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SACREBOPOL

jeudi 6 mars 2014

Les Concertations nationales remises en question




Les Concertations nationales remises en question


De passage à Kinshasa, le commissaire européen au développement, Andris Piebalgs, est revenu sur l’amélioration de la gouvernance et du dialogue politique comme préalables de l’Ue pour la poursuite et l’augmentation de ses multiples interventions en RDC. Dès lors, il y a lieu de comprendre pourquoi le gouvernement de cohésion nationale tarde à être formé. Tenues en dehors du cadre consensuel de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, les Concertations nationales sont remises en question – l’UE ayant tout haut dit ce que d’autres partenaires pensent tout bas.

Organisées bien en dehors de l’option fixée dans l’accord-cadre d’Addis-Abeba du 24 février 2013, les Concertations nationales tardent à trouver l’unanimité aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Après un long silence, l’Union européenne est finalement sortie de son mutisme en révélant son attachement à l’Accord-cadre d’Addis-Abeba.
Boycottées par un nombre d’acteurs politiques, particulièrement ceux de l’Opposition, les Concertations nationales se sont finalement clôturées par une série de recommandations et résolutions soumises récemment à la sanction du chef de l’Etat.
L’on se souvient que l’une  des grandes promesses de ce grand forum national était la mise en place d’un gouvernement de cohésion nationale. Seulement voilà. Cinq mois après le discours de clôture (le 23 octobre 2013) du président de la République devant le Parlement réuni en Congrès, ce gouvernement ne prend toujours pas corps. C’est même devenu une gageure.
A l’époque, le chef de l’Etat avait donné la promesse de ne ménager aucun effort pour que les résolutions issues des concertations nationales ne croupissent dans le placard. La formation d’un gouvernement de cohésion nationale étant imminente,  l’agitation avait gagné la classe politique. Majorité, Opposition, voire Société civile, tous les camps étaient sur les nerfs.
Le temps passait mais rien n’était venu expliquer la longue attente. Fallait-il continuer à croire aux Concertations nationales ou y renoncer, s’interrogeait-on dans l’opinion tant il est vrai ce grand forum, sans la formation d’un gouvernement,   devenait une coquille vide.

Avec le temps, le pan de voile commence à être levé. Et l’éclairage est venu du côté des partenaires extérieurs, au premier rang desquels se trouve l’Union européenne. C’est par le truchement de son commissaire au développement, Andris Piebalgs, que celle-ci a fini par dévoiler sa position. 

Au cours d’une conférence de presse animée conjointement avec le ministre délégué aux Finances, Patrice Kitebi, le mardi 4 mars 2014, Andris Piebalgs a indiqué l’Ue avait débloqué l’octroi d’une nouvelle aide en faveur de la RDC  d’un montant respectif de 620 millions d’euros pour la période 2014-2020. Selon lui, ce  montant constitue une augmentation significative de l’aide par rapport à ces dernières années.  La nouvelle aide financière sera mobilisée, a-t-il précisé, au titre du 11ème Fonds européen de développement (FED), par lequel l’Ue fournit une aide aux pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique sur la période 2014-2020 et qui succède au 10ème FED (2008-2013) au titre duquel la RDC a bénéficié d’une aide d’un montant de 569 millions d’euros destinés principalement aux domaines essentiels que sont la gouvernance, les infrastructures, la santé et l’environnement.
En sus de l’aide programmée, la RDC a également bénéficié d’une aide d’urgence d’un montant de 140 millions d’euros dans les domaines de la sécurité alimentaire, de la santé, de la justice et de la violence à caractère sexiste. Sur la même période, un soutien financier supplémentaire de 175 millions d’euros a été engagé en faveur de domaines thématiques tels que l’appui à la société civile, la lutte contre le changement climatique, la santé et les violences sexuelles, l’environnement, la sécurité alimentaire, la démocratie et les droits de l’homme.
D’ores et déjà au départ de Bruxelles, Andris Piebalgs avait déclaré   que « la région des Grands Lacs et ses habitants ont eu à relever des défis exceptionnels ces dernières années - et ce n’est pas terminé », rappelant que « la fin du conflit avec le M23 et les signes encourageants d’amélioration de la stabilité et de la sécurité qui ont été observés ouvrent de nouvelles perspectives ».

LE PAVE DE PIEBALGS 
Après avoir rappelé toutes les bonnes intentions de l’Union européenne en faveur de la RDC, Andris Piebalgs a finalement révélé ce que l’Ue considère désormais comme préalables dans le partenariat qu’elle entretient avec la RDC.
Il a indiqué que l’Ue entend voir la RDC s’engager activement sur deux fronts pour bénéficier davantage de son aide. Il s’agit, a-t-il dit, de l’amélioration de la « gouvernance » (économique et politique) dans le pays et de l’instauration d’un « dialogue politique ». Et d’ajouter : « Nous encourageons un dialogue politique très approfondi entre tous les acteurs ». 
Selon le commissaire européen au développement, ce dialogue politique doit s’inscrire dans la logique tracée dans l’Accord-cadre d’Addis-Abeba. « Nous sommes toujours très fortement engagés et l’Accord-cadre est un espoir », a soutenu Andris Piebalgs.
Que retenir donc de cette déclaration, sinon que les concertations nationales n’ont pas trouvé un écho favorable dans le rang des partenaires extérieurs de la RDC. Que l’Ue, qui dispose d’un important portefeuille en RDC, s’engage sur cette voie, il y a de quoi prendre au sérieux cette déclaration.  Ce pavé de Pielbags sème le doute sur la portée réelle de concertations nationales au regard des exigences des partenaires extérieurs qui ne jurent que sur le respect de l’esprit et de la lettre de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba. 
Dès lors, une chose est sûre : les partenaires au développement ne reconnaissent pas les Concertations nationales de 2013 qui n’auraient pas été inclusives. Pour rappel, quelques poids lourds de l’Opposition tels que l’UDPS  de Tshisekedi, l’UNC de Kamerhe, n’y avaient pas pris part. Quid ? Dans les rangs de la communauté internationale, dont l’Ue n’est qu’un porte-voix, l’on est dans l’attente de la tenue d’un dialogue politique, largement ouvert à tous les acteurs de la crise congolaise. 
Vu sous cet angle, l’on comprend aisément les raisons pour lesquelles les recommandations et résolutions sorties de ces assises, notamment la formation d’un gouvernement nationale, tardent à être appliquées, d’une part ; d’autre part, les sous-entendus des messages envoyés au pouvoir de Kinshasa en son temps par les envoyés spéciaux, notamment Mary Robinson.
En clair, n’ayant pas pu obtenir l’appui de principaux partenaires extérieurs, les Concertations sont remises en question. Le forum national de 2013 n’aura finalement été qu’une coquille vide – tout devant se jouer dans un dialogue politique inscrit dans la dynamique de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba. C’est la voie choisie par l’UE.