut réviser la Constitution. En France, pour que le mandat présidentiel passe de 7 à 5 ans, il y a eu débat. En 1958, sous la IVème République française, il n’était pas possible de dissoudre automatiquement le Parlement. La question a été résolue avec le retour au pouvoir du général De Gaulle qui va faire de la dissolution du Parlement une prérogative présidentielle. En RDC, la Constitution du 18 février que Boshab qualifie de «paix des braves» a plusieurs limites. Le contexte politique a changé et il faudrait tenir compte des intérêts de chaque peuple. Comme quoi, les intérêts du peuple congolais résident dans la révision profonde de la Constitution. Boshab affirme que c’est le peuple qui devrait décider en dernier ressort.
Par contre, le professeur Jacques Djoli est loin de partager ces justifications. Il fait remarquer, qu’en RDC, il ne se pose pas un problème de fonctionnement des Institutions. Celles-ci fonctionnent normalement. Dans des pays comme la France où la Constitution a été révisée, l’objectif visé n’était pas de permettre à une personne ou à un groupe d’individus de se maintenir au pouvoir. Il y avait un problème de fonctionnement des Institutions à résoudre. Jacques Djoli soutient, lui, que ceux qui cherchent à réviser la Constitution du 18 février 2006 sont préoccupés par le souci de conserver le pouvoir. C’est pour cela qu’on s’en prend à un texte qui n’est qu’un prétexte.

AgoraVox: RD Congo : Les massacres des populations et un Etat vide




Une série de massacres ont été perpétrés en territoire de Beni dans le Nord-Kivu. En l’espace de deux semaines, 80 personnes ont été tuées de manière extrêmement barbare, les assaillants s’étant servi de moyens rudimentaires, mais infiniment cruels (machettes, haches, douilles de houe). Les autorités ont rapidement attribué ces tueries aux rebelles ougandais, les ADF. Une version que de nombreuses sources locales ont toutefois mise en doute, mais ce n’est pas ce qu’il y a de plus important. Ce qui inquiète véritablement est que le pays en est à son quatrième massacre d’aussi grande ampleur depuis dix mois seulement, tandis qu’une peur, tout à fait justifiée, traverse les couches populaires. Du coup, des voix s’élèvent pour appeler à la création des groupes d’auto-défense, ce qui plongerait la région dans une situation comparable à celle qui a prévalu il y a de cela deux décennies, avec des dérives qu’on n’a pas fini de déplorer.
Quatre massacres sous la barbe des autorités

Il y a quatre mois un carnage d’ampleur comparable s’était produit à Mutarule, dans le Sud-Kivu. Des assaillants, toujours non identifiés, avaient ouvert le feu sur près de 200 personnes qui étaient réunies à l’extérieur d’une église le soir du 6 juin dernier. Les rescapés qui tentaient de se protéger en s’engouffrant dans l’église et les maisons d’habitation avaient été pourchassés et achevés l’un après l’autre, à l’arme blanche, puis brûlés. Comme à Beni, les assaillants avaient « bénéficié » de l’inaction des casques bleus et des unités des FARDC qui se trouvaient non loin du lieu du drame. Les forces onusiennes et l’armée congolaise avaient été appelées à l’aide, mais n’avaient pas bougé d’un sourcil, comme l’affirme l’ONG américaine Human Rights Watch[1]. Un officier avait même reçu l’ordre de ne pas intervenir pour aider la population qui se faisait massacrer. Bilan : 37 morts[2]. Ils s’ajoutent aux 70 victimes de la série de massacres dans le Masisi en janvier et février dernier.
Comme si le tableau n’était pas assez sombre, il faut rappeler les massacres du 13 et 14 décembre 2013 dans les localités de Mwenda et Musuku, les premiers de la série sur les dix derniers mois. Le patron de la Monusco, Martin Kobler, avait alors martelé : « Ces atrocités ne resteront pas impunies, les auteurs ne connaîtront pas de répit tant qu’ils n’auront pas répondu de leurs actes devant la justice ! »[3]. Depuis, trois massacres de plus grande ampleur se sont produits. Leurs auteurs et leurs complices sont toujours dans la nature, libres comme l’air. Et même s’ils avaient été arrêtés, rien ne permet de croire qu’ils seraient toujours en détention. Au Congo, comme si l’impunité doit être préservée à tout prix, les évasions de prisons sont désespérément monnaie courante. Si bien qu’au moment où les habitants de Beni enterraient les victimes des massacres, 233 détenus, dans la ville voisine de Butembo, se faisaient la belle, sous la barbe des autorités. Une évasion de plus. Ils ont rejoint les milliers de truands qui fourmillent dans tous les recoins du Kivu. La jungle ! Où est passé l’Etat promis depuis deux décennies ?…
Du coup, à Beni, la population s’organise. Les habitants, quartier par quartier, allument un feu et veillent toute la nuit pour dissuader d’éventuelles infiltrations dans la ville. Ceux qui ne peuvent prendre part aux veillées populaires se tiennent prêts dans leurs maisons avec les bidons et des casseroles. Dès qu’un incident se produit, on tambourine sur les ustensiles pour alerter la cité, une technique d’autodéfense qui a souvent fait ses preuves dans cette partie meurtrie du pays. Mais elle ne suffira pas, et la population en prend de plus en plus conscience. Des assaillants qui, aujourd’hui, attaquent à l’arme blanche, reviendront sûrement avec des armes à feu. Ils ne reculeront pas devant le bruit de casseroles. D’où l’idée qui fait son chemin, d’une organisation de la population en groupes d’auto-défense.
Personne ne sait combien d’armes circulent dans le Kivu. Ce qui est certain est que, si la population en arrive à devoir créer des groupes d’autodéfense, les armes à feu feront leur réapparition dans les maisons d’habitation. Des jeunes aptes au combat afflueront des villes et des villages pour se battre aux côtés de leurs communautés respectives. Du déjà-vu. C’est ce qu’on appelle « mai-mai ». Les Mai-mai n’étaient rien d’autre que les populations congolaises qui, face à un gouvernement défaillant et une communauté internationale aux abonnés absents, s’étaient organisées en milices tribales pour opposer une résistance armée aux agressions qu’elles subissaient, notamment de la part des « Rwandais ».
Ils ont pourtant pris des engagements !
Depuis, des engagements ont été pris sur le plan national et international. On a appelé les milices congolaises à déposer les armes et à s’impliquer dans un processus de rétablissement de l’unité du pays. On a promis que les groupes armés étrangers seraient neutralisés. Des engagements ont été pris à Sun City pour garantir aux autorités de Kinshasa le monopole de la mission de protéger la population congolaise, ses biens et le territoire national. Sur le plan international, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une série de Résolutions renforçant les pouvoirs de la force de maintien de la paix. Cette force a aujourd’hui mandat pour user des armes pour protéger la population. En mars 2013, une brigade d’intervention a été créée par la Résolution 2098 avec pour mission de « traquer » et d’éliminer tous les groupes armés opérant sur le sol congolais. Sur le plan politique, le pays a organisé deux élections majeures (2006 et 2011) et est supposé avoir eu assez de temps pour se doter d’un personnel politique à la hauteur des défis. Les autorités devraient être en mesure de prévenir des attaques contre la population comme celles qui se produisent depuis dix mois, ou, au moins, de retrouver leurs auteurs et leurs complices pour qu’ils répondent de leurs crimes devant la justice. Eh bien non !
Il y a une impressionnante présence militaire à Beni chapeautée par une dizaine de généraux et autres « très haut-gradés » de l’armée. Comme du temps de Mobutu, on apprend de l’ONG RRSSJ, que les généraux congolais se livrent aux trafics[4] et se chamaillent entre eux à n’en point finir. Les salaires des militaires ont été détournés. Les généraux font des affaires. A leurs côtés, il y a une importante présence des casques bleus. D’ailleurs, les massacres se sont déroulés alors que le patron de la Monusco, Martin Kobler, se trouvait dans la ville, de même que le nouveau commandant de la 3ème région militaire qui inclue le territoire de Beni, mais aussi le gouverneur de la Province du Nord-Kivu. Les assaillants ont frappé quand même et ont continué de trucider la population en toute impunité. Sous la barbe de tout ce « beau monde » dont les Congolais se demandent qui, finalement, est responsable de quoi. La faute à qui ?
La communauté internationale verse, depuis quinze ans, plus d’un milliard de dollars chaque année pour financer la Mission de l’ONU au Congo (1.506.067.900 dollars pour la période du 1er juillet 2014 au 30 juin 2015). Une mission dont tout porte à croire qu’elle devrait prolonger sa présence dans le pays pour une durée qui reste indéterminée, quelle que soient les critiques dont elle fait l’objet au quotidien. On ne voit pas comment la Monusco pourrait se désengager du jour au lendemain au profit de ces autorités congolaises-là, toujours pas prêtes à assumer seules la charge de protéger leurs populations. Elles sont empêtrées dans des crises qu’elles ont créées de toute pièce. Le pays est paralysé par une insurmontable crise de légitimité depuis les élections calamiteuses de 2011. Et pour ne rien arranger à la situation, la crise se trouve aggravée depuis de nombreux mois par l’interminable débat sur une possible révision de la Constitution afin d’assurer à Joseph Kabila une présidence à vie[5].
A qui donc confier la charge de protéger la population congolaise ? Face au vide, la population manifeste contre la Monusco et son patron Martin Kobler. Bilan : deux morts[6]. Pour une fois, l’Etat congolais s’est servi de ses armes. Pas contre l’ennemi qui massacre de paisibles citoyens, mais contre sa propre population « coupable » d’avoir manifesté pour dénoncer les massacres qu’elle subit.
A Kinshasa, tout est fait pour méconnaître le martyre de cette population, voire tout simplement son existence. Les autorités n’auront même pas eu la présence d’esprit d’organiser un hommage national à la mémoire des victimes, de mettre, comme dans n’importe quel pays, les drapeaux en berne, de s’adresser solennellement à la nation et d’initier des actions de solidarité en faveur des victimes, des rescapés et de leurs familles. C’est-à-dire tout ce qu’il y a de plus normal lorsque les dirigeants d’un pays prennent conscience qu’ils ont failli à leur mission de prévenir des drames comme ceux de Beni et de Mutarule. Ici, rien à faire ! Personne n’est responsable de rien. Au Congo, l’irresponsabilité gangrène la vie politique d’un bout à l’autre. Mais on se bouscule quand même pour être nommé dans un prochain gouvernement. Le gouvernement de « cohésion nationale ».
Boniface MUSAVULI


RDC : dans la tête de Joseph Kabila Présidentielle RDC 2016






À deux ans de la présidentielle, le débat sur la réforme de la Constitution se résume à une seule question : Joseph Kabila pourra-t-il briguer un troisième mandat ? À la division de la classe politique répond le silence du président.
Pour qui circule de jour sur le boulevard du 30-Juin, ruban triomphal de deux fois quatre voies où se croisent SUV dernier cri et autobus urbains flambant neufs importés d’Égypte, l’avenir paraît radieux. Pour qui se perd la nuit tombée dans les embouteillages de la Chine populaire, où les minicars hors d’âge bondés d’humanité s’engluent dans des hordes de piétons trompe-la-mort le long de l’axe menant à l’aéroport de Ndjili, le présent a les couleurs de la souffrance.
Entre espoir et misère, ainsi vit Kinshasa, cette capitale-Moloch qui engloutit les hommes et les richesses d’un pays-continent dont elle concentre un septième de la population – soit dix millions d’habitants – sans rien lui rendre en retour. Pour les hommes de pouvoir, tenir Kinshasa suffit, mais jamais cette préhension n’aura paru aussi contrastée qu’en ce mois d’octobre 2014, à deux ans tout juste de la prochaine élection présidentielle.
D’un côté, les résultats macroéconomiques affichés par la RDC ont rarement été aussi prometteurs : un taux de croissance de 7 % à 8 %, une inflation maîtrisée, des salaires régulièrement payés et bancarisés pour les fonctionnaires et les militaires, des grands travaux d’infrastructure et des projets agro-industriels à foison, une monnaie stable, des centaines d’écoles et de centres de santé en chantier et un impressionnant plan de réforme globale de la gouvernance issu de l’accord-cadre pour la paix de 2013, dont les engagements ont, en théorie, valeur impérative.
Depuis la défaite des rebelles du M23 dans l’Est il y a un an, la situation sécuritaire s’est elle aussi globalement améliorée. Même si les sécessionnistes du chef « Gédéon » Kyungu Mutanga poursuivent leurs exactions dans le triangle de la mort de l’Est katangais et que les rebelles rwandais et ougandais sévissent toujours dans les deux Kivus, le nombre, le pouvoir d’attraction et la capacité de nuisance des milices prédatrices se sont singulièrement réduits, à mesure que s’accroît le niveau opérationnel des forces armées nationales.
Le boulevard du 30-Juin, à Kinshasa.
C’est ce côté plein de la bouteille congolaise que met systématiquement en valeur la promotion gouvernementale, tout en reconnaissant, y compris au plus haut niveau, qu’il est impossible de cacher le côté vide : un déficit social encore béant et un climat d’apnée politique, dont la première conséquence est de tétaniser les opérateurs privés, tout en gelant les investissements extérieurs.
Vers une quatrième République congolaise?
Cette impression d’attente quelque peu paralysante provient de deux facteurs qui s’emboîtent l’un dans l’autre comme une poupée russe. Le premier, c’est ce fameux gouvernement de cohésion aux allures d’Arlésienne, attendu depuis la clôture des concertations nationales il y a un an.
Conforme à la configuration de l’espace politique congolais, où aucune formation n’est en mesure de détenir seule la majorité absolue au Parlement, il est censé regrouper partis du pouvoir et de l’opposition modérée afin de préparer une séquence électorale apaisée, débouchant sur la présidentielle de 2016.
Annoncé pour le 15 septembre, il ne sort toujours pas car sa configuration est liée à la fois à la publication d’un agenda précis des multiples consultations à venir – depuis les communales, les provinciales et les sénatoriales jusqu’aux législatives et à la présidentielle à tour unique – et à l’omniprésence d’un second facteur, capital, envahissant, celui de l’éventuelle réforme de la Constitution.
Le Tout-Kinshasa politique retient son souffle, car nul n’ignore qu’au-delà d’aménagements techniques relativement mineurs et peu sujets à polémique – tels la nationalité ou le mode de scrutin – c’est bien la possibilité ou non pour le président Joseph Kabila de se représenter pour un troisième mandat de cinq ans qui est en jeu. Parmi les proches du chef de l’État, la suppression de l’article 220 de la loi fondamentale adoptée par référendum en décembre 2005 n’est plus un dossier tabou.
Argument de fond : afin que la RD Congo puisse poursuivre son développement, préserver son intégrité territoriale et renforcer sa sécurité, le fils du Mzee doit pouvoir rester aux commandes au-delà de la prescription des « deux mandats et puis s’en va », considérée comme verrouillée par la Constitution. Fruit d’une situation d’exception (les accords de Sun City mettant fin à la guerre civile), cette dernière a d’ailleurs vocation à être remplacée, via un référendum populaire, par une autre, donnant naissance à la quatrième République congolaise.
Si la trame est identique, chacun joue ici sa partition. Le ministre des Médias et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, estime, dans une tribune publiée sur le site jeuneafrique.com qu’ »il n’est pas intellectuellement honnête d’affirmer que la possibilité pour un dirigeant de solliciter plus de deux mandats serait assimilable ipso facto à l’avènement d’un système non démocratique ».
Évariste Boshab, secrétaire général du PPRD
Secrétaire général du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), leader de la majorité présidentielle – lequel revendique deux millions de militants -, Évariste Boshab assure de son côté que le souverain primaire qui a décidé de verrouiller l’article 220 « peut aussi bien le déverrouiller ». « À moins de croire, ajoute-t-il, que le peuple n’est pas suffisamment éclairé pour opérer des choix conséquents, autant s’en tenir à sa sanction que de décider à sa place. »
« S’ingérer en RD Congo, c’est ouvrir la boîte de Pandore »
Président de l’Assemblée nationale, originaire du Bandundu, le juriste Aubin Minaku insiste de son côté sur le fait que Joseph Kabila est le seul à maîtriser l’équilibre d’un pays toujours volatil, alors que le sécurocrate Kalev Mutond, patron de l’Agence nationale de renseignements, met en avant les piètres résultats de la communauté internationale chaque fois qu’elle a prétendu imposer ses propres règles dans les pays du Sud : « S’ingérer en RD Congo, c’est ouvrir la boîte de Pandore. »
Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale
Très à l’aise enfin dans son rôle de voltigeur de pointe, le patron de presse Tryphon Kin-Kiey Mulumba, fondateur du Soft, ministre des Télécoms et des Nouvelles Technologies, se veut encore plus explicite. Il a créé le club de réflexion Kabila Désir, dont le message s’adresse aussi bien à une diaspora traditionnellement favorable à l’opposition qu’aux Congolais de l’intérieur et dont l’antienne interprétée en lingala sur un rythme de rumba par la star Tshala Muana est sans équivoque : « Nous ne sommes pas encore rassasiés de toi Kabila, notre envie de toi n’est pas encore passée. »
Le registre sur lequel opère la garde rapprochée du chef emprunte largement à une récurrence de l’histoire du Congo indépendant : le nationalisme, la volonté d’être enfin maître de son destin, de combattre l’impuissance et la mésestime de soi, de sortir une fois pour toutes de cette culture débilitante de la prise en charge par le monde extérieur des maux qui minent le pays. Un peu à part, mais à part entière dans le carré des gardiens du temple kabiliste, se tient Augustin Matata Ponyo, 50 ans, Premier ministre depuis 2012. En sursis certes, car nul n’ignore que le futur gouvernement de cohésion nationale finira par se faire sans lui, mais toujours droit dans ses bottes.
Dans le jardin qu’il a fait aménager en face de la primature, le long du fleuve, cet ancien cadre de la Banque centrale, originaire du Maniema, économiste passé par le ministère des Finances, a fait ériger les bustes de tous ses prédécesseurs depuis les gouverneurs généraux belges jusqu’à lui-même, en passant par Lumumba, dont l’effigie trône également dans son propre bureau. Mais il a, d’ores et déjà, réservé pour son successeur un socle surmonté… d’un point d’interrogation.
Sa partition à lui, c’est celle de l’excellence et de l’élitisme. Au bureau avant l’aube, il convoque ses visiteurs dès 6 heures du matin et ne déteste pas que cela se sache, fait évaluer les performances des membres de son cabinet par les experts français de KPMG (« ceux qui ont moins de 55 % de taux de satisfaction sont écartés »), porte invariablement une cravate rouge, a refusé de se faire élire député « pour ne pas avoir à siéger dans une telle assemblée » et n’hésite pas à s’opposer aux généraux ou à tel ou tel membre de la famille présidentielle, en délicatesse avec les règles de la bonne gouvernance.
Les bailleurs de fonds attribuent volontiers à Matata, survivant du crash de l’avion qui coûta la vie à l’éminence grise Augustin Katumba Mwanke en février 2012, la paternité des bons résultats macroéconomiques de la RD Congo – en oubliant un peu vite que ce technocrate, qui ne cache guère le mépris que lui inspirent les jeux politiciens, n’est là que par la seule volonté du président (ce qu’il reconnaît d’ailleurs volontiers).
La politique, une défense d’intérêts particuliers
Les a-t-il trop laissé dire ? C’est possible, car le Premier ministre n’a pas que des amis, surtout dans son propre camp. Et comme à Kinshasa tout se retrouve instantanément dans la rue, il est de notoriété publique que Matata et le ministre du Budget Daniel Mukoko Samba ne se parlent plus – ce dernier est d’ailleurs banni des réunions de cabinet à la primature – et qu’un conflit sérieux l’oppose au président du Parlement, Aubin Minaku.
Lorsque ce dernier a vu à la télévision un film sur les grands chantiers, dans lequel son rival semblait tirer un peu trop la couverture à lui, il en a aussitôt fait part à Joseph Kabila. Lequel a dû convoquer le 7 octobre une réunion du bureau politique de la majorité présidentielle dans sa ferme de Kingakati, à 80 km de la capitale, au cours de laquelle chacun a vidé son sac.
Pour l’occasion, face à des hommes tous plus âgés que lui, le fils du Mzee s’est mué en mwalimu (« instituteur »), gourmandant les uns et calmant les autres. Ce n’est un secret pour personne en effet que les fortes personnalités de l’entourage du chef ne s’entendent guère entre elles, le cas le plus étrange étant celui de son propre conseiller spécial en matière de sécurité, Pierre Lumbi, dont le parti, pourtant membre de la majorité présidentielle, s’oppose à toute révision de la Constitution.
Rien de nouveau dans ce constat certes, mais un impératif : remettre de l’ordre dans la perspective de 2016. Face à Joseph Kabila, dont le score au précédent scrutin présidentiel n’a pas atteint la barre des 50 %, se dresse l’autre moitié du Congo, celle qui vote pour une opposition composite, divisée, mais déterminée. Dans ce maquis de formations scissipares dont les leaders, de par leur comportement et leur positionnement changeants, rappellent chaque jour aux Congolais que la politique ici est d’abord la défense d’intérêts particuliers, se distinguent deux grands pôles : celui qui s’est résolu à collaborer avec le régime en espérant qu’il tire pour lui les marrons du feu et celui dont l’obsession est de s’installer à sa place. Ancien Premier ministre de Mobutu dans les années 1980 et 1990, Léon Kengo wa Dondo, 79 ans, est la figure référente du premier pôle.
L’actuel président du Sénat, qui s’impatiente de voir ses poulains intégrer le haras du gouvernement de cohésion nationale, prône une opposition « républicaine » et modérée, avec un oeil sur sa propre candidature à la présidentielle – une perspective qu’il juge « prématurée », manière de signifier qu’il ne l’exclut pas. Sa position dans le débat sur la Constitution est toute en nuances : « Je suis contre une révision du texte en vigueur, en particulier de l’article 220″, explique celui qu’un dazibao accroché au mur de son salon qualifie d’ »icône ». « Maintenant, si le camp présidentiel veut une autre Constitution, qu’il le dise clairement, nous en discuterons. » Toujours laisser une porte ouverte à double battant, côté pouvoir comme côté opposition, ainsi est Kengo.
Interrogé sur un éventuel glissement du calendrier électoral, hypothèse de rechange fréquemment évoquée à Kinshasa et qui aurait pour conséquence de repousser l’échéance suprême à 2018, voire au-delà, le natif de Libenge, sur les rives de l’Oubangui, répond à sa manière : « Le préalable impératif à toute élection, c’est un recensement sur la base duquel sera élaboré un nouveau fichier électoral incontesté. » Dans un pays de 2,3 millions de km², peuplé de 70 millions d’habitants, une telle opération pourrait prendre deux, voire trois ans et être achevée à temps, à condition de la démarrer immédiatement et d’en trouver le financement.
Autant dire que, sans l’avouer, le très consensuel Kengo wa Dondo n’est fermé à aucune éventualité. rupture totale. Cette notion, finalement très bantoue, de la convivialité n’est en rien partagée au sein de l’autre pôle, celui d’une opposition radicale en totale rupture avec le pouvoir. Difficile de s’y retrouver dans l’entrelacs mouvant des sigles et appellations de ceux dont le but essentiel est de « dégager » Joseph Kabila.
À moins d’être initié, l’éventail formé par sa soixantaine de partis ou associations de la société civile est en effet indéchiffrable. Mieux vaut donc s’attacher aux personnes, chaque parti ou front étant en l’occurrence un regroupement régional, voire familial, autour d’un entrepreneur politique. Jean-Pierre Bemba et Étienne Tshisekedi durablement hors-jeu, le premier pour crimes de guerre dans une cellule de la Cour pénale internationale et le second pour cause de grand âge et de maladie dans un appartement bruxellois, place à la nouvelle génération des anti-Kabila irréductibles.
Du vibrionnant Vital Kamerhe, ancien « attaquant de pointe » polyglotte de Joseph Kabila passé par la présidence de l’Assemblée nationale avant de couper le cordon ombilical, au fils à papa Félix Tshisekedi que sa maman aimerait tant voir succéder au « líder máximo » à la tête de l’historique Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), en passant par un autre « fils de », Nzanga Mobutu, sans oublier l’homme d’affaires et ancien collaborateur du groupe pétrolier ExxonMobil Martin Fayulu et une dizaine d’autres leaders, cette opposition-là ne communie que dans l’intransigeance : on ne touche pas à la Constitution et Joseph Kabila Kabange – considéré comme « illégitime » depuis la présidentielle de 2011 – est prié de faire ses valises dans deux ans.
Destination, si l’on suit dans sa démarche passablement surréaliste le trio Tshisekedi-Kamerhe-Fayalu, qui a adressé en juillet une demande en ce sens au Conseil de sécurité de l’ONU : la Cour pénale internationale (CPI), pour « crimes contre l’humanité », rien de moins. Tous, évidemment, ne sont pas d’accord avec cette guerre à outrance : Samy Badibanga, qui préside le groupe des députés UDPS au Parlement (une participation aux institutions qui lui vaut d’être quasi excommunié par le clan Tshisekedi) juge ainsi « aberrant » ce recours à la CPI et insiste au contraire pour qu’après son départ du pouvoir Joseph Kabila soit nommé sénateur à vie et entouré de toutes les garanties d’immunité nécessaires.
Cet opérateur privé, qui a monté une belle affaire d’import-export entre Bruxelles et Kinshasa, plaide également pour une direction collégiale de son parti, seule à même de recoller les pièces du puzzle UDPS après l’effacement de son fondateur. Compliqué… cénacle. Pour fédérer cette opposition au sein de laquelle on retrouve tout et son contraire – patriotisme, xénophobie, népotisme, démocratie, tribalisme, violence et non-violence – une autorité morale est apparue ces derniers mois, à la fois masquée et omniprésente : le cardinal Laurent Monsengwo. Ce prélat de 75 ans, originaire du Bandundu et membre du cénacle fermé des conseillers du pape François chargé de réformer la Curie romaine, a toujours été une éminence très politique.
L’archevêque de Kisangani qui présida la Conférence nationale puis le Haut Conseil de transition au cours des années 1990, l’homme qui fit plier Mobutu, a conservé de cette période la nostalgie des faiseurs de rois et une défiance à l’égard de tout pouvoir qui n’aurait pas la bénédiction de l’Église. Contrairement à Kengo wa Dondo puis à Jean-Pierre Bemba, qui tous deux eurent les faveurs du prélat, Joseph Kabila n’est pas catholique, mais fidèle de l’Église du Christ au Congo, d’obédience protestante, et son épouse, Olive, fréquente les Églises du Réveil.
Le couple n’est donc pas de ses ouailles, au point qu’il a pris le risque à la mi-septembre de faire publier depuis Rome, via la conférence épiscopale nationale du Congo, une lettre cinglante de défiance à l’encontre de tout projet de réforme de la Constitution, lue à travers toutes les églises du pays. Un risque, car en déplaçant ainsi la chapelle du centre du village, le cardinal a fait ressurgir le vieux clivage est-ouest parmi les quelque 28 millions de catholiques du Congo : au Katanga, au Maniema, dans les deux Kivus et dans une partie de l’Oriental, les évêques et les fidèles grognent.
« Monsengwo est en rupture avec tout ce qui, de près ou de loin, apparaît comme lié à Kabila », commente un diplomate en poste à Kinshasa. « Il entretient ainsi des rapports exécrables avec le président de la Commission électorale nationale indépendante, l’abbé Malu Malu, pourtant son subordonné et qui le lui rend bien. En réalité, le principal opposant au président, c’est lui. Mais son parti, l’Église, n’est pas uni. » Une médiation entre les deux hommes est-elle encore possible ? Le président congolais Denis Sassou Nguesso, dont le cardinal est très proche, serait dit-on disponible pour la mener. Joseph Kabila est, comme on l’imagine, demandeur.
Mais celui qui fut en son temps le premier Africain docteur en écritures saintes à Rome et dont le frère, François Kaniki, sénateur proche de Kengo wa Dondo, est un homme d’affaires prospère de la capitale, est un personnage altier et parfois immodeste qui, il y a dix ans, déclarait que son pouvoir ecclésiastique était « mille fois supérieur au pouvoir politique ». Il n’était alors qu’archevêque. Désormais revêtu de la pourpre cardinalice, Laurent Monsengwo Pasinya, l’enfant de Mongobelé, a dû multiplier ce chiffre par dix…
La communauté internationale sur la même ligne que l’opposition congolaise
Reste, bien sûr, la communauté internationale, acteur majeur en RD Congo depuis l’indépendance, pour le meilleur comme pour le pire. À y voir de loin, elle est sur la même ligne que l’opposition : on ne touche pas à la Constitution. À y regarder de plus près, les choses sont moins simples. Certes, les Américains et en particulier l’envoyé spécial de Barack Obama pour la région des Grands Lacs, Russ Feingold, ancien sénateur et archétype de l’aile gauche du parti démocrate, ne cachent pas leur détermination de voir Joseph Kabila se retirer du pouvoir à l’issue de la prochaine élection.
Les Britanniques et les Belges estiment eux aussi qu’on ne change pas les règles du jeu au milieu de la partie, mais ils y mettent les formes et se refusent à faire de la RD Congo un cas d’école. Les Français, eux, ne disent rien publiquement, même s’ils partagent en off un souci identique. « Le président Hollande n’évoque ce type de sujet avec ses pairs africains que lorsque ces derniers l’abordent en premier », confie-t-on à l’Élysée.
Résultat : lors de la dernière visite de Kabila à Paris en mai, il a été question de Total, d’Air France, d’Orange ou de GDF-Suez beaucoup plus que de politique. Confortés par la position de non-ingérence de la Chine, de l’Inde et du Brésil, encouragés par l’amorce d’un « front du refus » aux injonctions occidentales mené par l’Afrique du Sud, l’Angola et l’Union africaine, les dirigeants congolais savent très bien que les immenses richesses de leur pays interféreront toujours avec les discours des étrangers, y compris les plus radicaux.
Ambassadeur itinérant très proche de Kabila, dont il est un peu le sherpa à l’international, Séraphin Ngwej vit presque quotidiennement cette étrange schizophrénie diplomatique : « Ce que nos interlocuteurs disent le jour, ils ne le répètent pas la nuit. Une fois les micros débranchés, le discours n’est plus le même. »
Il apparaît ainsi de plus en plus évident que les partenaires occidentaux de la RD Congo pourraient s’accommoder d’un glissement du calendrier démocratique, le temps d’établir un nouveau recensement, le temps aussi de réunir les quelque 750 millions de dollars (plus de 590 millions d’euros) nécessaires au financement de la séquence électorale.
En ce mercredi 8 octobre, après avoir inauguré une nouvelle aile du mythique Grand Hôtel, Joseph Kabila décide de rentrer à pied chez lui. Située à quelques centaines de mètres de là, sur une petite presqu’île noyée de verdure et léchée par les eaux du fleuve nourricier, sa résidence n’a rien du palais qu’habitait Mobutu. Un court de tennis, une piscine, quelques jeux de plein air pour Laurent-Désiré, 6 ans, le cadet de la famille et un dispositif de sécurité somme toute léger par les temps qui courent.
Joseph Kabila en route vers 2016
À quoi pense-t-il, cet homme de 43 ans, alors qu’il marche sur le ruban de goudron ensoleillé, entouré de ses gardes du corps ? À la prédiction du prophète Simon Kimbangu, « l’envoyé du Dieu tout-puissant », le pape de Nkamba, réduit au silence par les colons et qui affirma un jour de la fin des années 1940 que le quatrième président du Congo libéré serait un homme jeune et qu’il accomplirait des miracles ?
À l’impossibilité de gouverner un pays-continent gangrené par des décennies de mégestion érigée au niveau des beaux-arts et où, toujours, quelque part, il se passe quelque chose de répréhensible que les ONG et les « nokos » blancs ne manqueront pas de relever, eux dont les convoitises ont fait tant de mal ? Ou, plus prosaïquement, est-il en train de calculer les prochains épisodes de la stratégie combinatoire qui le conduira vers 2016 et peut-être au-delà ?
Il y a quelque chose d’asiatique autant que d’africain derrière le masque impénétrable de celui qui pratique la politique à la manière d’un joueur de go. L’adversaire n’est pas pour lui un ennemi que l’on écrase, mais une force que l’on encercle, que l’on paralyse, que l’on étouffe. La gestion du temps et du silence joue ici un rôle capital, et tant mieux si celui qui vous fait face de l’autre côté du tablier vous sous-estime – ce qui a longtemps été le cas.
Quels que soient les signes avant-coureurs donnés par ses partisans dans le sens d’une candidature annoncée, laquelle pourrait être rendue possible dès l’année prochaine via un référendum sur la Constitution, que le camp présidentiel n’envisage pas un instant de perdre, Joseph Kabila ne se prononcera donc sur ses propres intentions qu’au dernier moment – sans doute pas avant juin 2016, soit à six mois de l’échéance officielle.
À moins que tout bouge encore pour que rien ne change et que le calendrier dérape. Une seule chose est sûre, en réalité : rien ne pourra se faire contre cet homme qui tient l’armée « utile », contrôle les provinces – y compris le riche Katanga dont le gouverneur, Moïse Katumbi, a un pied de part et d’autre de l’échiquier politique – et commence à se constituer un bilan présentable tout en étant le seul à pouvoir réunir les 30 millions de dollars (minimum) requis pour mener en RD Congo une campagne électorale digne de ce nom. Rien sans lui, certes. Avec lui ? C’est une autre histoire, dont seuls les génies du fleuve détiennent la clé.