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SACREBOPOL

samedi 29 mars 2014

justice arbitraire, procès truqué et tronqué et un arrêt nocturne













La condamnation de l’opposant Diomi par la Cour suprême de justice mercredi a suscité diverses réactions au sein du Parlement. L’opposition accuse la justice d’être à la solde du pouvoir. Réactions.

Pour le député national Martin Fayulu des Forces acquises à l’opposition, la condamnation d’Eugène Diomi Ndongala est une nouvelle preuve que la justice est au service du pouvoir politique. « La levée d’immunité a été faite avec toute la légèreté du monde parce que c’était commandité, explique l’opposant. Et d’ajouter: « Nous trouvons ce comportement totalement inacceptable. Nous allons demander aux avocats de Diomi de saisir la cour de Cassation. La procédure n’a pas été respectée et donc le jugement est nul et non avenu. Sur le plan politique, nous allons aller voir le président de l’Assemblée nationale pour qu’il tire toutes les conséquences. Nous évoquerons aussi des démarches à suivre afin de  procéder à la réparation.»

 

Même son de cloche pour Jean-Claude Vwemba, député du Mouvement du peuple congolais pour la République. L’homme proclame haut et fort sa frustration. « C’est une frustration parce qu’on ne peut pas se servir de la justice pour sanctionner ses adversaires politiques. Comme vous le savez, explique le député,  pendant le procès, les deux demoiselles supposément violées par l’honorable Diomi se sont confondues en excuses d’une manière incroyable. C’est la preuve que ce sont des condamnations politiques. Nous ne pouvons pas l’accepter. La justice est entre les mains des autorités politiques de ce pays






L’Arrêt de la Cour Suprême de Justice condamnant Eugène Diomi Ndongala, député national déchu et ministre honoraire, à dix ans de prison ferme, n’a nullement surpris tous ceux qui suivaient le dossier. A partir du huis clos décrété par cette haute cour pour empêcher la presse et le public d’assister à un procès des mœurs dont tous les détails ainsi que les identités du présumé auteur du double viol et des présumées mineures violées étaient sur la place publique, le sort du prévenu était scellé. C’était clair dès lors que ses avocats, mécontents du refus des juges d’examiner l’exception relative à la filiation controversée des victimes, s’étaient retirés de la barre. La sévérité du réquisitoire du ministère public – 28 ans de prison- était fort révélateur de ce qui attendait Diomi.

Il s’avère malheureusement qu’après le verdict, l’affaire Diomi laisse le goût d’une flagrante injustice à l’égard de l’accusé. Le non respect de plusieurs éléments de la procédure a conforté les observateurs dans la persistance d’une justice à deux vitesses en République Démocratique du Congo.

Pourtant, l’opinion publique avait grandement besoin de connaître la vérité dans les faits mis à charge de cette personnalité politique, dont la famille biologique figure dans les annales de l’histoire nationale, au crépuscule de la colonisation belge comme lors des deux premières République. Fils de Gaston Diomi, un des pères de l’indépendance, Eugène Diomi avait la dignité de tout un clan à défendre. D’où, il était nécessaire que l’accusation dépose, devant la barre, toutes les preuves de sa culpabilité.

Cela n’ayant pas été fait, le doute va continuer à envelopper à jamais un procès au goût d’inachevé. Qui va croire que Diomi a réellement commis un double viol, tant que l’on aura pas clarifié les relations de filiation entre les deux vraies-fausses sœurs prétendues victimes et leur vrai-faux père ? Qui va apaiser tous ceux qui attendent des réponses sur les dates de naissance controversées des deux filles, dont l’espacement des maternités est inférieur à six mois ? Qui va éclairer tous ceux qui doutent du lieu du délit, dès lors qu’une fille prétend qu’elle et sa sœur avaient été violées du côté de Huileries, au siège de la Démocratie Chrétienne, alors que sa permanence se trouve à Gombe, tandis que l’autre affirme qu’elles avaient répondu au rendez-vous de Diomi à sa propre résidence, à Ma Campagne.

Qui est réellement le monsieur qui se fait passer pour le père des victimes, d’autant que les rumeurs en circulation à son sujet le donnaient pour un opportuniste recruté pour les besoins de la cause ? En tous les cas, son comportement a paru fort suspect. En principe, un respectable père aurait eu pour premier réflexe de protéger l’anonymat de ses deux filles, mineures d’âge et partant futures candidate potentielles au mariage et à une vie professionnelle normale. Que non… ! Notre papa avait pris un malin plaisir à s’exhiber, aux côtés de ses filles, sur des chaînes de télévision, en vue de faire accréditer la thèse du viol. En affirmant haut et fort que les « services » rendus à Diomi étaient monnayés et qu’il avait abusé d’elles plusieurs fois, a-t-il pensé aux retombées négatives de son scénario, qui a plus fait passer lesdites filles non pas pour des victimes d’un viol mais des professionnelles du sexe ?

Ce sont toutes ses zones d’ombres que la Cour Suprême de Justice aurait dû éclairer. Il est fort dommage que cette juridiction n’ait pas réussi à évacuer tous les doutes qui planaient sur les prétendues relations sexuelles entre Diomi et ses « objets » de jouissance. Tout au long du procès, aucune démonstration de la flagrance des faits n’a été faite, ce qui fait penser que le précité a été condamné sur la base des présomptions, non étayées par des pièces à conviction, des témoignages ou des aveux.

Un roman policier à la congolaise

Pendant presque deux ans, de juin 2012 à mars 2014, la scène politique congolaise a été dominée par le feuilleton de l’affaire Diomi, marquée par des rebondissements à répétition. Lorsqu’en juin 2012, l’opinion tant nationale qu’internationale apprend qu’Eugène Diomi Ndongala, homme politique bien connu de la place de Kinshasa, ministre honoraire et député national élu, a échappé à une arrestation policière, au motif qu’il aurait violé deux filles mineures, c’est l’étonnement, mêlé de doute. Pour convaincre, la police du district de la Lukunga, qui a perquisitionné son présumé « abattoir » de l’avenue Colonel Ebeya, au restaurant-hôtel Green Garden, fait passer sur plusieurs chaînes de télévision les objets du délit : lit, matelas, préservatifs, produits aphrodisiaques, parfums, savons de toilettes, etc.

Cinglant démenti de l’incriminé, par le biais de son parti, la Démocratie Chrétienne, qui soutient qu’il s’agit d’un montage grossier car Diomi était rentré chez lui en début de soirée, après avoir présidé, devant témoins, une réunion préparatoire à la première sortie publique de la MPP (Majorité Présidentielle Populaire), en sa qualité de Coordonnateur de cette nouvelle plate-forme politique attachée à la vérité des urnes, à savoir la victoire d’Etienne Tshisekedi comme président élu de la RDC en novembre 2011.

Une semaine après, la même police de la Lukunga fait état de l’arrestation de Diomi, pour besoin d’enquête, mais sa famille biologique parle de son enlèvement par les « services ». La confusion s’amplifie par la suite, lorsque les sources policières parlent de l’évasion de l’intéressé, alors que sa famille biologique et son parti crient à la ronde qu’il a été enlevé et détenu au secret dans les cachots des services spéciaux. Ainsi, pendant plus de trois mois, Diomi ne fait pas signe de vie. Entre-temps, le Procureur général de la République a introduit, auprès du Bureau de l’Assemblée Nationale, une requête sollicitant l’invalidation de son mandat et la levée de son immunité parlementaire, en vue du déclenchement des poursuites judiciaires à sa charge.

Mais, à deux jours de l’ouverture du sommet de la Francophonie à Kinshasa, Eugène Diomi réapparait brusquement. Sa famille et son parti racontent qu’on l’a retrouvé abandonné sur la route du Bas-Congo, malade et terriblement affaibli…la barbe hirsute. Des sources policières et judiciaires relèvent, pour leur part, que l’incriminé est sorti de lui-même de sa cachette, après trois mois de cavale, en vue d’attirer sur lui l’attention des participants à la rencontre mondiale de l’espace francophone.

Alors que l’on croit l’affaire close, son dossier rebondit à la session parlementaire de septembre. Malade et opéré à l’Hôpital de l’Amitié de Ndjili, à en croire sa famille et ses avocats, Eugène Diomi fait savoir au Bureau de l’Assemblée Nationale qu’il n’est pas, physiquement, en mesure de répondre à son invitation en vue de présenter ses moyens de défense. Au finish, il est déchu de son mandat de député. Et le temps passe, sans que l’on sache si le Parquet général de la République va effectivement passer à l’action ou classer le dossier sans suite. La réponse ne tarde pas à venir. Au mois d’avril 2013, Diomi est de nouveau mis aux arrêts, entendu au Parquet général de la République puis placé en détention préventive à la Prison Centrale de Makala.

En dépit de ses ennuis de sa santé et d’un Arrêt de la Cour Suprême de Justice l’assignant à résidence, il est maintenu à « l’Université de Makala », jusqu’à ce jour. Pour avoir déjà passé près d’une année en prison, il lui reste encore 9 années à purger, en compagnie d’un autre célèbre détenu d’opinion, le pasteur Kutino Fernando. Condamné lui aussi à dix ans, il en est présentement à sa huitième année à Makala.



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dimanche 23 mars 2014

Lettre ouverte aux députés nationaux

Lettre ouverte aux députés nationaux

Wina Lokondo


Messieurs les députés nationaux,

«Quel est votre projet de société ou celui de votre parti politique ?». Cette question a, plus d’une fois, été posée à l’un ou l’autre d’entre vous par un de nos compatriotes. Et le plus souvent pendant les campagnes électorales.
«Projet de société», autrement dit, la société «en projet», la société
«projetée», envisagée. Tous les politiques congolais promettent - dans leur projet de société – de faire de leur pays un coin de la terre où les gens doivent bien manger et bien se soigner, où tous les enfants doivent bénéficier d’une scolarité gratuite et de qualité, où la paix doit régner. Une société merveilleuse où, pour reprendre les mots de la Bible, « coulent le lait et le miel », c’est-à-dire une société de bonheur, de cocagne.

Au-delà du devoir de donner le confort matériel à nos concitoyens, vous soulignez aussi systématiquement, et en y mettant un accent particulier, votre (sincère ?) souhait de voir une vraie démocratie s’installer en RDC. Montrant ainsi que la démocratie est aujourd’hui la mesure de toute chose ou, en tout cas, la condition nécessaire de la réalisation sereine de tous les autres aspects de votre « projet de société ». Et qu’est-ce qu’une démocratie? Pour faire court, on peut ici la résumer en trois mots : liberté, transparence et loi. Est ainsi démocratique un pays où les gens jouissent de la liberté de circuler, d’aller et venir là où ils veulent, et de dire ce qu’ils pensent sans préalable censure. Un pays où la gestion des biens publics est transparente et doit se savoir, où tout ce qui concerne tout le monde est connu de tout le monde. Pays où la loi – et la loi constitutionnelle en premier – est respectée et s’impose égalitairement à tous, y compris à vous, ses « élaborateurs », et au président de la République qui en est le premier garant et qui a prêté serment de s’y conformer.

Mon propos ici porte justement sur ce dernier aspect de la démocratie – le plus important –, celui du respect de la loi constitutionnelle. Et qui est, vous en convenez, la grande inquiètude des Congolais, le grand débat du moment. Allez-vous modifier les articles 220 et 197 de la Constitution ? Nos compatriotes s’interrogent. Les observateurs étrangers de l’échiquier politique congolais, aussi.

En effet, la question de la limitation à deux mandats de la fonction du chef de l’Etat (cinq ans renouvelables une seule fois), comme le stipule l’article 22O, et celle de l’élection au suffrage universel « direct » des députés provinciaux, conformément à l’article 197, se sont invitées dans les conversations des Congolais, dans leur diversité socio-géographique : ceux du Congo profond – de mieux en mieux informés car reliés de leurs champs et de leurs cases au reste du monde par Internet à partir de leurs téléphones portables – comme ceux des grandes villes. Comme également ceux de la « diaspora », les mieux informés puisque ne souffrant pas de coupures intempestives d’électricité et ayant ainsi accès permanent au Web, et dont le bruyant activisme civique - se manifestant de diverses « manières » - ne laisse plus personne indifférente.

Messieurs les députés nationaux,

La longévité au pouvoir (32 ans) du maréchal Mobutu a été considérée anormale par d’aucuns. On s’offusque d’en constater encore des cas dans notre continent, lesquels doivent continuer à nous interpeller. Puisque leurs pays ne limitent pas les mandats présidentiels, c’est ainsi que l’on voit un Robert Mugabe, à 90 ans, continuer à se faire élire et à diriger le Zimbabwe. Paul Biya trône encore sur le Cameroun à 81 ans et après 32 ans au pouvoir. Teodoro Obiang Nguema de Guinée Equatoriale est âgé de 72 ans et totalise, lui aussi, 32 ans à la tête de son pays. Bien que malade et tenant à peine débout, l’Algérien Abdelaziz Bouteflika, 77 ans, vient de se porter de nouveau candidat pour un troisième mandat. Denis Sassou Nguesso a soufflé ses 70 bougies et totalise 29 années additionnées de pouvoir. Etienne Tshisekedi (82 ans) et Léon Kengo (79 ans) n’estiment pas encore leur retraite politique proche. Joseph Kabila est au pouvoir depuis 13 ans. Et il n’a…que 43 ans. La levée de la limitation à deux mandats présidentiels pourrait lui permettre, ayant les finances et les services de sécurité fortement en ses mains, de rester au pouvoir encore plus de trente ans. Très probablement. Car si, aujourd’hui, vous vous hasardez à faire sauter le verrou constitutionnel de la limitation de mandats, et tout simplement pour lui permettre de rempiler, quel argument pourriez-vous lui opposer pour lui demander de ne pas se représenter aux ultérieures élections présidentielles ? Pourriez-vous après vous plaindre de sa longévité au pouvoir ?

Aubin Minaku et Lambert Mende, respectivement président de l’Assemblée nationale et porte-parole du gouvernement, tous les deux très proches collaborateurs du chef de l’Etat, ont fait savoir, à travers les médias, que Joseph Kabila respectera la Constitution en ne brigant pas un troisième mandat successif. Nous souhaitons que le président de la République, comme le font tous ses collègues partout ailleurs lorsqu’un problème taraude leurs concitoyens, se prononce personnellement et clairement sur ce sujet. Car il est incompréhensible - et un grave manque de respect pour le peuble congolais - qu’il ne puisse pas en parler. « Taiseux » ou pas, il est appelé à rassurer, à calmer les esprits. Le chef de l’Etat, civil ou militaire, n’est pas exclusivement le chef de l’Armée, la Grande « Muette ». Il est d’abord et éminemment un chef politique, fonction qui lui demande d’user en permance de la…parole, le « mot » étant au commencement et à la fin de toute action politique. Continuer à faire tabou d’une question, qui n’en est plus une si nous devons croire Aubin Minaku et Lambert Mende, ne ferait que nourrir les suspicions sur ses réelles intentions de céder ou non le fanion présidentiel en 2016.

Si toutefois nous devons nous fier aux déclarations de ces deux grands kabilistes qui, espérons-le, auraient reçu une « sincère » confidence de leur chef, et tout en maintenant notre citoyenne vigilance, nous pouvons présumer exclue la modification de l’article 220. Ma présente interpellation se limite alors à relever, à votre intention, le caractère démocraticide et dangereux d’une éventuelle révision de l’article 197. Proposition de révision qui vous est suggérée par…Joseph Kabila, curieusement et très vite adoptée – avant vous – par le président de la Céni, Apollinaire Malumalu. Y a-t-il encore à douter que ce dernier est au service du seul président de la République et n’est donc pas un arbitre neutre ? La Céni est-elle encore « indépendante » dès lors qu’elle devient une « commission d’enregistrement » des volontés d’un des acteurs au jeu ? Sur quoi porte-t-elle encore son indépendance ?

Messieurs les députés nationaux,

Une sorte de malédiction veut que chaque dirigeant congolais, depuis 1960, marque sa gouvenance d’une cicatrice, d’une gaffe historisque. Laquelle, souvent, l’a personnellement préjudicié tout en ayant causé un grand tort au pays. Kasa-Vubu, Lumumba, Tshombe, Kalonji, Mobutu, Kabila père et fils ont tous eu à fauter gravement. Les connaisseurs de l’histoire du Congo n’ont pas difficile à épingler les décisions prises et les actes posés par chacun, qui ont lourdement terni l’image de l’un ou l’autre et qui ont « impacté » négativement sur le pays, sur le plan politique ou économique.

L’ère Joseph Kabila continue à charrier son lot d’erreurs. Une des plus néfastes a été la révision constitutionnelle perpétrée en 2011 par vos collègues de la mandature précédente qui a « retiré » à notre démocratie le deuxième tour de l’élection présidentielle. Laquelle révision a bousculé la concordance temporelle des mandats du président de la République et des députés nationaux, d’une part, et ceux des sénateurs, des députés provinciaux et des gouverneurs, d’autre part. Cette révision avait été justifiée par l’argument du manque d’argent, le même que brandissent aujourd’hui Joseph Kabila et ses affidés afin de « supprimer » de la Constitution l’élection au suffrage universel direct des députés provinciaux. Le président de la Céni se préparerait à vous en soumettre la proposition. D’où ma patriotique mise en garde et mon vibrant appel à votre sens civique : ne continuez pas à faire régresser la démocratie congolaise !

Messieurs les députés nationaux,

La Constitution de notre pays avait été élaborée - certains d’entre vous y avaient activement et positivement contribué - après une pénible période de guerres civiles. Beaucoup d’argent avait été dépensé par nos partenaires bilatéraux et multilatéraux pour permettre les retrouvailles d’anciens belligérants. L’élite congolaise, dans sa grande diversité, avait séjourné pendant des mois à Sun City. Le Dialogue Intercongolais fut, osons les comparaisons, la Table ronde de Bruxelles de 1960 en plus grand format. Et un peu moins que la Conférence nationale en nombre de participants qui, elle, eut lieu au pays. S’étaient déroulées en Afrique du Sud des négociations très difficiles à l’issue desquelles étaient sortis les principes qui régissent notre actuel ordre constitutionnel. C’est donc ce « pacte politique » qui avait recréé l’unité nationale et celle-ci s’était matérialisée par l’ingénieuse formule d’un président de la République flanqué de quatre vice-présidents, trouvaille qui a permis une période de transition (2003-2006) sereine et, surtout, l’approbation référendaire de la Constitution par le peuple congolais.

Aussitôt sorti du carcan de « l’étouffante » Transition, devenu seul maître à bord du bateau Congo, Joseph Kabila s’est mis, avec « ses » successives majorités parlementaires, à détricoter la Constitution, année après année, à « solder », à « dévaluer » la démocratie congolaise. A croire ainsi que c’est à contrecoeur qu’il avait accepté les Accords de Sun City et les principes qui les contenaient.

La révision de 2011 a fait régresser, avouons-le, le jeu politique en amputant, je l’ai dit, notre démocratie du second tour de l’élection présidentielle. Celui-ci étant pourtant, aujourd’hui et à travers le monde, un des signes du dégré de maturation des régimes politiques. Une élection pluraliste n’est pas seulement l’occasion d’un choix par le peuple parmi plusieurs candidats. Mais aussi du choix du meilleur d’entre eux en termes de crédibilité, de moralité, d’aptitude physique et de compétence. Ainsi, le duel électoral du second tour est l’ultime moment d’appréciation des candidats, la dernière étape de tri par l’électeur après le tamissage des primaires (qu’ont institués, en leur sein, certains partis politiques) et du premier tour. La charge du président de la République étant la plus haute du pays, elle ne doit dès lors pas être confiée à n’importe qui. Le but de toutes ces étapes (primaires, premier tour, deuxième tour) est la recherche du plus doué, du plus représentatif, de celui qui incarne les aspirations du moment pour un peuple.

Et le débat radio-télévisé du second tour entre les deux derniers candidats, consacré par les démocraties modernes, est devenu la dernière épreuve pour ces derniers et qui permet, une fois encore à l’électeur, de vérifier à la fois leur savoir intellectuel, leur compétence technique, la cohérence et la validité de leurs projets, leur connaissance du pays et, aussi, leur capacité de s’exprimer, de communiquer. Le plaisir de suivre ce combat idéel, à travers les médias, des deux derniers candidats à une élection présidentielle, les Congolais ne le connaîtront pas (ou jamais) parce que les députés et les sénateurs de la majorité présidentielle kabiliste ont décidé de le leur priver. Et tout simplement parce qu’il fallait, en 2011, éviter à « un » citoyen congolais un deuxième tour qui lui aurait été fatal. Il a ainsi fallu changer une loi constitutionnelle pour la survie politique d’un individu et de ses partisans. Honteux et antipatriotique comportement. Une régression démocratique.

Régression du fait aussi qu’il sera difficile, vu l’étendue de notre pays, et sa diversité sociologique et politique, qu’un candidat puisse facilement obtenir la majorité absolue (50% plus 1) à une élection à un tour. Peut-on ainsi prétendre « représenter » correctement une nation en se contentant d’une majorité relative, d’une petite légitimité, reçue du vote d’une minime frange de la population ou d’une portion du territoire national ? Le délitement de la cohésion nationale, que connaît aujourd’hui notre pays et que le président Kabila cherche difficilement à recréer, n’a-t-il pas notamment été causé par la suppression du deuxième tour ?

Car, en effet, après le premier tour de l’élection présidentielle de 2006, le candidat Joseph Kabila, bien qu’ayant fait le « plein des voix » à l’Est du pays (dixit Malumalu), fut obligé de courtiser le candidat Antoine Gizenga, ressortissant de l’Ouest, afin de pouvoir gagner au second tour. Les négociations engagées par les deux firent de ce dernier premier ministre. Après la suppression du deuxième tour, Joseph Kabila, « réélu » en 2011, ne s’estima plus contraint de faire de nouveau les yeux doux à l’Ouest du pays. Et il devait, a-t-on dit, prioritairement « recompenser » ses électeurs de…l’Est. Ce qui justifie le fait que les fonctions importantes du pays soient actuellement, presque toutes, occupées par les ressortissants des provinces swahiliphones, celles de l’Est. Leur surnombre au sein du gouvernement national est illustratif. Fait qui a ainsi entamé l’idéal et rassurant principe de l’équilibre régional dans la répartition des pouvoirs. Peut-on dès lors mobiliser une nation – pour le développement du pays ou pour sa défense contre les ennemis extérieurs - dans une telle atmosphère d’injustice institutionnalisée, de frustraction de certains concitoyens? La récente, gentille et très « fraternelle » incorporation des centaines de rebelles Bakata Katanga dans les Fardc, contrastant avec les répressions violentes et l’emprisonnement des rebelles Enyele et des révoltés Bundu-dia-Kongo, a montré à l’opinion que tous les Congolais – et en particulier les insurgés - ne sont pas égaux devant les autorités actuelles de leur pays.

Messieurs les députés nationaux,

Et comme si cet historique appauvrissement de notre démocratie, par ces effets nocifs de la suppression du second tour de l’élection présidentielle, ne suffit pas, voilà que le président Joseph Kabila vous demande de la tuer en lui enfonçant un dernier coup de couteau dans le ventre. Y a-t-il acte plus démocraticide que de supprimer le suffrage universel « direct » ? La carte d’électeur, la même pour tous, est l’expression suprême de l’égalité citoyenne. Celle qui, le temps d’un instant et devant l’urne, donne au plus humble citoyen le sentiment d’être l’égal du chef de l’Etat car ne disposant chacun que d’une voix. Cette belle invention, le suffrage universel, nous léguée par les Révolutionnaires français, élargie et mondialisée au fil des temps, allez-vous nous l’enlever ? Allez-vous nous faire réculer de deux siècles, nous ramener au suffrage restreint, au droit de vote accordé à une petite poignée de citoyens ? Et pour l’unique et léger argument - « officiel » - du manque d’argent pour organiser l’élection des députés provinciaux ?

L’élection des gouverneurs de provinces et des sénateurs au suffrage universel « indirect » a, vous le savez, dramatiquement institutionnalisé la corruption dans notre pays. Faire également élire les députés provinciaux au suffrage universel « indirect » ne ferait qu’amplifier l’odeur de cette puante pratique. De plus, les gouverneurs et les sénateurs tirent leur légitimité de l’élection des députés provinciaux au suffrage universel direct. Cette légitimité serait davantage fractionnée, réduite si leurs électeurs – les députés provinciaux – venaient à ne plus être élus « directement » par le peuple. A qui cela profite-t-il de rabaisser ainsi notre démocratie quand d’autres peuples, notamment africains, se font la fierté de développer les leurs ? Le peuple congolais est-il prédestiné à la médiocrité dans tous les domaines ?

Messieurs les députés nationaux,

La faiblesse de nos finances a été la raison de la révision constitutionnelle de 2011. C’est le même motif actuellement avancé par Joseph Kabila, Lambert Mende et Apollinaire Malumalu pour, une fois encore, dépouiller notre Constitution de ses attributs démocratiques. Pourriez-vous leur demander de dire clairement aux Congolais combien d’argent leur faut-il pour organiser les élections dans notre pays ? Pourraient-ils nous dire, chiffres à l’appui et rubrique par rubrique, les affectations des fonds du budget qu’il faut à la Céni pour l’élection des députés provinciaux ? Le président de la Céni peut-il également nous dire où se trouve le matériel électoral ré-utilisable (urnes, ordinateurs,...) ayant servi aux scrutins précédents ? Les urnes utilisées en 2006 et en 2011 sont en plastique. On présume qu’elles peuvent plusieurs fois servir compte tenu de la longévité de vie de leur matière de fabrication. Faut-il en acheter encore ?

Les élections, mécanismes pourvoyeurs de la légitimité des dirigeants et une des conditions de la paix politique, sont autant importantes, sinon plus, que la construction ou la modernisation des routes. Ne sont-elles pas prioitaires par rapport à certaines réalisations d’apparat, prétendument de la « révolution de la modernité », que le pouvoir de Kinshasa brandit et dont nos « amis » Chinois sont les maîtres d’œuvre ? Les milliards de dollars convenus dans le contrat « Infrastructures contre minerais » (le plus grand troc de l’histoire de l’Humanité) ne pourraient-ils pas aussi servir à l’organisation des élections ? Les Chinois, qui fabriquent tout, ne peuvent-ils pas fournir à la Céni tout ce dont elle a besoin ?

Messieurs les députés nationaux,

Chacun d’entre vous a son destin qui n’est pas nécessairement lié, tels des frères ou soeurs siamois, à celui du président Kabila. Avec ou sans lui à la tête de notre pays, vous continuerez votre vie politique. La mort du président Mobutu n’a pas fait arrêter le destin des mobutistes Kengo Wa Dondo, Mokolo Wa Mpombo, Banza Mukalay et autres. Légiférer pour le seul intérêt à court terme du chef de l’Etat et de ceux qui profitent aujourd’hui de son pouvoir est une faute grave que l’histoire pourrait vous reprocher. Ne continuez pas à rabaisser notre pays. Le monde entier s’est déjà trop moqué de nous depuis quelques années. On ne modifie pas les principes fondamentaux d’une Constitution au gré des humeurs de quelques individus et, surtout, lorsque cela peut engendrer des problèmes au sein d’une nation. Les Congolais ne sont, pour le moment et dans leur grande majorité, pas favorables à une quelconque révision de leur loi fondamentale. Vous avez tout intérêt à les écouter. Ce sont eux qui vous ont élus. « Muana ya mayele, ayokaka liteya mbala moko », dit un proverbe de notre pays.

Mes salutations patriotiques.

Wina Lokondo


Citoyen Congolais,
Après les successives « gaffes » historiques de prédécents dirigeants du Congo, lesquelles ont chaque fois causé de graves torts au pays, Joseph Kabila laisserait, en encourageant la modification des articles 197 et 220, une très laide cicatrice sur le corps de la nation. Et qui lui sera reprochée par…l’histoire.

© Congoindépendant 2003-2014


samedi 22 mars 2014

Modification des Constitutions en Afrique : "On ne peut pas diviser un pays pour le destin d'un seul homme"

"Maintenant, nous attendons de voir si sa sagesse pourra l’inspirer pour son destin personnel". Merci monsieur Kamitatu Etsu ce que nous nous tuons à le faire comprendre depuis longtemps mais héla boug yike la tangué( encore faut il que la chèvre sache sauter pour parler de charger). (NABI II)

Tu as gardé ta simplicité et c'est vrai un des espoirs pour la RDC que je connais. 
Kamitatou est est d'une extraordinaire simplicité et lucidité qui compte pour l'Afrique même si personnellement je ne suis pas libéral. 
Courage et cela m'a fait plaisir de te relire lorsque je me souviens qu'en 2006 tu es venu personnellement me chercher au volant de ta voiture sans chauffeur ni garde de corps. 
A très bientôt. (
Le Tank)



Modification des Constitutions en Afrique : "On ne peut pas diviser un pays pour le destin d'un seul homme"

Olivier Kamitatu Etsu, homme politique congolais (ph archives)
En séjour à Ouagadougou, l'ancien bras droit de Jean-Pierre Bemba et ex-président de l'Assemblée nationale de transition de la République Démocratique du Congo (RDC), Olivier Kamitatu Etsu,  dans cet entretien, parle de la situation sociopolitique de son pays et apprécie le débat en cours en ce moment  sur la candidature de Blaise Compaoré à la présidentielle de 2015.
On ne peut pas dire que nos lecteurs vous connaissent très bien. Peuvent-ils faire plus ample connaissance avec vous ?

• Je m’appelle Olivier  Kamitatu Etsu. Je suis le président du Réseau libéral africain. Je suis également  le président d’un parti, l’Alliance pour le Renouveau du Congo (ARC), qui est dans la majorité avec 15 députés, 5 sénateurs et 1 membre du  gouvernement. A titre personnel, j’ai présidé l’Assemblée nationale de transition qui a abouti aux élections de 2006, les premières élections démocratiques et transparentes en République Démocratique du Congo. Après ce scrutin, j’ai été nommé ministre du Plan, et j’ai occupé cette fonction pendant 5 ans dans les gouvernements qui se sont succédé de 2006 à 2012. Avant et pendant la transition, j’étais le n°2 du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean Pierre Bemba. J’étais chargé de la branche politique du MLC et j’ai participé activement à ce titre  à tous les accords de paix.
Dans quel cadre séjournez-vous au Burkina?
• Je suis venu ici en tant que président du Réseau libéral africain,  qui regroupe aujourd’hui 34 partis politiques dans 25 pays. Le secrétariat de ce réseau est basé à Cape Town en Afrique du Sud. Nous disposons d’un comité exécutif que je préside, assisté de 5 vice-présidents. L’un d'eux est Me Gilbert Noël Ouédraogo de l'ADF/RDA pour l’Afrique de l’Ouest.
Notre réseau a pour vocation d’assister  tous  les partis libéraux africains qui veulent, bien entendu, accéder au pouvoir. Les deux patrons de notre mouvement sont  : le président  Alassane Ouattara, qui est le premier des libéraux africains sur le continent, et    Hélène Zile, qui est la chef de l’exécutif de la province de Western Cape et ancienne maire de Cape Town.

Votre organisation est également un cadre pour homme politique pour se faire un réseau et un carnet d'adresses surtout que l'objectif d'un parti politique, c'est la conquête du pouvoir.
C’est avant tout une organisation. Un réseau c’est en même temps un network à la britannique ; ça veut dire que nous avons un carnet d’adresses,  et tous les membres doivent en bénéficier. C’est un lieu de rencontres, d’échanges  d’expériences, un lieu de solidarité, et c’est à ce titre d’ailleurs que je suis ici au Burkina Faso pour exprimer la solidarité, l’appui et le soutien au président de l’ADF/RDA, Me Gilbert Noël Ouédraogo. Nous avons vocation à constituer non seulement un réseau, un carnet d’adresses mais également à appuyer la formation des cadres de nos partis politiques. Dans cette  mission de formation, nous sommes assistés par deux grandes organisations : la Fondation Friedrich  Neumann pour la liberté et la Fondation Westminster. Il faut savoir que ces deux fondations sont d’obédience libérale et que nous voulons promouvoir cette idéologie par l’action  politique à travers tout le continent.

Vous vous êtes séparé de votre ancien mentor, Jean-Pierre Bemba. Est-ce parce qu'il est devenu gênant du fait de ses déboires judiciaires?

• Jean-Pierre Bemba est un ami d’enfance. Nous avons cheminé ensemble parce que nous avions une même vision de la lutte et de l’engagement contre la dictature et l’oppression exercée par Laurent Désiré Kabila,   qui avait pris le pouvoir par les armes. Nous avons travaillé étroitement à faire valoir notre vision pour un nouvel ordre politique en République Démocratique du Congo, pour l’organisation d'élections libres et transparentes. Pour ce qui est de cette mission, nous avons largement réussi dans notre combat; quant à la mise en œuvre d’une  vision d’avenir en 2006, nous ne partagions pas les mêmes objectifs ni la même manière de diriger un parti politique.
J'ai jugé utile de prendre ma route, de créer mon propre parti , qui est entré dans l’International libéral, et de suivre la voie  qui me semble la meilleure. Je me refuse à toute forme de  partis patrimoniaux. Je considère que les partis sont les lieux d’accès au pouvoir, c’est également des lieux d’échanges et que la personnalité d’un chef  à la tête d’un parti doit être à la fois empreinte d’autorité  et de capacités d’écoute et de démocratie. _Quant  aux démêlés judiciaires de Jean-Pierre Bemba du fait de son arrestation par la CPI en 2006, personne ne pouvait imaginer qu’un jour ce destin tragique pourrait lui arriver.

Estimez-vous que  votre ami est coupable des faits qui lui sont reprochés?

• Le dossier est pendant devant la Cour pénale internationale ; ça veut dire que je n’ai pas à estimer si Jean-Pierre Bemba est coupable ou non. Ce sont les juges de la CPI qui devront statuer sur cette question. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il y a énormément de mes compatriotes qui sont arrêtés au niveau de la Cour pénale internationale, et la République Démocratique du Congo paye un lourd tribut à cette juridiction internationale. Tout ce que j’espère est que le droit soit dit en toute indépendance et qu’il ne soit pas l'otage  de considérations politiques.  Nous nous soumettrons ainsi  à ce que les juges et le procureur décideront.

Le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, a annoncé récemment que Jospeh Kabila allait respecter la Constitution et ne se présenterait donc pas à la présidentielle de 2016. Croyez-vous vraiment à cette déclaration?
• Dans mon parcours politique, j’ai été le président de l’Assemblée nationale de transition. J'ai eu à participer activement à l’élaboration de la Constitution de mon  pays,  j’en suis donc l’un des pères. Dans cette loi fondamentale, l’article 220 dispose qu’on ne peut remettre en question  la durée et le nombre de mandats du président de la République. C’est donc une des dispositions intangibles de notre Constitution, adoptée par le peuple congolais par référendum en janvier 2006 à plus de 85%.
Aujourd’hui, le chef de l'Etat sait très bien que le peuple congolais s’est exprimé, que cette question ne peut même plus être posée. Ça veut dire qu’il n’est pas question d’un référendum sur l’article 220. Il n’est pas question non plus pour Joseph Kabila de tenter de toucher à quoi que se soit. Je pense que le porte-parole du gouvernement s'est exprimé pour rassurer l'opinion publique et calmer le climat politique. Sinon, ça coule de source, mais ça peut rassurer parce qu’on voit dans d’autres pays qu'on peut parfois tordre le cou à certaines dispositions constitutionnelles quand bien même elles ont été adoptées par les populations.

On parle d'un gouvernement d'union nationale en RDC. Qu'est-ce qui explique cette volonté d'ouverture de la part d'un Kabila dont l'élection a été qualifiée de hold-up?

• Cette ouverture n’est pas un fait totalement improvisé. Le président de la République en avait déjà évoqué l'idée. Il prônait la concertation parce qu’il était critiqué par l’opposition, qui le tenait pour responsable de tous les maux de la RDC.  Vous  savez également que  des mouvements d’insurrection sont apparus dans l’est du pays, notamment le M-23 qui contrôlait la ville de Goma et qui a commis énormément d’exactions. La lutte armée qui s’est engagée par la suite a été très violente.  Le M-23 était soutenu et parrainé par des  voisins qui ont d'ailleurs été dénoncés par un rapport assez explicite des Nations unies.
En ce sens, le chef de l’Etat voulait  absolument renforcer la cohésion nationale face à cette menace  pour l’avenir du pays. Donc il fallait que le président Kabila, dont la légitimité a été mise en cause à l'issue des élections, pose des actes allant dans le sens  du raffermissement des liens entre les fils et les filles du Congo. Il y a eu à cet effet des concertations devant aboutir à la cohésion nationale. C’est une logique qu’il a poursuivie tout au long de l’année 2013 au-delà de la contestation issues des urnes en 2011, que tout le monde connaît. Cette protestation, vous vous en êtes fait l'écho largement.
Ces concertations ont abouti à plus de 600 recommandations entre l’opposition et la majorité. Nous avons salué le fait qu’elles ont eu  lieu et que les deux parties ont dressé un diagnostic de la situation, qui est sévère. Le chef de l’Etat, dans un message à la nation et dans un discours devant le congrès, en  a pris note et  a accepté toutes les recommandations issues de ces concertations. La première d’entre elles, c’est la mise en place d’un gouvernement de  cohésion nationale. Nous attendons maintenant que le président respecte  ses engagements par la  mise en place de  ce gouvernement dans les prochaines semaines.

Votre pays a toujours connu des troubles et des conflits armés. Quelle est finalement la solution pour une paix durable?
• Nous avons aujourd'hui une situation favorable  depuis la victoire des forces armées contre le M-23. Il y a un climat d’entente et de paix sur l’ensemble  du territoire national ; c’est donc un moment tout à fait particulier dans l’histoire de notre pays, qui n'avait pas connu une telle accalmie ces 20 dernières années. Le Président de la République considère que la période du conflit et de la guerre est révolue et qu’il faut trouver des solutions aux problèmes  socio-économiques et politiques. Notre pays est fragile, il faut maintenant consolider très rapidement la paix et renforcer l’Etat.
Quand on parle de fragilité, on pense d'abord aux  30 années de dictature du président Mobutu qui  avaient totalement disloqué l’appareil de l’Etat. Certes une nation congolaise existait mais l’Etat congolais n’existait pas, ses capacités régaliennes étaient toutes affaiblies, certaines pratiquement inexistantes. Cela veut dire que l’armée républicaine, la police, la justice, la capacité réelle d’un Etat à protéger, à sécuriser ses concitoyens n’existaient plus.
Aujourd’hui nous sommes dans une phase de reconstitution de toutes les fonctions régaliennes de l’Etat congolais, donc c’est une des périodes les plus importantes de notre pays. Parallèlement à cela, au cours des 10 dernières années, nous avons vécu la plus longue période de stabilité macroéconomique que notre pays ait jamais connue. Nous avons terminé  l’année 2013 avec 8% de croissance économique, ça veut dire que  nous avons des capacités que nous renforçons progressivement et une stabilité économique remarquable depuis l'indépendance du pays. Ce sont des acquis qui nous permettent  de passer à beaucoup plus d’exigence relative au modèle de gouvernance et de démocratie de notre pays.

Au Burkina Faso, il y a le débat sur la candidature du président Compaoré en 2015. Si vous aviez un avis à donner sur ce sujet, que diriez-vous?

• Je l’ai dit dans mon discours au congrès de l'ADF/RDA: tout le monde scrute attentivement le Burkina Faso. Le chef de l’Etat, le président Compaoré, ne s’est pas  exprimé, il est l’autorité morale de la majorité. Au sein de cette majorité, certains partisans souhaitent la révision de l’article 37 et la prolongation du mandat  du président du Faso. Ils considèrent que cela est légitime  parce que ce n’est pas une disposition intangible comme en République démocratique du Congo. L’article 37 peut être révisé,  donc c’est une démarche qui s’inscrit dans une forme de légalité.
Maintenant la légalité suffit-elle à un chef d’Etat pour remplir sa fonction symbolique qui est celle de père de la nation et de guide? Jusqu’à présent il s’est comporté comme le guide de la nation burkinabè et aussi comme le grand faiseur de paix dans toute la région. Maintenant, nous  attendons de voir si sa sagesse pourra l’inspirer pour son destin personnel.

Que pensez-vous de la position de l'ADF/RDA, qui se réclamait de l'opposition pendant qu'elle était au gouvernement et  soutenait la candidature de Blaise mais qui est aujourd'hui au sein de la majorité présidentielle tout en s'opposant au tripatouillage de l'article 37?

• Là, c’est une caricature, et la presse aime cela. Mon ami Gilbert fait partie de la majorité. L’autorité morale de cette majorité, c'est Blaise Compaoré, quand bien même elle refuse d’entrer dans  l’arène politique parce qu’elle est au-dessus des contingences  politiciennes. Cette autorité morale de la majorité ne s’est pas encore exprimée. Une grande partie de ses partisans demande la révision de l’article 37. En tant que membre à part entière de la majorité, le président de l’ADF/RDA pense que cela est totalement inopportun.
Il est donc  dans son rôle. Il représente un courant qui peut être minoritaire au sein de la majorité, mais il exprime publiquement et de manière courageuse une voix qui est entendue par la jeunesse du Burkina Faso et par une grande partie, à mon avis, du peuple, de la classe politique et de la société civile. Reconnaissons au président Ouédraogo les vertus de la sincérité et du courage et un caractère bien trempé parce qu’il faut du caractère pour aller contre une tendance qui peut paraître majoritaire.
Il y a dans toute majorité des flatteurs et des courtisans qui sont prêts à aller à l’extrême pour plaire et séduire,  peut-être pour obtenir des fonctions ou requalifier leur position; d’autres veulent simplement consolider leurs privilèges. Me Gilbert Ouédraogo n’est pas dans cette optique ; il s’inscrit directement dans une cohérence qui est celle de sa famille politique. Lui en tant que libéral et nous en tant que membre du réseau africain considérons qu’on ne doit pas changer la Constitution pour rester au pouvoir.
La loi fondamentale ne doit pas être  l’objet de tripatouillage ou de bricolage, donc je ne pense pas qu’il fasse de l’équilibrisme. Il respecte une ligne de conduite qu’il s’est tracée. Il est bien entendu que nous ne devons jamais remettre en cause les acquis chèrement glanés, et l’histoire de la république montre ici qu’il y a eu nombre de coups de force, des coups d’Etat et des révisions constitutionnelles. Aujourd’hui il faut envisager l’avenir du Burkina Faso avec une alternance apaisée, un passage de témoin démocratique.
Il y va  de la grandeur d’une nation et de son avenir, et je pense que  Me Gilbert s’inscrit dans cette logique. Je ne cesse de le dire : en tant que libéral, il faut rester ferme sur ce qui n’est pas négociable. Maintenant, on peut être souple sur les formes, les discussions et  les compromis. Il faut en toute chose cultiver le dialogue et définir la trajectoire et l’objectif, mais  le chemin à emprunter ensemble est plus important que l’objectif lui-même.
Il faut désormais faire preuve de compromis, de sagesse pour définir la route, l’emprunter ensemble, surmonter ensemble les obstacles parce qu’on ne peut diviser un pays sur une question aussi simple que celle du destin d’un seul homme.  Derrière ça, l’idée de l’intérêt de la nation doit guider les actions. En  politique, comme je l'ai dit, il faut être ferme, mais il faut savoir trouver les compromis.
Avez-vous d'autres relations dans le landerneau politqiue burkinabè en dehors de Me Gilbert Ouédraogo ?
• J’ai eu le privilège d’être accueilli ici quand j’étais président de l’Assemblée nationale de transition par Roch Marc Christian Kaboré, qui occupait alors le Perchoir. J’avais à l’occasion prononcé un discours devant les députés burkinabè. J’ai retenu à l’époque  un proverbe burkinabè qui dit que le handicapé qui est au sommet de l’arbre ne peut jamais oublier la main qui lui a porté secours. Mon pays était précisément dans un état presque de guerre et de division en dépit du fait que nous étions dans une période de transition ; nous ne pouvions oublier l’exemple que représente le Burkina Faso pour nous qui sommes en Afrique centrale dans un contexte de conflits alors qu’ici on était dans le libéralisme et la démocratie.
J’ai également un autre ami de longue date, Zéphirin Diabré, que j’ai invité à Kinshasa quand il était le numéro 2 du PNUD. Je l’ai non seulement invité mais après il est revenu régulièrement.  Au-delà de mes deux amis libéraux que sont  Me Gilbert et  Diabré, qui ont en partage les mêmes valeurs, j’ai gardé un bon souvenir du président Kaboré, pour qui j’ai un profond respect.
C’est le lieu de lancer un appel à tous les acteurs de la scène politique burkinabè à cultiver le dialogue. Il me tient à cœur d’interpeller la jeunesse burkinabè et de lui rappeler qu'en politique, certes il faut être ferme, mais il faut aussi savoir trouver des compromis pour l’intérêt supérieur de la Nation, et l’intérêt supérieur, c’est la paix et la sécurité pour tout le monde, c’est le bonheur de ses  concitoyens.

Entretien réalisé par
Adama Ouédraogo Damiss

vendredi 21 mars 2014

Apostrophe à notre compatriote Lambert Mende

Apostrophe à notre compatriote Lambert Mende

Bamba-di-Lelo 

Une apostrophe ! Nous savons tous, je l’espère, ce que ce mot veut dire. Et cette apostrophe à l’adresse du ministre Lambert Mende aurait pu s’intituler
«lettre ouverte», mais nous préférons vous apostropher, Lambert Mende. Compatriote, vous l’êtes pour des millions des Congolais et Congolaises qui, hier, en vous entendant chanter votre chanson politicienne d’opposant à Joseph Désiré Mobutu, d’aucuns ont cru que vous étiez une valeur sûre, sur laquelle la République Démocratique du Congo pouvait compter pour assurer son destin, dans un avenir radieux.

Surtout du fait que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme reconnaît la liberté de pensée et d’opinion à toute personne, à tout un peuple !

Encore étudiant à l’Université Libre de Bruxelles, vous fûtes, Lambert Mende, non seulement membre de la Jeunesse du Mouvement Populaire de Révolution (JMPR), mais aussi et surtout, un étudiant contestataire et opposant farouche contre les dérives totalitaires de la Deuxième République sous Mobutu, alors au fait de la gloire.

Les Congolais de l’époque, épris de paix et de justice avaient cru à vos légitimes revendications. Cependant, vous aviez la dangereuse réputation d’être opposant le jour, tandis que la nuit tombante, vous deveniez, semble-t-il, indicateur auprès des services de renseignements de Mobutu, en trahissant vos propres compatriotes, dans le but unique d’avoir accès aux libéralités du Chef, au bénéfice de votre gros estomac.

Pour preuve, vous vous créez un alibi avec votre groupement MNC-L Originel pour mieux rouler dans la farine certains de vos concitoyens un peu plus faibles d’esprit.

Force est de constater que le chantre d’hier qui magnifiait les valeurs humanistes, républicaines, démocratiques et libérales, s’est brusquement transformé en perroquet brillant, qui répète, à longueur de journée, ce que son maître Joseph Kabila lui dicte, pour le répéter, à temps et à contretemps.

Aujourd’hui, en suivant de près vos interventions médiatiques, écoutons vos propos, par exemple, sur ce qui concerne l’organisation des élections en 2016, soit encore le double langage pour fixer l’opinion sur l’assassinat du colonel Mamadou Ndala, ou encore les contre-vérités, débitées à Vital Kamerhe lors de l’expulsion de sa résidence, aggravée des tracasseries policières avant, pendant et après son retour de son voyage au Nord et au Sud Kivu. Tout ceci démontre sans coup férir, que Mende Omalanga est non seulement un traître invétéré face à ses concitoyens, mais il a atteint le sommet de la tartufferie devant la nation toute entière.

In fine, Lambert Mende, à l’écoute de ses conférences de presse, par ailleurs, souvent menaçante, voudrait faire de Joseph Kabila, un roi au Congo-Kinshasa alors que ce dernier est un mal-aimé des Congolais.

Et pourtant, «Lambert», quelle éloquence on vous prête ! Vous auriez fait un bon tribun nationaliste, pour la vraie cause de votre pays, à la suite de notre héros Patrice Lumumba ! Vous seriez aujourd’hui une valeur sûre pour vos frères et sœurs Congolais ! Mais, voilà, vous avez inversé la direction de vos intérêts privilégiés.

Comment vous récupérer pour la vérité ? Il est trop tard, car vous avez vraiment exagéré. Votre intelligence, si brillante pourtant, a basculé dans les ténèbres, en marchant dans la nuit de Joseph Kabila ! Vous n’êtes plus un vivant, mais vous revêtez l’habit du mécréant auquel on croit pouvoir prêter la plume d’un poète rêveur ! C’en est fini pour vous, quoi que vous puissiez faire, car vous êtes tombé dans les lacets de mort du régime que vous venez vous-même, de mettre en place. Mais vous savez très bien que même les civilisations les plus avancées, finissent, à un moment donné, par perdre leur domination. Préparez-vous, dès maintenant à cette fin dernière !

Bref, nous constatons, avec amertume que vous êtes un personnage sans idéal et sans conviction pour l’amélioration sociale de vos concitoyens. Le parcours de Lambert Mende Omalanga est un frein par ses multiples paradoxes. Hier, vous étiez opposant à Kabila père et fils, aujourd’hui vous êtes parmi les fidèles du fils de votre ennemi d’hier ! Qu’est-ce qui vous fait courir de la sorte ? L’argent et votre titre dans la société ! Pourtant, ce n’est ni le pouvoir, ni le prestige, ni l’argent, ni les maisons de luxe, ni les femmes congolaises et rwandaises, blanches ou noires, qui feront, à long terme, votre bonheur. Ce n’est qu’une illusion, devenue, déjà, très provisoire.

Regardez droit devant vous, si vous le pouvez encore, quittez les zones d’ombre et de mort, et empêchez que la mort endeuille, chaque jour davantage, nos familles congolaises.

Arrêtez vos trahisons, face à vos frères et sœurs de la République Démocratique du Congo!

Bamba-di-Lelo
Docteur en Sciences Politiques de l’UCL
Analyste des questions politiques du Congo
jbadil@hotmail.be

© Congoindépendant 2003-2014

Présidentielle 2016 : "Réunion de crise" à Kingakati

Présidentielle 2016 : "Réunion de crise" à Kingakati



Des sources convergentes à Kinshasa indiquent que "Joseph Kabila" et les "durs" de son régime ont les nerfs à vif. En cause, le désarroi du "clan" face à l’échéance du 19 décembre 2016 qui marque la fin du deuxième et dernier mandat du "raïs". Celui-ci aurait convoqué, pour ce mercredi 19 mars, une "réunion de crise" aux allures de "brain storming". Un seul point à l’ordre du jour : Que faire pour permettre au successeur de Mzee à demeurer à la tête de l’Etat au-delà de 2016? "Joseph" tient à se succéder à lui-même sans pouvoir dire le "rêve" qu’il propose aux Congolais après treize années chaotiques et des promesses non-tenues. Quel sera le prochain thème de campagne après "Artisan de la paix", "Les Cinq chantiers du chef l’Etat", "Faire du Congo la Chine de 2011", "La révolution de la modernité"? "Joseph Kabila" qui "a perdu" l’Est semble faire la sourde oreille face à son impopularité grandissante aux quatre coins du pays. Et pourtant. Les débats diffusés par certains médias tels que RFI et radio Okapi sont révélateurs de la soif de changement qui étreint la population congolaise. La soif d’un autre avenir.
C’est une vérité de La Palice : "Joseph Kabila" aime le pouvoir. Le problème? L’homme n’est porteur d’aucun "rêve". Il aime le pouvoir pour le pouvoir. Aussi fait-il la sourde oreille face à la méfiance grandissante des citoyens à l’égard du régime qu’il incarne. Un régime inefficace. Un régime incapable d’assurer la défense du territoire national et surtout de permettre à la population de satisfaire ses besoins essentielles. La nation a perdu sa cohésion à l’intérieur et sa respectabilité à l’extérieur.

On apprenait mardi 18 mars que "Joseph Kabila" compte réunir, ce mercredi, tous les "grands manitous" de la très sulfureuse "majorité présidentielle" dont il est "l’autorité morale". Il faut dire que les animateurs des grands corps de l’Etat étiquetés "MP" seront présents dans la ferme présidentielle de Kingakati. Sont attendus : les chefs des partis politiques, le Premier ministre et les ministres en charge des départements régaliens, les gouverneurs des provinces, les hauts magistrats du siège et du parquet, les patrons des "services", le haut commandement militaire. Des hommes et des femmes dont la très grande majorité doit sa carrière ou son ascension sociale à un homme : "Joseph Kabila". Celui-ci est élevé au rang de "bienfaiteur". L’enjeu est donc crucial pour les uns et les autres. De quoi vont-ils parler? "Ils vont examiner tous les scénarios ayant pour but le maintien de Joseph Kabila à la tête de l’Etat, au-delà de 2016", commente un analyste politique proche de la mouvance kabiliste.

Dans ce Congo démocratique où tout le monde claironne sans conviction "l’Etat de droit" à tout bout de champ alors que la gestion de la Cité est caractérisée des "pratiques informelles", il est difficile de faire une analyse rationnelle des événements socio-politiques. Et ce, faute de données objectives voire intangibles. A l’instar du Président Mobutu Seko Seko qui avouait décider "seul face à ma conscience", "Joseph" exerce un pouvoir solitaire. Entouré de quelques proches, le "raïs" prend des ukases au gré de son bon plaisir ou humeur. Dans cette ambiance empirique, une seule certitude : "Joseph Kabila" veut demeurer calife à la place du calife.

"Services d’études stratégiques"

En l’absence des données rationnelles, bonjour la spéculation et les supputations. Un confrère kinois s’est hasardé récemment à présenter Augustin Matata Ponyo en "dauphin". En clair, on devrait assister à un jeu de chaine musicale "à la Poutine" où l’actuel chef du gouvernement prendrait la tête de l’Etat. "Joseph" prendrait la primature. "C’est de la pure spéculation, tempête un observateur du sérail kabiliste. Le Premier ministre Matata est réputé pour sa tendance à manipuler les médias. Au Congo, c’est connu de tous : il suffit de payer pour que la presse écrive selon les desiderata de celui qui paie...". Quelques mois auparavant, le nom de la "première dame" Olive Lembe di Sita revenait sans cesse chez les "pronostiqueurs". Ceux-ci se fondaient sur des "travaux" menés, semble-t-il, par des "services d’études stratégiques" de la Présidence de la République. Il semble bien que le "raïs" serait - était? - décidé "à céder" momentanément son fauteuil à son épouse. C’est très touchant!

Que dire des récentes déclarations de Lambert Mende Omalanga, porte-parole du gouvernement, selon lesquelles "le président Joseph Kabila respectera strictement le prescrit de la Constitution" en ce qui concerne la limitation du nombre de mandat? C’était le 9 mars dernier sur TV5 Monde. "Les propos de Mende ont pour but d’endormir les prétendants à ce poste mais aussi une certaine communauté internationale qui tient au respect de la Charte fondamentale du pays", confie un confrère. "Mende est le porte-parole du gouvernement, répliquait le lendemain, sur RFI, Vital Kamerhe, président de l’Union de la nation congolaise. Nous aurions souhaité que Joseph Kabila le dise lui-même". L’enthousiasme de Mende a été "tempéré" par un secrétaire national du PPRD qui a annoncé le lancement prochain d’une pétition en vue de la révision de la Constitution.

Que va faire "Joseph Kabila"? Va-t-il écouter les "conseils" des "super faucons" de son clan, des individus sans foi ni loi décidés à tripatouiller la Constitution? D’aucuns parlent de l’instauration d’un régime présidentiel fort et d’un poste de vice-président de la République. Sans oublier l’élection des députés provinciaux au suffrage indirect. D’autres évoquent carrément le changement de la forme de l’Etat. Ou va-t-il écouter la voix de la sagesse pour quitter le pouvoir par la grande porte de l’Histoire?

Un mandat de trop...

Treize années après son accession au pouvoir suprême dans les conditions que l’on sait, "Joseph Kabila" reste un vrai mystère pour la population congolaise. Une population dont il s’évertue à éviter. L’homme sait parfaitement que ses "concitoyens" le scrutent avec suspicion. Plus à raison qu’à tort, le "rais" est considéré comme un "agent" au service de la sécurité nationale du Rwanda de Paul Kagamé et de l’Ouganda de Yoweri Museveni. A preuve, la présence massive des "colonels" et "généraux" aux patronymes "exotiques" dans les rangs de l’armée congolaise, de la police et la magistrature.

Lors de son passage à Goma le 30 novembre 2013, "Joseph Kabila" a pu prendre la température de son rejet par la masse. Il fut froidement accueilli par les Gomatraciens. Un sentiment de défiance partagée par la grande majorité de la population congolaise. A Goma et à Bukavu, "Joseph" avait fini par renoncer à l’idée de tenir des meetings au lendemain de la défaite annoncée des rebelles du M23 pour animer une sorte de "causerie morale" dans la salle de réunion d’un hôtel. Des griefs sont là, à titre exemplatif. Premier magistrat du pays, il a attendu deux bons mois (avril-juin 2012) avant de prendre position sur la mutinerie des éléments des FARDC étiquetés CNDP, rebaptisés M23. L’éviction de l’ADG de la RTNC (média d’Etat), Christophe Kolomoni, pour avoir autorisé la retransmission en direct d’une "matinée politique" du parti présidentiel (PPRD) au cours de laquelle le potentat rwandais a été brocardé, a laissé un vrai trouble dans les esprits. Certains Gomatraciens avaient interpelé le "raïs" sur des promesses non tenues dans le cadre des "Cinq chantiers". Ce dernier bredouilla que "tous les projets ont été suspendus à cause de la guerre". "Garant de la nation", "Joseph" a attendu plus d’un an avant d’aller exprimer la "compassion nationale" aux compatriotes du Nord Kivu terrorisés par la guerre.

En visite à Goma, début février dernier, "Olive" a pu à son tour vérifier l’impopularité de son présidentiel d’époux. C’était lors de la pose de la première pierre de la Cathédrale de Goma. La foule scandait "Muwaji" (tueur!) chaque fois que "la première dame" citait le nom de son mari. Pour l’homme de la rue, celui-ci serait le commanditaire de l’assassinat du colonel Mamadou Ndala. Près de trois mois après ce crime odieux, le magistrat instructeur désigné, le général Timothé Mukuntu Kiyana, proche de la Présidence, se tait dans toutes les langues. "Munaïsha kuona baba anahuwa mutoto yake?", s’indignait "Olive" sous des hués. Traduction : "Avez-vous déjà vu un père tuer son propre enfant?".

Un analyste politique de conclure : " Joseph Kabila est conscient qu’en face de lui il n’existe aucune force capable de l’empêcher de briguer un troisième mandat présidentiel. Un troisième mandat qui pourrait se révéler comme un mandat de trop...". Rendez-vous ce mercredi à Kingakati.

Baudouin Amba Wetshi 
© Congoindépendant 2003-2014


Parodie de justice:

28 ans de prison requis contre Diomi Ndongala


Le Procureur général de la République a requis le mardi 18 mars 28 ans de prison contre Eugène Diomi Ndongala poursuivi pour “viol consommé sur une mineure” et tentative de viol sur une autre. Les avocats de l’opposant dénoncent les conditions dans lesquelles ce réquisitoire a été prononcé et évoquent une procédure judiciaire « arbitraire ».
Me Richard Bondo regrette notamment que ce réquisitoire ait été prononcé sans plaidoirie ni débat contradictoire avec la défense.
Au nom du collectif des avocats du président de la Démocratie chrétienne, il déplore les violations flagrantes des droits et principes fondamentaux de la défense et réclame la réouverture des débats.
« La cour siège au moins à sept juges dont quatre présidents de chambres avec trois conseillers parmi les plus anciens des chambres. Mais dans cette composition, on a qu’un seul président de chambres. Et les quatre autres juges sont des conseillers. Il siège sous la formule de la loi abrogée », explique-t-il.
En outre, les avocats de Diomi Ndongala estiment que le procès de leur client doit se poursuivre devant un tribunal de paix, évoquant une disposition du code de la famille.
Vous pouvez écouter les explications de Me Bondo.
L’opposant, élu député en 2011, est poursuivi par la justice depuis 2012. Il n’a jamais siégé à l’hémicycle pour suivre le mot d’ordre d’Etienne Tshisekedi dont il a soutenu la candidature lors de la présidentielle de 2011. L’Assemblée nationale avait levé son immunité en janvier 2013 pour qu’il soit jugé. Au mois de juin de la même année, son mandat a été invalidé pour absence prolongée non justifiée.