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SACREBOPOL

jeudi 18 octobre 2012

Affaire Chebeya :







Paul Mwilambwe, policier congolais, affirme avoir assisté au meurtre de Floribert Chebeya, le militant des droits de l’homme assassiné en juin 2010. Il affirme également que le commanditaire de l’assassinat était le général John Numbi, chef de la police à l’époque. Ce témoignage a tout d’abord été révélé par le réalisateur belge Thierry Michel auteur du film : « L’affaire Chebeya, un crime d’Etat ? ». S’il était confirmé, il pourrait relancer entièrement l’affaire. Le témoin, qui a été condamné en première instance par contumace, vit depuis plusieurs mois dans la clandestinité. Il affirme avoir été plusieurs fois enlevé et menacé d’exécution en RDC, avant de parvenir à quitter le pays. Depuis, il se cache dans un pays d’Afrique. Paul Mwilambwe répond aux questions de Stéphanie Braquehais.
 
RFI : Paul Mwilambwe, vous étiez chargé de la sécurité à l’Inspection générale de la police le 1er juin 2010, le jour où Floribert Chebeya a été tué. Vous étiez vous-même au bureau ce jour-là. Qu’est-ce que vous avez vu ?

PM : A partir de 17 heures, mon ami le major Christian Ngoy qui est le commandant du bataillon Simba m’a appelé. Il m’a dit : « Je suis accompagné par un visiteur de marque qui va rencontrer le général Numbi ». Je lui ai dit : « Non, le général Numbi est absent ». Il m’a dit : « Non, dans quelques minutes, le général va arriver à l’Inspection générale ». Il est entré avec un monsieur que je ne connaissais pas. Et lorsqu’il est sorti, la personne s’est présentée devant moi et m’a dit : « Je m’appelle Floribert Chebeya, le secrétaire exécutif de la Voix des sans voix ».

RFI : Combien de temps est-il resté dans votre bureau ?

PM : A partir de 19 heures et quelques minutes, c’est le major Christian qui est venu récupérer Chebeya dans mon bureau. Tout d’abord, il s’est excusé devant Chebeya en disant : « Le chef s’excuse, il ne doit plus vous recevoir ici au bureau. Il préfère vous recevoir à sa résidence privée ». Mais en sortant, à partir de la réception, Chebeya a été cagoulé, au niveau de la réception.

RFI : Comment le savez-vous ?

PM : Sous mon bureau, il y a une caméra de surveillance et cette caméra capte à partir de mon bureau jusqu’à 50, 100 mètres. Alors lorsqu’on a fait le mouvement de prendre  Chebeya brusquement, la caméra a sonné. En regardant cette caméra, je vois le major Christian et quelques éléments de la police cagouler Chebeya avec les sachets Viva (ndlr : des sacs plastiques de la marque Viva). Et on a commencé à les scotcher. Et c’est ce qui m’a incité à quitter mon bureau et à descendre voir ce qui se passe.

RFI : C’est à ce moment-là que vous les avez rejoints à la réception ?

Je n’ai pas trouvé Chebeya à la réception. On l’a amené directement au hangar. J’ai appelé le major Christian. Je lui ai posé la question pour savoir. Il m’a dit : « Monsieur, ferme ta bouche. C’est un ordre qui vient de la hiérarchie ». Je lui ai encore posé la deuxième question : « Qui vous a donné cet ordre ? ». Il m’a dit : « C’est le président de la République » pour la première fois. Je lui ai posé la question : « Qui a reçu l’ordre du président de la République ? Par téléphone ou par quoi précisément ? ». Il m’a dit : « Non, j’ai reçu l’ordre du président de la République par le canal du général Numbi ». C’est le général Numbi qui a intimé l’ordre au major Christian. Et lorsqu’il a donné cet ordre, il a dit au major Christian que cet ordre vient du président de la République. Ça c’est le major Christian qui me le rapporte. D’abord l’ordre est venu : toute personne qui accompagnerait Chebeya, que ça soit son fils, que ça soit son collègue, que ça soit son épouse, doivent subir le même sort que Chebeya. Et il m’a dit : « Voyez dans la voiture. Son chauffeur, on l’a déjà exécuté ». J’ai regardé la voiture et j’ai vu un corps sans vie. Et lorsque je parle avec le major Christian, les policiers sont en train de continuer à étouffer Chebeya.

RFI : Quelle a été votre réaction ?

PM : Moi je suis un officier sans troupes, le major Christian, c’est l’officier avec troupes. Donc je suis rentré à mon bureau parce que je savais que les caméras étaient en train d’enregistrer. Je devais faire un rapport à la hiérarchie.

RFI : Vous voyez un assassinat se dérouler devant vos yeux. Pourquoi n’avez-vous pas tenté de sauver la personne ?

PM : Non, à ce moment qu’est-ce que je devais faire ? Moi mon problème est de faire un rapport au chef. Je suis le commandant de sécurité. Je vois des événements. Le major Christian a des policiers bien armés. A ce moment-là, je ne devais pas faire autrement. Je devais faire un rapport au général Numbi. Après cette opération, il était déjà 20 heures. J’ai quitté les bureaux à partir de 20 heures et quelques minutes. Et je suis arrivé à la maison à 20 heures et quelques minutes.

RFI : Et c’est donc deux jours après l’assassinat que Christian Ngoy s’est confié à vous ?

PM : Avant les fouilles, il m’a appelé dans sa chambre parce que nous habitons les mêmes maisons. Je l’ai trouvé en train de pleurer. Il m’a dit : « Ça me fait mal parce que je viens d’avoir d’autres ordres auprès du général Numbi : 'Avant les fouilles, il faut exécuter ton ami' ». Je lui ai demandé : « Est-ce que le général vous a dit le mobile de cet assassinat d’exécuter Chebeya ? ». Il m’a dit : « Non. Chebeya était un témoin gênant ». Il m’a dit pour deux choses : le massacre de Bundu Dia Kongo ; et deuxièmement, M. Chebeya avait enquêté sur les massacres de l’Equateur. Les gens qui ont fait cette opération, ce sont les éléments du bataillon Simba dirigé par le major Christian. Ces bataillons recevaient les ordres directement du général Numbi.

RFI : Dix jours après le meurtre, vous vous faites enlever.

PM : Lorsqu’on m’a arrêté, on m’a cagoulé et on m’a amené vers une destination inconnue. Lorsque nous sommes arrivés à destination, on m’a fait ouvrir la cagoule. Et je me suis retrouvé dans la résidence privée d’un conseiller du général Numb  : « Toi, tu voudrais trahir le général Numbi ». Ça c’est le 11 jusqu’au 13, un certain dimanche. Après quelques minutes, à 14h, on nous a amené à manger. Je surveillais les mouvements des policiers et je suis sorti, j’ai escaladé le mur. Je suis parti.

RFI : Vous restez neuf mois caché à Kinshasa, puis vous décidez de vous rendre à la justice. Mais là, vous êtes à nouveau arrêté et emmené à Lubumbashi. Vous parvenez encore à vous évader et cette fois à quitter le pays. Vous avez été condamné à mort par contumace pour assassinat, association de malfaiteurs. Pourquoi témoigner aujourd’hui ?

PM : On m’a condamné illégalement. J’étais devant la justice. La justice devait me livrer. Mais la justice a préféré me faire disparaître parce que je suis un témoin gênant dans l’affaire Chebeya, c’est-à-dire que je suis un témoin gênant pour le pouvoir de Kinshasa et pour le président de la République, et même pour le général Numbi. A ce moment-là, il n’y a pas moyen de retourner au pays.









Floribert ChebeyaFloribert Chebeya

Jean-Joseph Mukendi Wa Mulumba, président du Collectif pour la défense des parties civiles au procès Chebeya, réagit au témoignage du policier congolais Paul Mwilambwe. Sur les ondes de RFI, le 17 octobre, ce dernier a de nouveau mis en cause John Numbi et la présidence de la république.

À quelques jours de la reprise du procès en appel (le 23 octobre) de l'assassinat de Floribert Chebeya et de son chauffeur, Fidèle Bazana, Paul Mwilambwe revient sur le devant de la scène. Après que son témoignage ait été rendu public en juillet par le réalisateur belge Thierry Michel, ce policier congolais qui affirme avoir assisté au meurtre du militant des droits de l’homme s’est confié à RFI, mercredi 17 octobre. Il a de nouveau affirmé que le commanditaire de l’assassinat aurait été le général John Numbi, chef de la police à l’époque, précisant que ce dernier aurait agi sur ordre de la présidence. Jean-Joseph Mukendi Wa Mulumba, président du Collectif pour la défense des parties civiles réagit à ce nouveau témoignage et revient sur l’inauguration une médiathèque à la mémoire de Floribert Chebeya par le président français, François Hollande, le 13 octobre dernier.

Jeune Afrique : Dans un nouveau témoignage, Paul Mwilanbwe assure que l’ordre d’assassiner Floribert chebeya est venu directement de "la présidence de la République". Que vous inspirent ces propos ?

Jean-Joseph Mukendi Wa Mulumba : C’est un secret de polichinelle. Il est impossible que John Numbi, au niveau de responsabilité qui était le sien, ait pris une telle initiative contre une personnalité connue internationalement sans avoir une couverture. Et le zèle dont font preuves les autorités congolaises pour ne pas mettre John Numbi en accusation confirment largement les accusations de Paul Mwilambwe.

Ce témoignage peut-il pousser la justice militaire à appeler le général Numbi à la barre ?

Pour ça, il faut encore plus de pression, car il y a une volonté concertée des autorités politiques de ne pas le livrer à la justice. Et nous sommes, nous les avocats et les parties civiles, en train de ramer à contre-courant. C’est une tâche très difficile et très dangereuse. Depuis la reprise du procès en appel, nous nous battons contre les toutes premières décisions de la cour, qui faisaient de la cour militaire l’institution valable pour juger les suspects. Si le procès avait débuté à la Haute cour militaire [comme c’est le cas maintenant], John Numbi aurait dû être inclu au nombre des prévenus. C’est ce que nous attendons de l’audience du 23 octobre.

Quels sont les obstacles juridiques à la comparution de John Numbi ?

Il n’y en a pas. L’obstacle est simplement politique. John Numbi est un personnage très bien placé dans la hiérarchie.

Quelles ont été les réactions de la justice militaire au premier témoignage de Paul Mwilambwe ?

Dans un avis rendu précédemment, le ministère public ne s’est pas opposé à sa comparution. Sauf qu’il fallait qu’il vienne à Kinshasa avec Thierry Michel, qui savait qu'il allait être arrêté et empêché de comparaître dès son arrivée. Mais théoriquement, le ministère public ne peut pas refuser que Paul Mwilambwe comparaisse. Les juges devront faire connaître leur position le 23 octobre.

Avez-vous des contacts avec Mwilanbwe et quel regard portez-vous sur son témoignage ?

En tant qu’avocat je n’ai aucun contact avec lui. Paul Mwilanbwe n’est pas notre client mais notre adversaire puisque qu’il a été condamné par contumace. Il n’y a donc pas de raison qu’il nous fasse confiance. Pour ce qui est de son témoignage, il est de plus en plus vraisemblable. Notamment parce qu'il se recoupe avec des éléments que nous avons déjà au dossier : l’heure à laquelle Floribert Chebeya et Bazana ont été appelés à l’Inspection général de la police ; le temps qu’ils ont passé là-bas. Enfin nous avions déjà eu vent de l’audience de Paul Mwilambwe devant la Cour militaire, le 14 avril.

Il a beaucoup vraisemblance. Ce témoignage est crédible et nous éclaire un peu sur les conditions de ce double assassinat ignoble.

Y-a-t-il des zones d’ombres ?

Oui, car très peu de témoins étaient présents et il y a une volonté manifeste de ne pas arriver à la vérité. Précisons également qu’au sens judicaire du terme, Mwilambwe n’est pas un témoin puisqu’il a été inculpé. Mais il faudrait que la justice enquête sur ce qu’il dit.

Vous étiez présent à l'inauguration d'une médiathèque à la mémoire de Floribert Chebeya par le président français François Hollande, en marge du sommet de la Francophonie, le 13 octobre. Que vous a-t-il dit ?

Nous tenons à remercier le président français pour cette inauguration et pour avoir associé la famille et les avocats à cette manifestation au cours de laquelle il nous a donné l’occasion de lui parler directement. Après avoir fait sa petite allocution, il a demandé aux familles de Floribert et de Bazana de s’exprimer. Il s’est ensuite tourné vers les avocats nous donnant également l’occasion de nous exprimer. Le président Hollande nous a confirmé sa volonté de continuer à défendre la protection des droits humains, nous a promis qu’il ne s’arrêterait pas là, que la république française continuerait à suivre le déroulement de ce procès et s’engagerait pour que la vérité éclate. C’est un engagement très fort qui nous a réconforté dans notre détermination à aller de l’avant, malgré les embûches et les dangers.




J
John NumbiJohn Numbi
Après la diffusion du témoignage sur RFI de Paul Mwilambwe, le porte-parole du gouvernement congolais et ministre de la Communication a aussitôt réagi. Lambert Mendé dénonce un témoignage qui ne tient pas la route. Il déclare :

« Nous voulons réagir à cette espèce de récit arrangé, qui ne nous paraît pas très éloigné d’un véritable lynchage médiatique. Parce que ce fameux témoin gênant qui ne se confie pas à la justice, qui fuit la justice de son pays, qui ne se confie qu’à des médias français, est assez suspect après ce qui s’est passé au sommet de la Francophonie. Il n’a pas entendu le général donner des ordres. Il n’a pas vu le général Numbi. Il aurait vu quelqu’un qui aurait vu le général Numbi, qui aurait dit que le président Kabila aurait donné les ordres. Même devant un petit juge de quartier, cela ne tient pas la route. Et nous nous étonnons que l’on donne quelque consistance que ce soit à de tels témoignages qui ne sont pas du tout judiciaires. C’est des évènements médiatiques peut-être, mais qui ne peuvent pas permettre d’aller jusqu’à attenter à l’honneur d’un pays, à l’honneur d’un chef d’Etat dont on ne voit pas ce qu’il vient faire dans cette affaire de l’assassinat de Floribert Chebeya. Sinon la volonté d’utiliser ce drame pour déstabiliser les institutions congolaises ».
Coopération 
RDC-OIF 

Kinshasa : désillusions après la grand-messe de la Francophonie



jeudi 18 octobre 2012 à 11h53

Polémiques sur la façon dont les fonds destinés au sommet de la Francophonie ont été alloués en interne, embouteillages monstres en ville… Après la fête, Kinshasa retrouve une réalité moins rose.
© Caroline Thirion


A Kinshasa, le trafic fluide de la semaine dernière n’est déjà plus qu’un lointain souvenir. Nul ne se plaint des efforts entrepris, à l’occasion du XIVe sommet de la Francophonie, pour réasphalter, désherber, nettoyer et repeindre les grands axes du centre-ville et la route de l’aéroport. Mais les énormes bouchons ont déjà refait leur apparition. Mardi soir, des dizaines de personnes qui se rendaient à Ndjili, l’aéroport international, situé à une vingtaine de kilomètres du centre, ont raté leur avion, coincés pendant plus de trois heures dans la circulation. 

En outre, les lampions de la fête francophone éteints, des responsables de structures congolaises qui ont travaillé pour le comité d’organisation du sommet confient, en privé, leur amertume. Ainsi, des responsables dans le secteur du tourisme font part de leur indignation sur la façon dont les fonds ont été alloués en interne : engagements non tenus, idées et projets récupérés par d’autres… 

Certes, l’organisation de la rencontre, sans être impeccable, n’a pas sombré dans le chaos. Quelques couacs, tout de même : la soirée de gala au Théâtre de verdure annulée au dernier moment, les grands hôtels mécontents de la gestion des réquisitions de chambres destinées aux délégations, la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement retardée de plus d’une heure et demie. 

« Résultat : les entretiens bilatéraux prévus dans la foulée de la grand-messe ont été reportés, raccourcis ou annulés », déplore-t-on au cabinet de Rudy Demotte, le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, pressé de rentrer à Tournai dans la nuit pour cause d’élections communales. 

La grande fête annoncée n’a touché que quelques Kinois privilégiés. « Ni en ville, ni en cité, la population n’a pu participer aux réjouissances », constate un coopérant belge. Le Village de la Francophonie - une centaine de stands institutionnels, commerciaux et culturels aménagés au pied de stade des Martyrs - a attiré des visiteurs étrangers et des Congolais, mais les files d’attente pour accéder au site, les contrôles de sécurité et la fermeture de plusieurs axes de circulation ont découragé la grande foule. Si La Gombe, le centre-ville, a paru aux visiteurs étrangers étrangement calme, c’est parce que la police et l’armée ont coupé les voies d’accès des cités. 

« L’omniprésence des militaires et la tension palpable lors du passage de cortèges officiels ont rappelé l’ambiance pesante des dernières élections », estime un expatrié belge. Le déploiement de « robocops », les policiers anti-émeutes, a en tout cas neutralisé toute tentative de sortie des manifestants de l’opposition tshisekediste. 

OLIVIER ROGEAU, envoyé spécial à Kinshasa

http://www.levif.be/info/actualite/international/kinshasa-desillusions-apres-la-grand-messe-de-la-francophonie/article-4000195645637.htm