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mercredi 29 avril 2015

Centrafrique : des soldats français soupçonnés d'abus sexuels sur des enfants








Centrafrique : des soldats français soupçonnés d'abus sexuels sur des enfants

La France a ouvert une enquête sur des abus sexuels présumés dont se seraient rendus coupables des militaires français en intervention en République centrafricaine. Des actes dénoncés par un humanitaire suédois travaillant pour l'ONU... qui l'a suspendu.


ARCHIVES. Selon le Guardian, Anders Kompass, un cadre de l'Organisation des nations unies (ONU) a été suspendu la semaine dernière par l'instance internationale pour avoir transmis aux autorités françaises un rapport interne faisant mention de supposés abus sexuels commis par des soldats français sur des enfants en République centrafricaine. 
LP / Philippe de Poulpiquet


Des soldats français ont-ils violé des enfants en Centrafrique ? Selon leGuardian, Anders Kompass, un cadre de l'Organisation des nations unies (ONU) a été suspendu la semaine dernière par l'instance internationale pour avoir transmis aux autorités françaises un rapport interne qui pourrait faire grand bruit : de supposés abus sexuels commis par des soldats français sur des enfants en République centrafricaine.
Anders Kompass, directeur des opérations de terrain au Haut-Commissariat de l'ONU pour les droits de l'homme, est accusé d'avoir fait fuiter un document confidentiel évoquant cette affaire.

Le quotidien britannique, qui affirme avoir consulté le rapport, indique que les abus sexuels évoqués auraient été commis entre décembre 2013 et juin 2014 dans le centre de réfugiés situé à l'aéroport de Bangui, la capitale centrafricaine. Les accusations seraient étayées par des témoignages d'enfants, dont certains seraient orphelins, qui évoquent des viols. Les victimes présumées affirment avoir été exploitées sexuellement en échange de nourriture et d'argent. Un garçon âgé à l'époque de 9 ans décrit son agression et celle de l'un de ses amis par deux soldats français au camp de déplacés quand ils sont allés à un poste de contrôle à la recherche de nourriture.

Les autorités françaises ont affirmé ce mercredi prendre cette affaire au sérieux et indiqué que la plus grande fermeté serait de rigueur si les abus sexuels de la part soldats français étaient prouvés. «Le ministre de la Défense a pris et prendra toutes les mesures nécessaires pour permettre la manifestation de la vérité. Si les faits étaient avérés, il veillera à ce que les sanctions les plus fermes soient prononcées à l'égard des responsables de ce qui serait une atteinte intolérable aux valeurs du soldat», indique le communiqué transmis à la presse par le ministère.

Une enquête ouverte par la France dès juillet 2014


«Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris le 31 juillet 2014», indique de son côté le ministère français de la Justice. Des sources onusiennes confirment quant à elles qu'une enquête menée par les Français est en cours en Centrafrique, en coopération avec l'ONU. «Nous n'avons aucune raison de douter de la volonté des Français d'aller jusqu'au bout de leur enquête», a commenté un responsable de l'ONU.

Les faits se seraient déroulés avant la mise en place de la mission des Nations unies dans le pays, la Minusca. Le rapport avait été commandé par le bureau du haut-commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme, à la suite de rumeurs d'abus dans le camp de M'Poko. Anders Kompass, travailleur humanitaire suédois, a transmis le rapport à des enquêteurs français, après avoir constaté l'absence de réaction de l'ONU, toujours selon le Guardian. Le Suédois est accusé de violation de protocoles des Nations Unies. Ses courriels ont été saisis dans le cadre de l'enquête sur la présumée fuite.

Beatrice Edwards, directrice exécutive de GAP, une organisation qui soutient les dénonciateurs qui divulguent des actes répréhensibles au public a condamné l'ONU pour sa chasse aux sorcières «contre un dénonciateur qui avait agi pour arrêter l'abus des enfants». «Notre conclusion préliminaire est qu'une telle conduite ne peut pas être considérée comme celle d'un lanceur d'alerte», répond Farhan Haq, le porte-parole adjoint de l'ONU. Selon lui, le rapport transmis par ce responsable, sans en référer à sa hiérarchie, n'était pas expurgé des noms des victimes, témoins et enquêteurs, ce qui pouvait les «mettre en danger».
http://www.leparisien.fr/international/centrafrique-des-soldats-francais-soupconnes-d-abus-sexuels-sur-des-enfants-29-04-2015-4734509.php#xtref=https%3A%2F%2Fwww.google.ca%2F

Centrafrique : quand des militaires français sont accusés de viols sur mineurs !









Centrafrique : quand des militaires français sont accusés de viols sur mineurs !

En Centrafrique, un rapport interne de l’ONU fait état d’abus sexuels supposés commis par des soldats de la force française sur des mineurs.

Si l’information est avérée, cette histoire fera partie des plus gros scandales qui éclaboussent l’armée française. En effet, selon des informations publiées par le Guardian, un rapport interne de l’ONU mentionne des abus sexuels supposés commis par des soldats français sur des mineurs, en République centrafricaine.

Ce qui est encore plus scandaleux, c’est que selon la même source, certains de ces enfants, déjà traumatisés par les violences qu’ils vivent avec notamment les conflits entre séléka et anti-balaka, ont ...9 ans ! Les abus dont il s’agit auraient eu lieu entre décembre 2013 et juin 2014, dans le cadre de la Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations unies en Centrafrique (MINUSCA).

Le Guardian va plus loin en évoquant des actes pédophiles noués autour d’un chantage odieux : sexe contre nourriture. Le journal parle en effet d’actes sexuels forcés sur de jeunes garçons en échange de nourriture. Une situation des enfants vivant en état de guerre, donc dans des conditions humaines et alimentaires extrêmement difficiles qu’auraient exploitées des soldats français.

Selon Le Figaro qui précise que l’armée française n’a pas officiellement réagi aux accusations, Anders Kompass, directeur des opérations de terrain au Haut-Commissariat de l’ONU pour les droits de l’Homme, basé à Genève, a été mis à pied par l’ONU après avoir fait fuiter ce rapport confidentiel.

http://www.afrik.com/centrafrique-quand-des-militaires-francais-sont-accuses-de-viols-sur-mineurs

Le président béninois Boni Yayi assure n'être plus "candidat à rien"


© Brendan Smialowski / AFP | Le président béninois Thomas Boni Yayi invité à la Maison blanche le 5 août 2014.



Le président béninois Boni Yayi assure n'être plus "candidat à rien"


Le président Thomas Boni Yayi, accusé par l'opposition de vouloir modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat lors de la présidentielle de 2016, a assuré dimanche qu'il ne serait désormais plus "candidat à rien".

C'est une promesse. Le président du Bénin, Boni Yayi, a déclaré, dimanche 26 avril, devant la presse, qu'il ne sera "plus candidat à rien", alors que le pays se rend aux urnes pour des élections législatives. "Mon nom ne figurera plus sur aucun bulletin dans l'avenir", a poursuivi le chef d’État.
Une déclaration qui intervient au moment où l’opposition du pays soupçonne le président sortant de vouloir modifier la loi fondamentale de la Constitution pour briguer un troisième quinquennat. M. Boni Yayi, qui achèvera son second mandat en avril 2016, soutient pour sa part vouloir amender laConstitution pour y inscrire notamment l'imprescriptibilité des crimes économiques.
Les craintes de l’opposition sont partagées par nombre d’observateurs. "L'enjeu des législatives pour le pouvoir, explique en outre Gilles Yabi, analyste politique spécialiste de l'Afrique de l'Ouest basé à Dakar, c'est d'avoir une très large majorité à l'Assemblée nationale, ce qui permettrait au président d'envisager des réformes constitutionnelles et sans doute d'autoriser un troisième mandat".
Des élections aux airs de référendum
La campagne électorale de ce petit pays ouest-africain de 10 millions d'habitants a été monopolisée par un débat qui déchire la classe politique béninoise depuis des mois : une possible modification de la Constitution.
Selon l'analyste politique Rock Sosthène Nepo, "le débat de fond sur les projets de société est inexistant ou du moins réduit" lors de ces législatives. "Du coup, on assiste à une campagne aux allures d'un référendum centré sur la révision ou non de la Constitution".
En attendant l’échéance présidentielle, la société civile craint que ce scrutin législatif ne soit marqué par des fraudes, notamment à cause de cafouillages dans la distribution des cartes d'électeurs.
Avec AFP
http://www.france24.com/fr/20150426-president-beninois-boni-yayi-briguer-3e-mandat-opposition-legislatives-election-presidentielle

BURUNDI: PIERRE NKURUNZIZA III, AU RISQUE DU CHAOS





























BURUNDI: PIERRE NKURUNZIZA III, AU RISQUE DU CHAOS


Le président burundais sortant Pierre Nkurunziza sera pour la troisième fois candidat

 à la  présidentielle de juin, en violation des fragiles Accords de paix d’Arusha d’août

 2000. Le  jusqu’auboutisme de son parti le CNDD-FDD et l’impunité de sa milice

 armée  Imbonerakure, risquent de faire basculer le Burundi dans le chaos. Et

 menacent la stabilité  de toute la région des Grands Lacs.


Au pouvoir au Burundi avec son parti depuis 2005, le président Pierre Nkurunziza n’a pas hésité samedi 25 avril à défier la communauté internationale. Au terme d’un Congrès extraordinaire aux allures de farce, le CNDD-FDD a validé la candidature du chef de l’Etat pour briguer un troisième mandat à la tête du pays, lors des élections de juin prochain. Pourtant, l’Accord de paix d’Arusha puis la Constitution limitent à deux le nombre de mandats d’un président. Pierre Nkurunziza a ignoré les mises en garde de la communauté internationale, qui voit se profiler le spectre d’une nouvelle guerre civile. Il n’a tenu aucun compte des protestations de la société civile burundaise. Son bilan est un pays au bord de l’explosion, miné par la corruption, par l’impunité de la milice Imbonerakure (les membres de la ligue de la jeunesse du CNDD-FDD), et plus encore par l’incurie. Le régime ne tient plus que par l’institutionnalisation progressive de la terreur. Il semble avoir fait sienne la définition du pouvoir despotique par Lin Biao, longtemps le dauphin de Mao Tsé-toung : « Le pouvoir politique, c’est le pouvoir d’opprimer les autres. »
En terme de développement le Burundi a fait du sur-place.
Le Burundi a été souvent décrit par les observateurs comme un « frère jumeau du Rwanda ». Un frère d’infortune : même composition « ethnique », même colonisateur (régime de tutelle) qui avait racialisé la lutte pour le pouvoir, mêmes problèmes : indépendance violente manipulée par Bruxelles, surpopulation, enclavement, manque de matières premières et immense pauvreté générale. Voici un quart de siècle, Burundi et Rwanda figuraient parmi les trois pays du monde aux plus bas revenus par habitant. Si le second est aujourd’hui un modèle sa bonne gouvernance, en terme de développement le Burundi a fait du sur-place.
Le Burundi, « laboratoire d’expérimentation »
En octobre 1993, l’assassinat du premier président burundais démocratiquement élu, le Hutu Melchior Ndadaye, par des militaires tutsi putschistes, a ouvert le cycle d’une quinzaine d’années de guerre civile. 300 000 morts plus tard – Hutu ici, Tutsi là – et un pays ravagé,  l’heure a enfin sonné d’une négociation de partage du pouvoir. Le président sud africain Nelson Mandela avait mis dans la balance tout son prestige pour  imposer aux protagonistes un frêle arrangement : les Accords d’Arusha pour le Burundi, signés le 28 août 2000. L’Afrique du Sud envoyait 700 militaires pour veiller à la mise en place de l’accord et assurer la sécurité des membres de l’opposition de retour d’exil. Une assemblée nationale de transition était élue et l’Accord se transformait en Constitution.
Entretemps, le génocide des Tutsi du Rwanda puis l’enchaînement des guerres du Congo avaient réveillé la conscience de la communauté internationale. L’urgence était d’éviter un second Rwanda au Burundi. L’ONG International Crisis Group le résumait dans un rapport d’avril 2000 : la communauté internationale et la région « avaient dans l’esprit de faire du Burundi un laboratoire d’expérimentation pour la solution africaine aux problèmes africains dans la région des Grands Lacs ».
« Ils ont même quasiment annoncé la victoire avant l’heure »
De nombreux spécialistes de la région avaient exprimé leur inquiétude sur une « usine à gaz » qui faisait l’impasse sur le jugement des coupables de tueries et partageait le pouvoir en quotas ethniques, ce système qui avait conduit le Rwanda à l’abîme.. L’objectif des négociateurs d’Arusha n’était évidemment pas de construire un « Hutuland » et un « Tutsiland », mais de relever un pays où les deux groupes auraient trouvé leur équilibre. Un exercice particulièrement difficile. Nombre de Tutsi modérés ont soutenu l’accord.
Ce dernier week end, malgré l’interdiction de toute manifestation (une disposition qui ne vise réellement que les partis d’opposition), on savait que les miliciens Imbonerakure tiendraient le haut du pavé. Les habitants de Bujumbura se sont terrés à domicile après avoir constitué des stocks alimentaires. Avant même le vote du congrès extraordinaire, les Imbonerakure fêtaient la victoire de  Pierre Nkurunziza. La désignation n’était qu’une formalité pour le congrès extraordinaire du parti au pouvoir.
Selon la correspondante de RFI , « ils ont même quasiment annoncé la victoire avant l’heure, par une explosion de joie. « Pierre Nkurunziza est notre candidat », assuraient-ils, alors même que des officiels du parti disaient qu’à l’intérieur du siège du parti, le vote à huis clos et à main levé n’avait pas encore eu lieu. Il n’y avait donc aucun suspense ».
« Le jour où il [Nkurunziza] va se déclarer, il aura ouvert le feu. »
Depuis plusieurs mois, la communauté internationale multipliait déclarations et démarches pour réclamer à Pierre Nkurunziza l’engagement de ne pas se présenter pour un nouveau mandat[i]. L’ensemble des diplomates occidentaux a ostensiblement boudé le congrès extraordinaire, à l’exception de l’ambassadeur de Russie. Le fait que le Burundi s’effondrerait sans l’aide internationale n’a eu aucun impact. Pierre Claver Mbonimpa, l’une des principales figures des droits de l’homme au Burundi, a formulé une crainte générale : « Le Burundi va vers un danger. Une fois que le président de la République réclamera son troisième mandat, le jour où il va se déclarer, il aura ouvert le feu. »
Les chancelleries occidentales ont invité leurs ressortissants à éviter tout déplacement qui ne serait pas indispensable.
Coupure des émetteurs relais des trois principales radios indépendantes du Burundi
Dimanche 26 avril, lendemain du coup de force constitutionnel, les opposants avaient promis de descendre massivement dans la rue pour protester. Le Général Pontien Gaciyubwenge, ministre de la Défense menaçait de faire intervenir l’armée burundaise si le président Nkurunziza le lui demande : « Sur réquisition du commandant suprême ou d’une autre autorité, je suis prêt à accompagner les autres acteurs de la sécurité pour résister aux détracteurs de la paix ».
Au moins deux personnes ont été tuées par balle au cours de la matinée de dimanche. à Bujumbura dans des heurts entre la police et des milliers d’opposants à la candidature pour un troisième mandat du président sortant.
Selon l’envoyée spéciale de RFI, « les émetteurs relais des trois principales radios indépendantes du Burundi – les radios Bonesha, Isanganiro et RPA – ont été coupés dimanche par le gouvernement, empêchant la réception des émissions en province. » Le gouvernement prétend que ces radios incitent la population « au soulèvement ». Elles sont accusées d’avoir diffusé des reportages en direct sur les manifestations de dimanche dans les quartiers de Bujumbura.
« L’épreuve de vérité que constituent ces élections risque de devenir une épreuve de force »
« Le Burundi s’apprête aux élections de 2015, nous constatons que certains faits peuvent perturber la paix et la sécurité dans notre pays », a expliqué Edouard Nduwimana, le ministre de l’Intérieur, au micro de RFI. Il pointe des « risques de débordements, à cause des médias, à cause essentiellement de la RPA, qui retransmet en direct ce genre de soulèvement. »
Selon l’International Crisis Group (ICC), une ONG dont les analyses de la vie politique au Burundi font autorité, « la situation est beaucoup plus grave que les élections ratées de 2010 : ce qui est en jeu à travers ce nouveau cycle électoral est le maintien de l’accord d’Arusha comme fondation du régime burundais. (…) l’épreuve de vérité que constituent ces élections risque de devenir une épreuve de force »[ii] Son dernier rapport est un modèle de lucidité et de précision. Lire ici le rapport complet d’ICG.
Vers une suspension de l’aide européenne ?
Selon la journaliste Colette Braeckman, « Tout indique que le Conseil de Sécurité dispose désormais d’informations confirmant les rumeurs qui traversent le Burundi depuis des semaines, selon lesquelles le parti au pouvoir serait prêt à prendre le risque d’une déstabilisation violente afin d’assurer la victoire électorale de son candidat, le président sortant et que le recrutement de jeunes miliciens, les Imbonerakure et la distribution d’armes dans toutes les provinces seraient organisées par l’ancien chef des services de renseignements, Adolphe Nshimiymana, l’un des hommes les plus redoutés du pays, devenu conseiller à la présidence. »
Pour l’ICG, seule une pression internationale très forte pourrait dissuader le régime de basculer définitivement dans la terreur politique, seul moyen de faire réélire Pierre Nkurunziza, alors que tous les sondages d’opinion démontrent son impopularité[iii]. L’ICG propose notamment de faire savoir « aux responsables des services de sécurité burundais que des actes de répression contre la population conduiraient à une enquête de la Cour pénale internationale, une réduction ou une suspension des programmes de coopération policière et militaire des pays européens et des Etats-Unis, des interdictions de visas et l’interdiction pour les officiers en cause de servir dans des missions de maintien de la paix de l’UA et des Nations unies ». Leur retrait des missions de paix constituerait une menace sérieuse pour l’armée burundaise qui, par le jeu des roulements, en distribue les confortables bénéfices aux officiers et soldats. C’est pourquoi, selon l’ICG, « l’armée pourrait être beaucoup plus réticente que la police à agir contre les manifestants. »
L’Union européenne est pour sa part invitée à passer du dialogue politique renforcé aux consultations prévues par l’article 96 de l’accord de Cotonou[iv]. Et en cas de besoin, de suspendre son aide institutionnelle au Burundi[v].
Volonté d’intimider l’Eglise ?
L’ICG souligne le contexte d’exaspération populaire qui risque à tout moment de déborder les partis d’opposition, eux-mêmes harcelés par la police et le Parquet[vi] : « Les actes de résistance populaire spontanée contre la police se multiplient, illustrant la nervosité de la population de Bujumbura et le refus de l’ordre imposé. L’arrestation d’un dirigeant étudiant a donné lieu à une descente des étudiants au commissariat dans lequel il se trouvait et à sa libération[vii]. De même au principal marché de Bujumbura, les policiers font parfois face à des mouvements de foule hostiles et toute intervention semble comporter un risque d’émeute. »
L’Eglise catholique (plus de 60% de la population), a fermement pris position contre un troisième mandat par l’intermédiaire de la Commission épiscopale justice et paix (CEJP) qui n’hésite pas à dialoguer avec l’opposition. Pour le président Nkurunziza qui ne rate pas une occasion d’étaler sa populiste bigoterie, cet adversaire pèse d’un poids beaucoup plus lourd que la communauté internationale. Et son régime dispose de peu de moyens pour intimider l’Eglise.
Le mystérieux viol et assassinat de trois religieuses italiennes
Est-ce à cette aune qu’il faut interpréter les mystérieux viols et assassinats de trois religieuses italiennes du couvent de Kamenge, en périphérie de Bujumbura, en septembre 2014 ?.
Deux religieuses, sœur Lucia Pulici, 75 ans, et sœur Olga Raschietti, 83 ans, ont été tabassées, violées et égorgées. La troisième victime, sœur Bernadette Boggia, 79 ans, a été retrouvée un peu plus tard décapitée après avoir également subi un viol. Les assaillants ont agi avec une remarquable discrétion : deux autres religieuses, une Rwandaise et une Congolaise, qui dormaient également dans le couvent, n’ont rien entendu[viii]. Difficile de croire en la version du directeur général adjoint de la police burundaise, le général Godefroid Bizimana, qui incrimine un unique  suspect, « un jeune homme qu’on a vu fuir les lieux vers 17 heures […]  lors d’une tentative de cambriolage menée par une personne déséquilibrée  [qui] n’avait rien emporté ». La population de Kamenge s’est révoltée lorsqu’elle a appris qu’on incriminait ce faible d’esprit bien connu de tous.
Les mises en scènes macabre reviennent à l’approche de chaque échéance politique
L’enquête cyniquement bâclée de la police burundaise ouvre grand  le champ des supputations. La scénarisation de crimes horribles est récurrente dans la violence politique au Burundi. Les mises en scènes macabre reviennent à l’approche de chaque échéance politique et de chaque visite de personnalités étrangères : les armes à feu sortent des cachettes, les cadavres sont étalés, etc., comme un message à bon entendeur.
Selon certaines sources, le meurtre barbare des trois vieilles religieuses pourrait s’inscrire dans un agenda machiavélique du pouvoir pour provoquer une « terreur muette » chez les Burundais et les Occidentaux présents au Burundi, un mode de contrôle social enseigné notamment à l’Ecole de Guerre à Paris dans le cadre de la « guerre antisubversive », c’est-à-dire la guerre totale contre « l’ennemi intérieur ». Le régime Habyarimana à l’agonie avait eu largement recours à ces techniques[ix].
Un risque de fin du pacte entre élites tutsi et hutu
Jusqu’où peuvent aller les « durs » du régime pour imposer le troisième mandat du président sortant ? Selon l’ICG, « Le général Adolphe Nshimirimana a déclaré lors d’une réunion d’une association d’anciens combattants du CNDD-FDD qu’il faudra passer sur leurs corps pour éviter une nouvelle présidence de Nkurunziza. »[x]  Une posture classique d’auto-victimisation.
L’ONG s’inquiète de la réapparition de discours « racistes » d’acteurs du CNDD-FDD qui allèguent un risque de retour au pouvoir des Tutsi comme argument de mobilisation électorale, ou dénoncent la société civile comme une chasse gardée des Tutsi, etc., propos qui n’ont aucun fondement, pas plus dans les discours que dans les attitudes des personnalités politiques burundaises qui s’opposent au troisième mandat.
On a vu au Rwanda l’impact de discours haineux de ce type et de la stratégie du bouc-émissaire. Comme l’observe justement l’International Crisis Group, « les conséquences d’un tel scénario ne concerneraient pas seulement l’opposition et la structure des institutions. Elles remettraient en cause les fondations de la paix au Burundi. Non seulement l’opposition hutu serait exclue des institutions mais la fin du partage du pouvoir institutionnel signifierait aussi la fin du pacte entre élites tutsi et hutu – pacte dont les ramifications sont aussi bien politiques qu’économiques. »
Selon le scénario déjà évoqué d’un  « agenda machiavélique », le trucage des prochaines élections risque de s’accompagner de « disparitions » d’opposants, de provocations de toute nature à la violence, notamment par le biais de la déjà sinistre milice Imbonerakure, qui n’est pas sans évoquer l’idéologie et le mode de fonctionnement des Interahamwe au Rwanda jusqu’au génocide des Tutsi en 1994.
Comparer la mise en condition des Burundais par le régime du président Pierre Nkurunziza en 2015 à la situation qui prévalait au Rwanda avant le génocide n’est pas un anachronisme d’intellectuels en mal de dramatisation, mais un cauchemar éveillé pour les 99% de Burundais qui ne sont pas des extrémistes. Plusieurs milliers, devant le regain de violence politique et le harcèlement des Imbonerakure se réfugient chaque semaine au Rwanda en déjouant les barrages de la milice. Une situation qui inquiète Kigali[xi] et tous les pays voisins.
Paul Kagame a exprimé sa volonté de rester à l’abri de ce conflit et de préserver le dialogue diplomatique. Cependant, on voit bien que certains radicaux du régime de Bujumbura envisagent de susciter le chaos – voir de l’étendre aux pays voisins – pour prétendre être ensuite les seuls à pouvoir y remédier.
En conclusion de son dernier rapport, l’ICG écrit : « Dans les semaines à venir, le régime burundais va connaître son moment de vérité. Le choix d’un petit nombre de décideurs va être crucial pour l’avenir du pays. Ce choix peut être celui de l’apaisement et de l’esprit de dialogue et de consensus qui a conduit à la paix d’Arusha ou il peut être celui de la monopolisation du pouvoir et de la violence. Il faut tout faire pour éviter que cette épreuve de vérité ne se transforme en épreuve de force. »
On ne saurait mieux dire. Quinze ans après leur signature, les fragiles Accords d’Arusha pour le Burundi seront caducs si la communauté internationale ne réagit pas rapidement, et de façon pertinente.
Jean-François DUPAQUIER

[i] Pour la première fois depuis dix ans, le Conseil de sécurité s’est rendu au Burundi le 13 mars 2015 pour insister sur la nécessité d’élections apaisées et le secrétaire général des Nations unies a appelé le président Nkurunziza pour le dissuader de se représenter.
[ii] Les élections au Burundi : l’épreuve de vérité ou l’épreuve de force ?  Rapport Afrique de Crisis Group N°224, 17 avril 2015.
[iii] Selon un sondage réalisé en 2014, 62% des Burundais sont contre un troisième mandat.  Ce pourcentage était de 51% en 2012. Résultats du sixième tour d’Afrobaromètre au Burundi,  Bujumbura, janvier 2015.  Cité par Crisis Group, op. cit.
[iv] L’article 96 de l’accord de Cotonou prévoit notamment que si l’une des parties considère que l’autre manque à une obligation découlant du respect des droits de l’homme, des principes démocratiques et de l’Etat de droit, la situation doit faire l’objet d’un examen approfondi en vue de rechercher une solution acceptable par les parties de l’accord. À cet effet, elle invite l’autre partie à procéder à des consultations, afin d’examiner la situation de façon conjointe, approfondie et constructive et de permettre à la partie concernée de prendre les mesures appropriées pour y remédier. En cas d’échec, l’article 96 prévoit l’éventuelle suspension de la coopération européenne.
[v] L’Union européenne s’est notamment engagée à financer les  élections à hauteur de 8 millions d’euros, la Belgique à hauteur de 4 millions, les  Pays-Bas de 3 millions – les contributions de la France, la Suisse et l’Allemagne  étant symboliques.
[vi] Pour se présenter aux prochaines élections, les opposants à Pierre Nkurunziza devraient produire une « attestation de non-poursuite judiciaire » qui n’est mentionnée dans aucune loi et que le Parquet général annonce se refuser à donner.
[vii] Un mouvement contre la vie chère a été créé au Burundi et appelle régulièrement à manifester. Lire « Au Burundi, le casse-tête financier des étudiants », AFP, 27 mars 2015.
[ix] Jean-François Dupaquier, Politiques, militaires et mercenaires français au Rwanda, chronique d’une désinformation, Paris, Karthala, 2014. Voir notamment le meurtre de la coopérante italienne Antonia Locatelli, assassinée le 10 mars 1992 par un gendarme rwandais, visiblement sur ordre, cité p 193 ; le meurtre du frère canadien François Cardinal le 25 novembre 1992 dans des conditions similaires, cité p. 218.
[x] Vidéo échangée sur les réseaux sociaux, Bujumbura, mars 2015. « Burundi : les ex-rebelles affichent leur soutien à Pierre Nkurunziza », RFI, 1er avril 2015.
[xi] Réécouter « Rwanda: le président Kagame rencontre son homologue burundais », RFI, 14 avril 2015.

mardi 28 avril 2015

2016 : le plan de glissement en marche !





2016 : le plan de glissement en marche !














La nouvelle guerre qui vient d’être lancée au Kivu ajoutée aux dépenses imprévues que pourraient occasionner le découpage du pays en 26 provinces et l’installation de celles-ci parmi les stratégies de maintien de l’actuel chef de l’Etat au pouvoir après l’échéance constitutionnelle de 2016.
On parle chaque jour avec passion en République démocratique du Congo du calendrier électoral et des manœuvres orchestrées par le pouvoir pour obtenir le renvoi sine die des élections et, par ricochet, le prolongement illégal de la durée de vie du régime politique en place dans ce pays !
A ce jour, des spécialistes des questions politiques en RDC invitent les Congolais et les leaders de l’opposition à se détourner de ces deux thèmes largement dépassés pour tourner leur regard critique vers deux faits nouveaux dont on ne parle malheureusement aujourd’hui que du bout de lèvres. A savoir la perspective d’une nouvelle guerre à l’Est du pays et les dépenses imprévues de l’Etat qui menacent de tout remettre en question !
Oui. Il n’est pas abusif d’affirmer qu’une réelle hypothèque pèse déjà sur ma tenue d’élections crédibles et apaisées en RDC.
En effet, s’agissant d’une nouvelle guerre qui menace de se produire dans la partie orientale du pays, on relève l’amoncellement des causes qui pourraient être à l’origine de celle-ci : les frustrations nées de la déroute du Mouvement politico-militaire du 23 mars 2009 (M23) auxquelles restent arrimés le Rwanda et l’Ouganda pour faire payer leurs turpitudes à leurs anciens protégés congolais (de l’AFDL, RCD, RCDL-ML, etc) ; les éventuelles prétentions de souveraineté du Rwanda sur les terres congolaises voisines de ce pays après la bornage effectif de la frontière commune (bornage qui pose déjà d’énormes problèmes dans les environs immédiats de la ville de Goma où il y a eu récemment usage de armes de guerre) les dépenses imprévues de l’Etat, notamment celles relatives à la mise en place de nouvelles provinces et à l’organisation de prochaines élections.

Un appui déjà aléatoire !
En ce qui concerne particulièrement les dépenses en rapport avec la mise en place de nouvelles provinces, aucun sou n’avait été prévu dans le cadre du budget de voies et moyens de l’exercice en cours tant et si bien que le gouvernement est obligé ici et maintenant de procéder à une compression drastique de ses dépenses afin de réunir un fonds à destiner auxdites provinces de création récente (Cfr une correspondance du Premier Ministre datée du 20 avril2015).
S’agissant des élections crédibles et apaisées à tenir dans les délais constitutionnels, les mêmes spécialistes de questions de gouvernance en RDC mettent l’Equipe en place de l’Exécutif central au défi en indiquant sans crainte d’être contredits que l’appui au processus électoral en cours ne doit être considéré que comme un appoint et que, à cause de l’inflexibilité du régime face aux conditions fixées par celle-ci, l’appui promis devient à ce jour, de plus en plus aléatoire. Combien de Congolais font-ils attention à ses deux difficultés qui risquent de surprendre tout le monde.
Par KAMBALE MUTOGHERWA
http://7sur7.cd/new/2016-le-plan-de-glissement-en-marche/

lundi 27 avril 2015

DECOUPAGE TERRITORIAL:










Dans un entretien à bâtons rompus à son bureau de Bolobo, dans la commune de Kinshasa, le député national Christophe Lutundula, sans langue de bois, dit ce qu’il pense du calendrier électoral de la CENI, du découpage territorial. Il revient également sur le changement de dénomination de son parti, le MSDD en Alliance des démocrates pour le progrès (ADP), mais aussi sur sa dernière intervention à l’Assemble nationale où il affirme ne pas être compris par sa famille politique. Lutundula a eu des appréhensions, des inquiétudes qu’il se devait de partager avec ses compatriotes au-delà de sa famille politique. Pour qu’on ne dise pas qu’on ne le savait pas. Le pays n’ayant pas d’argent, l’élu de Kataka-Kombe dans le Sankuru souhaite le report des élections locales pour résoudre d’abord la question de la constitutionnalité des positions actuelles des assemblées provinciales, des gouverneurs de provinces et du Sénat qui vont faire cinq ans sans élections ! Fédéraliste, il dit ne pas être contre le découpage mais contre la précipitation inconsidérée. Pour lui, il faut y aller de façon rythmée. Car, soutient-il, le Congo d’aujourd’hui n’est pas riche. Ici, l’autonomie des provinces rime avec le transfert des responsabilités et des charges, ce n’est pas un transfert des richesses. Elu de l’intérieur du pays, Lutundula est formel : démembrer des provinces pauvres, c’est démembrer la pauvreté et la multiplier par autant d’entités démembrées. Il n’y a pas d’argent qui est venu en supplément, mais il y a des charges qui viennent en supplément, fait remarquer l’élu de Kataka-Kombe. Le fin mot de sa démarche, c’est éviter tout ce qui peut donner l’impression ou tout ce qui peut provoquer un échec du processus de décentralisation. Rencontre avec un élu foncièrement patriote.
Forum des As : Le MSDD s’est mué en ADP, pourquoi ce changement de nom ?
Christophe Lutundula : Honnêtement, je n’ai jamais voulu adopter la langue de bois. Nous avons créé le MSDD en 1998 avec les amis (Biebie, Makanu, Eboma) et on a travaillé, on est allé à Sun City. Au retour de Sun City on avait quatre députés et un sénateur. Mais la suite n’a pas souri. D’abord après Sun City, au sein de la composante Opposition politique, on s’y est donné, on a travaillé mais nous n’avons eu aucun espace d’action gouvernementale. Quand on fait la politique, il y a deux étapes, l’étape de la conception, de la réflexion, on a ses idées, on a ses convictions… Et l’autre étape c’est celle de la matérialisation que j’appelle l’espace d’action, nous n’avions pas eu ça. Et il faut être honnête, se critiquer sévèrement. Nous avons compris certes que nous avions été victimes de la société telle qu’elle est, avec sa culture. Mais d’un autre côté aussi il y avait de la naïveté. On ne fait pas la politique toujours avec la morale. Hélas je le dis vraiment avec le pincement au cœur. Rappelez-vous ma phrase à la Conférence (Conférence nationale souveraine, NDLR), la politique c’est de l’excellence. Le politique, homme ou femme, doit être une référence. Mais ce n’est pas toujours ça. Je me rappelle ce que papa Ileo m’a dit à la Conférence nationale où au Haut conseil de la République on devait élire le bureau. Moi j’étais candidat Premier vice-président comme papa Ileo. Et il m’a appelé et m’a dit, « Lutundula, yo o ndimi ko ya na makambo oyo ?, tu veux venir dans ces histoires ci ?, o ko koka te, tu ne tiendras pas le coup « . Il me dit  » moralement c’est inadmissible, socialement insupportable, physiquement très éprouvant… » Et nous au MSDD, quand on a créé le parti, on n’a pas voulu être impertinent, on n’a pas voulu être violent, on créditait tout le monde de bonne foi… 
Aux dernières élections législatives de 2011, normalement nous devrions avoir trois députés, il y a eu ce qu’il y a eu, on a perdu… 
On a vu qu’il y a eu d’autres faiblesses en termes de conception du phénomène pouvoir, en termes de stratégie de lutte, en termes de relation à la Société civile, à la classe politique et à la société congolaise d’une manière générale, il y a eu beaucoup de choses qui nous ont manqué. Et le MSDD a reposé sur le leadership d’une personne, moi, mon équation personnelle. Je ne veux pas parler de la culture congolaise. Mais on ne peut être dans un parti comme ça, il faut un leadership collectif. C’est au vu de tout cela que j’ai pris le courage avec d’autres amis de convoquer ceux qui sont restés avec nous au parti. Pour poser une question : « nous allons avec le parti, et de quelle manière ou nous disons ce n’est pas impossible, on cherche d’autres alternatives ». C’est ça la question de départ. On s’est réuni. J’étais content de voir qu’il y a beaucoup de jeunes, universitaires surtout. Et après débat, tout le monde a dit non, on ne capitule pas. Ça a été difficile jusque là, mais recommençons l’expérience. Alors on a opté pour refonder le parti. Qu’est-ce à dire ? Nous avons tout le cadre juridique, le MSDD, nous avons quelque héritage, notamment le manifeste du MSDD, et personne ne l’a contesté, héritage d’une certaine visibilité liée malheureusement à moi seul. Et sur cette base là, nous ouvrons les vannes, on accueille tous ceux qui viennent et on refait même l’organisation du parti. Même le leadership on le reconstruit. C’est pour ça que tout en gardant le logo du parti on a restructuré, on a changé la dénomination. La dénomination c’est d’abord le symbole de cette refondation pour qu’on sache que l’on repart sur de nouvelles bases. La dénomination c’est aussi un problème de communication. Le MSDD, quatre lettres, on s’est aperçu pratiquement plus de 15 ans de fonctionnement que c’est lourd. Il y a des qui disent MCDD, même des intellectuels, d’autres MDD etc… Pour le besoin de la communication, il faut trouver quelque chose avec trois lettres. Et on s’est dit finalement pourquoi chercher loin. Nous sommes tous ici des gens qui croient en la démocratie comme système le meilleur pour reconstruire le pays. Nous sommes tous des démocrates et nous nous retrouvons pour agir ensemble et faire avancer le pays. Donc Alliance des démocrates pour le progrès, c’est simple comme bonjour, d’où ADP. Mais il y aura une période de transition d’un an liée au fait qu’il y a les élections, la liste des partis est déjà partie, et il faut que les gens s’y habituent. Durant cette période de transition d’un an, on mettra ADP/MSDD pour permettre aux gens de se retrouver. Ca peut créer un problème juridique, légal, constitutionnel. Il ne faut pas que ça apparaisse comme si j’ai quitté le MSDD, parce que j’ai été élu sous le label MSDD. C’est le même parti qui s’est transformé en appliquant ses statuts. On va écrire au président de l’Assemblée nationale, à la CENI pour leur dire notre parti est là, on a changé de dénomination et il y a une période de transition.

A LA SUITE DE VOTRE QUESTION ORALE AVEC DEBAT ADRESSEE AU VICE-PREMIER MINISTRE, MINISTRE DE L’INTERIEUR EVARISTE BOSHAB VOUS ETIEZ PRATIQUEMENT REJETE PAR VOS PAIRS DE LA MP DONT VOUS TRAITENT DE TRAITRE…
A un moment donné moi-même j’ai eu le sentiment aussi que j’ai été trahi par ma famille politique. Ce n’est pas la première fois que j’émets des inquiétudes sur les élections locales, communales et urbaines et sur la manière dont on veut mettre en mouvement le processus d’installation des nouvelles provinces. Télévisions, radios, journaux, ça fait maintenant plus d’une année, dont personne ne peut me dire qu’il ne savait pas mon point de vue. Ca c’est très clair. Deuxièmement, je ne sais pas si on réalise ce qui se passe. Nous sommes aujourd’hui à la dernière étape, c’est mon jugement, du processus de changement pour lequel on s’est battu depuis 90. Il y a eu le problème de la Constitution, je note avec satisfaction qu’on n’en parle plus. Plus de changement de constitution, plus de modification, c’est une victoire. Je dis que c’est la dernière étape. Et puis il y a le problème des élections, décentralisation, ce que vous appelez découpage, c’est-à-dire l’organisation politique et administrative du pays sur la base des provinces autonomes. Ce sont des options à la rigueur qui datent de 1960. La Loi fondamentale, c’était 21 provinces. La Constitution de Luluabourg, c’est la même chose. C’est le président Mobutu qui a recentré les choses parce qu’il disait le pays sortait de la guerre civile… Mais à la fin, il avait repris cela. A la CNS c’est ce qu’on avait dit, à Sun City la même chose. Ce n’est plus un problème d’option, c’est un problème de mise en œuvre. Et aujourd’hui, il faut éviter tout ce qui peut donner l’impression ou tout ce qui peut provoquer un échec du processus. Donner l’impression qu’on voudrait faire échouer la décentralisation. Il y a plusieurs façons de faire échouer ça. Ca c’est une considération aussi. Et la CENI a sorti son calendrier, mais il y a eu beaucoup de réactions et dans l’ensemble il y a une demande forte de consensus. Et une demande forte de dialogue sinon à tout le moins de débat et d’explication. 
Donc c’est une question d’importance nationale, de haute sensibilité politique qui transcende les limites étroites de formations politiques et de familles politiques. Nous sommes des parlementaires. Un parlementaire n’existe pas pour lui-même, il existe pour le peuple. Le débat sur la Constitution, je ne suis pas intervenu. Parce que moi je savais que député, j’ai un espace institutionnel où je peux intervenir et même obtenir une décision. Dans un premier temps il faut écouter. Il était absolument nécessaire pour une question comme celle-là, que quelque part, il y ait un espace de discussion, de débat. Et quand j’avais publié une tribune dans la presse, j’avais dit à la fin, qu’à la rentrée parlementaire, je prendrai l’initiative pour un débat républicain de vérité et de responsabilité avec le Gouvernement. Tout le monde le savait. Et c’est ce que j’ai fait, ce n’est pas un problème de Lutundula, ça me dépasse moi. C’était absolument nécessaire. Une autre raison, moi aussi j’ai eu des appréhensions, des inquiétudes, je devais les partager avec mes compatriotes au-delà de ma famille politique, pour qu’on ne dise pas qu’on ne le savait pas. 
Quand il y a eu l’affaire de la loi électorale, je l’ai dit, enlevez l’alinéa 3, j’ai fait même des amendements. On a crié à la trahison, mais qu’est-ce qui s’est passé après (les troubles à Kinshasa et une partie de l’arrière-pays les 19, 20, et 21 janvier, Ndlr) ? Je m’adresse à ma famille politique, on veut nous avoir nous qui gouvernons. A partir de cette petite fissure de décembre, on commence à parler fosse commune, ceci cela. S’il n’y avait pas eu décembre, on n’aurait pas eu ça. Je ne sais pas si l’on s’aperçoit de cela. Et moi je ne m’en réjouis pas, je dis les faits m’ont donné raison. 
Et ce que je fais maintenant, je dis un, pour les élections locales, les urbaines et les communales, ça n’est pas prêt et nous n’avons pas d’argent pour ça. Résolvons d’abord la question de la constitutionnalité des positions actuelles des assemblées provinciales, des gouverneurs de provinces et du Sénat qui vont faire cinq ans de plus sans élections ! Il ne faut pas être juriste pour comprendre qu’on est en dehors de la loi. Et on n’a même pas consulté la Cour constitutionnelle. Il eut fallu à mon avis qu’on demandât à la Cour, à l’époque Cour suprême de Justice, ne fut-ce pour constater ce cas de force majeure qui fait que les mandats continuent. Au lieu de se contenter de dire que non les mandats se terminent à l’installation de ceux qui sont élus. Il a fallu ne fut-ce que se couvrir par la Cour constitutionnelle. Ca n’a pas été fait. 
Je ne m’oppose pas à ça, j’ai un problème au niveau de la décentralisation. Je dis pourquoi avons-nous pris le secteur, pourquoi ne pas prendre le territoire. Je suis député de l’intérieur. Il y a des secteurs qui ne sont qu’une avenue, c’est-à-dire la route est là, de part et d’autre il y a des maisons, ça vous fait un kilomètre ou deux kilomètres à la rigueur. C’est un secteur avec groupement de chef de clan. Mais où est l’assiette fiscale ? Qu’est-ce qui va arriver, il n’y a pas d’argent pour payer les gens et faire fonctionner. Ceux qui sont là, ils frappent sur les petits avoirs, les petites propriétés de la population. Effet de boomerang, les gens vont commencer à revendiquer, ça peut dégénérer en des désordres politiques. Et qui paye cela, ce sont ceux qui sont au pouvoir. Pour l’installation des nouvelles provinces, nous avons voté le budget en décembre, nous n’en avons pas parlé. Il n’y a pas longtemps. Et tout d’un coup, l’installation des nouvelles provinces, 26 ! Vous passez de 11 assemblées provinciales à 26, de 110 ministres provinciaux à 260 au mois de juin. L’argent est où, pour les payer et leurs cabinets ? Mêmement pour les gouverneurs. Les provinces ne sont pas riches. Démembrer des provinces pauvres, c’est démembrer la pauvreté et la multiplier par autant d’entités démembrées. Pour quelles raisons ? Il n’y a pas d’argent qui est venu en supplément, mais il y a des charges qui viennent en supplément. C’est aussi simple que ça. Moi je ne comprends pas que dans ma famille politique qu’on ne comprenne pas ça. C’est nous qui allons payer les prix, alors à un moment donné il faut prendre ses responsabilités, son courage. Je cite un exemple très illustratif, Nicolas Copernic, l’astronaute polonais qui a dit que la terre tourne autour du soleil, on dit non, il a menti. On l’a tué, et après ? Dans la vie politique, il faut accepter l’opprobre sur soi, quitte à ce que les faits vous donnent raison. Si aujourd’hui, on change les choses, je vais applaudir pace que mon objectif ce n’est pas de me faire valoir ni de voir que ça échoue, non… On peut faire étape par étape. On prend peut-être deux ou trois provinces, on les installe, on voit. Depuis qu’on a fait Nord-Kivu, Sud-Kivu et Maniema, on n’a pas pris le temps d’évaluer…Tout le monde les vante aujourd’hui. Mais ça a plus de 20 ans ! Demandez à Konde Vila, et surtout Tshala Mwana, qui est venu de la première province du Maniema. Qu’est-ce qu’il n’a pas connu ! Et le Maniema est un mauvais exemple. Le Maniema a eu la chance à travers ses fils : Matata, Matenda, Thambwe Mwamba, Pierre Lumbi et depuis l’époque du président Mobutu le feu papa Kithima, ils sont nombreux, qui ont eu de positionnements au niveau des institutions qui leur ont donné de capacité de décision…
J’ai fait un choix, traître, chacun de nous peut faire ce qu’il veut. Mais je crois que ma famille politique commet une erreur, c’est en fait de donner l’impression qu’on n’a pas quitté la IIème République.

CONCLUANT LE DEBAT A L’ASSEMBLEE NATIONALE, VOUS AVEZ DEMANDE A MINAKU, KENGO ET MATATA D’ALLER RENCONTRER LE CHEF DE L’ETAT JOSEPH KABILA. POUR QUEL OBJECTIF ?
Je suis conscient de ceci. Premièrement, la conception du calendrier électoral et le déroulement du processus sont nettement marqués par le politique. Et à ce niveau là, n’en déplaise à la CENI, ce n’est plus le problème de la CENI. A la CENI on commet l’erreur, je ne leur aurais pas conseillé d’entrer dans le débat. Ils ont fait le calendrier et devraient prendre du recul. Le fait qu’ils entrent dans le débat, ils prennent partie, ça pose un problème de crédibilité par rapport aux compétiteurs. La neutralité de la CENI est sujette à caution pour le moment puisqu’elle entre dans le débat. Mais, c’est un problème qui doit se traiter au niveau de ceux qui ont la première responsabilité de la gestion du destin national. Deuxième considération, je sais qu’il y a toujours une attitude qui peut dire on a décidé, on n’y revient pas. Le défi, c’est difficile dans ce type de problème surtout si ça se situe au niveau le plus élevé de revenir. Chacun fait ce qu’il veut, le plus fort n’a qu’à l’emporter. Mais que vous ayez été le plus fort à un moment donné ou plus faible, quand ça barde, ça barde. C’est pour ça que je disais l’autre jour, la CENI n’a qu’à se taire. Parce que quand ça barde ici, ce n’est pas la CENI, on ne voit pas la CENI. Elle fait le Ponce Pilate. La CENI a fait un calendrier global assorti des contraintes. Ca veut dire quoi, moi je n’ai pas de problème, si ça ne marche pas, c’est le Gouvernement. C’est ce que dans ma famille politique on ne comprend pas. Donc je dis il faut envoyer ça au Parlement, la première institution politique du pays c’est le chef de l’Etat, la deuxième c’est le Parlement et la troisième c’est le Gouvernement. Dans un élan de responsabilité au niveau le plus élevé, le président Kengo, le président Minaku, le chef de l’Etat, le Premier ministre Matata avec Boshab comme le porteur du dossier, ils peuvent se retrouver, analyser froidement le dossier, oublier leurs intérêts, leurs ambitions personnelles, dire non pour ne pas détruire ce qu’on a construit difficilement depuis quelques années. On a fait beaucoup de progrès, sur le plan économique, social, démocratique. Ma famille politique ne comprend pas que nous avons une obligation commune de préserver cette œuvre commune. C’est ça aussi ma préoccupation. Nous recommandons qu’on reporte les locales. Et si nous tenons à avoir de nouvelles provinces, qu’on fasse de manière rythmée. Ce n’est qu’à ce niveau, mais il va falloir qu’eux aient le courage et la volonté politique de le faire…

CHRISTOPHE LUTUNDULA EST-IL TOUJOURS MEMBRE DE LA MAJORITE PRESIDENTIELLE ?
La Majorité présidentielle, c’est la propriété commune de ses membres. Je n’ai pas pris la Majorité présidentielle en cours de route. Mon parti est cosignataire de la première charte, la charte originelle qui a été signée au Grand Hôtel. Donc c’est une propriété commune, il faut que l’on comprenne ça. Je n’entends pas quitter la Majorité présidentielle. En tout cas pour l’instant je n’en ai pas l’intention. J’entends continuer mon action politique dans le cadre de la Majorité. Je voudrais préciser aussi que la Majorité présidentielle, ce n’est pas un parti politique. C’est une association des partis, à telle enseigne que le PPRD, notre frère aîné parce que c’est le parti qui a le plus grand nombre de députés, quand il tient ses réunions, ses congrès (Kisangani, Mbandaka), le PPRD prend ses décisions, fait ses déclarations. Dernièrement, le PPRD a dit je suis prêt pour à aller aux élections, je vais organiser mon congrès. Est-ce le PPRD a consulté quelqu’un d’autre ? Est-ce qu’on peut dire que le PPRD a trahi ? Moi je ne suis ni membre du bureau politique ni qui que ce soit, je suis un cadre quelconque. Je dois avoir un espace d’expression, si non je vais me suicider. Je ne peux pas parler outre mesure, discipline, on va dire trahison, je n’ai pas d’autres aréopages mais j’ai au moins le mandat parlementaire qui a ses contraintes. Je suis de la Majorité, je m’exprimerai dans le cadre de la Majorité avec le seul souci de servir mon pays et de voir que la Majorité garde le pouvoir dans la transparence, dans le respect de la légalité républicaine en particulier de la Constitution et en toute démocratie. .

EN DEFINITIVE, ETES-VOUS POUR OU CONTRE LE DECOUPAGE TERRITORIAL ?
Je vous ai dit au départ, ce n’est pas nous qui sommes les pionniers. Le Congo sera un Etat à provinces autonomes et décentralisées. Et alors, il va se développer de manière harmonieuse ou ne le sera pas et on va rester comme on est avec des pools de concentration où tout le monde va avec l’exode rural, avec tous les inconvénients que vous connaissez. Je vous ai dit que je suis fédéraliste. Mais il faut faire attention. Nous avons toujours dit à l’ADP/MSDD, hâtons-nous lentement vers l’autonomisation des provinces car le Congo d’aujourd’hui n’est pas riche. Au Congo, l’autonomie des provinces c’est le transfert des responsabilités et des charges, ce n’est pas un transfert des richesses. Et ça va désillusionner beaucoup de gens. Si on est authentiquement acquis à l’organisation administrative reposant sur des provinces autonomes, on doit y aller rationnellement. Regardez la Belgique. Son produit intérieur brut est supérieur au produit intérieur brut de tous les Etats de l’Afrique au dessus du Sahara moins le Nigeria et l’Afrique du Sud. La Belgique a fait plus de 50 ans pour être là où elle est aujourd’hui en termes de fédéralisation. On est pressé pourquoi ? Nous n’allons pas aller avec le découpage jusqu’à créer des principautés tribales, pauvres, misérables, où tu arrives on te dit monsieur, fous le camp, va chez toi ! C’est ça le danger aussi. 
Les locales, est-ce que tout est résolu ? Vous avez oublié qu’à l’époque du président Mobutu, on avait le problème de pouvoirs coutumiers et de la représentation dans les provinces. La loi sur les statuts des chefs coutumiers, votons la, elle va nous démontrer comment ça va marcher. La caisse de péréquation, qui permet que ça aille bien, il faut la voter. Avec 9 milliards de budget prévisionnel où vous ne réalisez que 5 ou 6, vous dites non, on y va. Le Premier ministre Muzito à l’époque a publié deux opuscules où il a démontré sur le plan financier ce que ça ferait. D’ailleurs c’est paru récemment dans la presse. Si vous avez suivi la communication du gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, au séminaire organisé par le PALU, il a démontré a+b, comme gouverneur, vous faites les élections aujourd’hui, une commune de Mbandaka n’aura que 800 dollars par mois. Une commune de Kinshasa aura maximum 2000 dollars pour fonctionner. Ca ce n’est pas moi qui le dis, mais ça fait peur ! Donc je ne suis pas contre mais je suis contre la précipitation inconsidérée comme disait le Roi Baudouin en 1960. 


Propos Recueillis Par Dorian Kisimba Et Didier Kebongo

http://7sur7.cd/new/decoupage-territorial-lutundula-craint-la-creation-des-principautes-tribales-pauvres-et-miserables/