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SACREBOPOL

mardi 5 juin 2012

Les contrevérités de Louise Mushikiwabo





Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères du Rwanda.

Dans une interview accordée à l’hebdomadaire « Jeune Afrique » n°2682 du 3-9 juin 2012, le chef de la diplomatie rwandaise, Louise Mushikiwabo, tente de défendre l’indéfendable en démentant, sans convaincre, les informations tirées d’un rapport confidentiel de la Monusco attestant le soutien actif des autorités rwandaises aux mutins du mouvement « rebelle » «M23». Elle ne s’arrête pas là en niant la présence de Bosco Ntaganda au Rwanda. Lundi 4 juin, la direction de l’Ong Human Right Watch soutenait le contraire.

«Les Rwandais sont des menteurs et que cela fait partie de leur culture. Dès le plus jeune âge on leur apprend à ne pas dire la vérité surtout si cela peut leur nuire». Qui parle? C’est une "confidence" faite au chef de l’ex-Mission onusienne au Rwanda, Jacques-Roger Booh Booh, par Agathe Uwilingiyimana, alors Premier ministre du Rwanda, (voir J.R Booh Booh, «Le patron de Dallaire parle», p. 81, éditions Duboiris). Décidément, les dirigeants rwandais actuels - à ne pas confondre avec le peuple frère du Rwanda - prennent les Congolais pour des imbéciles prêts à "gober" n’importe quelle sornette.

Flashback.

Lundi 28 mai dernier, la terre entière prenait connaissance des «fuites» apparemment bien organisées du contenu d’un «rapport confidentiel» de la Monusco sur la situation insurrectionnelle qui règne dans la province du Nord Kivu. Depuis le mois d’avril dernier, l’armée congolaise affronte des mutins, étiquetés ex-combattants du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple), fidèles au «général» Bosco Ntaganda, réclamé par la Cour pénale internationale. Que dit ce document ? Des déserteurs de la nouvelle «rébellion», au nombre de onze, ont été identifiés comme étant des «citoyens Rwandais». Kigali a démenti dès le lendemain ces «allégations» de la Monusco. Frileuses face à tout sujet qui concerne le Rwanda de Paul Kagame, les autorités congolaises, par la bouche de l’impayable ministre des médias Lambert Mende Omalanga, ont promis d’ouvrir une «enquête» préalable. Au motif qu’elles n’avaient pas la "preuve" que les personnes en question «sont des Rwandais».

«Je suis catégorique : le Rwanda n’a ni formé ni envoyé de combattants de l’autre côté de la frontière», a déclaré Louise Mushikiwabo qui reproche à la Mission de l’Onu au Congo (Monusco) une certaine «désinvolture» pour avoir diffusé des informations qui, selon elle, non pas été vérifiées. Et pourtant, ledit rapport donne le nom du lieu du recrutement : Mudende. «Mudende est une localité bien connue, où il y a un camp de réfugiés congolais», réagit Mushikiwabo qui fait diversion en s’en prenant à la Mission onusienne pour avoir accusé «un pays de soutenir une rébellion dans un autre pays». Interdiction de rire. Le chef de la diplomatie rwandaise feint d’ignorer le raid mené en août 1998 sur la Base de Kitona, au Bas-Congo, par un certain James Kabarebe, alors colonel, à la tête d’un commando. A l’époque, cette province était-elle une préfecture rwandaise ? Que dire de toutes ces «rébellions congolaises» créées de toutes pièces dans la capitale rwandaise? Des mouvements créés, il est vrai, avec la complicité des Congolais.

Dans son entretien, Mushikiwabo, à bout d’argument, préfère s’acharner sur la Monusco. «Elle est là depuis trop longtemps et n’a obtenu aucun résultat.» Sans doute. Au nom de quel principe les autorités de Kigali se croient-elles en droit de juger de l’efficacité de la Monusco dont le champ d’activité se limite au territoire d’«un autre pays» en l’occurrence le Congo-Kinshasa ? Que dire du Rwanda de Kagame qui avait occupé les provinces du Kivu et la Province Orientale de 1998 à 2003 (officiellement) ? A-t-il pu éradiquer le phénomène FDLR ? Quid des résultats des opérations conjointes «Umoja» «Kimya» «Amani léo» menées par les armées du Rwanda et du Congo? Est-il vrai que le chef d’Etat rwandais et son "homologue" congolais négocierait une "délocalisation" des FDLR basés au Kivu (Masisi, Walikale) vers la province du Maniema? «La présence des FDLR pose un grave problème», poursuit Mushikiwabo. Vraiment!

Le journaliste Bruno Minas de Radio France Internationale confirme, pour sa part, la présence des jeunes Rwandais parmi les «mutins» qui affrontent les FARDC au Nord Kivu. Ils auraient été recrutés par un «berger» qui travaillerait sous les ordres d’un certain «Major Rukara». Selon Minas, les recrues sont rassemblées à Kinigi, au Rwanda, avant d’être déployés dans les collines autour de la localité de Runyioni, côté congolais. Le journaliste d’aller plus loin en parlant de la présence avérée de neuf anciens miliciens des FDLR dans les rangs du «M23». Ils seraient détenus par les FARDC. Il s’agit, dit-on, d’ex-combattants FDLR bien connus de la Monusco pour avoir été désarmés et… rapatriés au Rwanda. Ils sont donc de retour au Kivu. Si cette information était confirmée, la preuve est ainsi faite que les miliciens FDLR ont été «retournés» et "travaillent" pour le maître de Kigali. Celui-ci en a fait un "fond de commerce" pour camoufler les razzias opérées par ses hommes de main sur le sol congolais.

Homme-lige

Plus surprenant, le chef de la diplomatie rwandaise de relever dans cette interview que «Bosco Ntaganda n’est pas recherché par le Congo, mais par la Cour pénale internationale». Et d’ajouter : «Et ce n’est pas parce que la CPI - (…) – veut arrêter un seul homme que tant de Congolais doivent souffrir». C’est vraiment touchant! Elle poursuit : «Pour le reste, contrairement à ce qui a pu être dit, Ntaganda n’a jamais franchi la frontière rwandaise». Faux, soutient l’Ong Human Right Watch (HRW). Dans une intervention lundi 4 juin sur la télévision publique «France 24», Jean-Marie Fardeau, directeur de cette organisation a dénoncé la «présence» de Bosco Ntaganda au Rwanda. Louise Mushikiwabo est la seule personne à croire en ses propres contrevérités.

Depuis la «guerre» dite de «libération» qui a porté LD Kabila au pouvoir le 17 mai 1997 grâce aux troupes venues principalement aux troupes rwandaises et ougandaises, Paul Kagame n’a jamais eu qu’une seule ambition : installer une sorte de «gouverneur général de colonie» à Kinshasa. Un homme qui ne serait pas tenté d’attaquer le Rwanda. Le Mzee ayant de rechigné de jouer le rôle d’«agent de Kigali à Kinshasa», son successeur inattendu préfère se comporter en «homme-lige» du mentor rwandais. Après avoir fait du cinéma en envoyant des milliers des soldats congolais se faire massacrer face aux combattants du CNDP soutenus par l’armée régulière rwandaise notamment à Mushaki, «Joseph», faute d’une opposition crédible, ne cache plus son jeu. Pire, tout ce qui touche au Rwanda est élevé au rang de sujet tabou. Les réunions à huis clos sur la situation au Nord Kivu ne se comptent plus. Inutile de dire qu’entre «Joseph Kabila» et Paul Kagame tout semble baigner dans l’huile. Au profit qui ? Sûrement pas du peuple congolais. N’en déplaise à Louise Mushikiwabo qui dit que son pays est toujours prêt «à contribuer à régler le problème (Ndlr : FDLR) si le Congo le demande».


Baudouin Amba Wetshi 
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