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mercredi 4 juin 2014

Alternance 2016 :


Kinshasa : «Joseph Kabila» aux abois !



 
La dernière fois que «Joseph Kabila» a pris la parole devant un public au Congo-Kinshasa remonte au 30 novembre 2013. C’était lors de sa visite à Goma, vingt-cinq jours après la «victoire» des Forces armées congolaises sur les rebelles du M23. Et pourtant. Depuis cette date, les événements n’ont pas manqué pour inciter le «raïs» à sortir de sa coquille pour exercer le ministère de la parole. Outre l’assassinat du colonel Mamadou Ndala, il y a la terreur entretenue au Nord Katanga par les miliciens Ba Kata Katanga et les rebelles ougandais de l’ADF-Nalu dans la Province Orientale. Il y a eu également les expulsions des «Zairois» par les autorités du Congo-Brazzaville. Des expulsions dont le modus operandi a ému plus d’un citoyen. Le refoulement de 130.000 concitoyens dans des conditions inhumaines a laissé le «raïs» de marbre. L’homme ignore manifestement qu’un responsable politique est avant tout un mandataire. Un serviteur. Il doit, à ce titre, rendre constamment compte de l’exécution du mandat qui lui est confié. Sentant son «fauteuil» vaciller face à une avalanche de messages lui demandant de «respecter la Constitution» congolaise en ce qui concerne la durée et le nombre de mandat présidentiel, «Joseph Kabila» se sent contraint de sortir de son mutisme. Une occasion pour rappeler aux diplomates accrédités à Kinshasa le principe de non-ingérence dans les affaires «domestiques» du pays d’accueil. Selon lui, le Congo est un «Etat souverain» qui n’est pas «sous-tutelle». Il s’en est, par ailleurs, pris à la Belgique, à la France et aux Etats-Unis lesquels tolèrent, selon lui, les activités des «Combattants». Trois activistes lui ont répondu énergiquement. Aux abois, le «raïs» veut s’affranchir de ses "parrains" occidentaux. Il semble ignorer que sans la communauté internationale, son régime aurait déjà été balayé.

Lorsqu’on lit entre les lignes le communiqué rédigé par le ministre des Médias, Lambert Omalanga, à l’issue de la rencontre entre «Joseph Kabila» et les ambassadeurs en poste à Kinshasa et le chef de la Mission onusienne au Congo-Kinshasa, il est aisé de faire ressortir quelques "messages subliminaux". Primo : « (…), le lien de causalité qui existe entre la paix et l’amélioration et l’amélioration de la situation des droits hommes dans le pays». Une manière pour l’orateur de justifier l’arbitraire et la violence d’Etat qui se commettent au quotidien sous le prétexte que le Congo est un pays post-conflit. Secundo : «Le chef de l’Etat a fait part à ses invités de sa volonté de rattraper le temps perdu en guerres, séditions et destructions». «Joseph Kabila» semble déjà justifier sa volonté de briguer un troisième mandat. Pour lui, les guerres ne lui ont pas permis d’appliquer son programme. Il faut donc remettre le compteur à zéro en ce moment où «la RDC est sur la bonne voie pour sa pacification». Questions : comment pourra-t-il réaliser en cinq ans ce qu’il n’a pu faire en seize ans ?
Outre ces «messages», « Joseph » s’est surtout attardé sur le volet politique. Deux sujets sortent du lot : les ingérences étrangères et le «phénomène Combattant». Notons que la question relative aux expulsions des «ex-Zaïrois» du Congo-Brazzaville a été expédiée dans le communiqué en quelques cinq lignes pour annoncer la tenue d’une réunion à Kinshasa, dès lundi 2 juin, «afin de dégager des solutions acceptables».

« Respecter la Constitution »

S’agissant des ingérences, « Joseph » commence par relever que « les institutions publiques fonctionnent normalement». Il cite à l’appui le fait que la Ceni (Commission électorale nationale indépendante) est opérationnelle "conformément à la Constitution et aux lois congolaises en vigueur". Aussi, ne comprend-il pas que certaines puissances tentent de cogérer l’Etat congolais. Pour lui, le Congo-Kinshasa est un "pays souverain". Il n’est pas en crise institutionnelle. Toute initiative tendant à «créer anarchiquement des structures parallèles aux institutions légitimes en place en RD Congo pour gérer des questions relevant constitutionnellement de ces dernières». «Pareilles initiatives» seraient, selon lui, « nulles et de nul effet car ne répondant à aucune sollicitation des institutions étatiques de la RD Congo qui n’est pas un «pays sous-tutelle». 
Le chef de la Mission onusienne au Congo-Kinshasa, Martin Köbler, en prend implicitement pour son grade. Le diplomate a déclaré mi-mai qu’il a reçu «mandat» de surveiller le processus électoral au Congo afin que les élections soient « libres, démocratiques et transparentes ». Dans cette logique, il multiplie des contacts non seulement avec le président de la Ceni mais aussi avec les représentants des forces politiques et sociales. Selon Köbler, la mission de la Monusco sera de « soutenir la RDC et d’apporter au pays une assistance technique, dans le respect de la souveraineté et de la Constitution de la RDC, pour des élections libres, justes, transparentes et crédibles ». Au grand dam de "Joseph" dont les capacités de frauder seront ainsi érodées 

« Joseph Kabila » s’en prend également à la Belgique, la France et les Etats-Unis. Au motif qu’ils violent la souveraineté du Congo en lui exigeant de respecter la Constitution. Ils dénient à ces pays d’avoir reçu « mandat » pour le faire. «Il n’y a eu aucune sollicitation de la part des gouvernants congolais». 
Pour mémoire, le premier alinéa de l’article 70 de la Constitution promulguée le 18 février 2006 stipule : «Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois». Le premier l’alinéa de l’article 220 de la Charte fondamentale interdit de manière formelle toute révision constitutionnelle touchant "le nombre et la durée des mandats du Président de la République".

Lors de son passage à Kinshasa, le samedi 4 mai, le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, a «conseillé» à « Joseph Kabila » de respecter la Constitution et de ne pas la faire réviser juste pour ses intérêts. Dans la capitale congolaise, des observateurs avertis comparent la venue du chef de la diplomatie américaine au voyage que James Baker, alors secrétaire d’Etat, avait effectué au mois de janvier 1990 auprès de Mobutu Sese Seko. Il était venu recommander à celui-ci de libéraliser son régime. 
S’adressant aux journalistes américains à Kinshasa, l’Envoyé spécial du président Barack Obama dans la région des Grands Lacs, le sénateur Russel Feingold d’expliciter la pensée de Kerry de manière en anglais : "We believe that it is very important for the future of this country and its stability that the constitution be respected". Traduction : Nous pensons qu’il est impérieux pour l’avenir et la stabilité de ce pays que la Constitution soit respectée. 
Lors de la visite de « Kabila » à Paris, le 21 mai, le président François Hollande a fait état notamment de l’attachement de son pays au respect des "institutions".

Le phénomène «combattants»

S’adressant particulièrement à la Belgique, à la France, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, il a reproché aux trois pays «la tolérance et l’impunité» dont ils font bénéficier les activistes politiques appelés « combattants ». Pour lui, ces derniers sont spécialisés « dans les actes de délinquance ou de criminalité contre la RDC sous prétexte de lutter pour la démocratie». « Kabila » qui assimile ces activistes politiques aux «forces négatives» combattues à l’Est, dit ne pas comprendre l’attitude de ces pays. Selon lui, les combattants véhiculent «l’idéologie de la haine ethnique». Les réactions des combattants n’ont pas tardé. 
Activiste politique bien connu dans la diaspora congolaise de Belgique, Jeannot Kabuya a eu ces mots : « Kabila sent la fin proche de son régime. Ne sachant plus à quel Saint se vouer, il multiplie des manœuvres dilatoires dont le recensement de la population pour perpétuer son pouvoir absolu. Pendant longtemps, Kabila a minimisé le phénomène combattant. Il constate maintenant que le mot d’ordre « Kabila doit partir » trouve de l’écho aux Etats-Unis et à l’ONU grâce à nos actions de lobbying. Et d’ajouter : «Joseph Kabila est aux abois. Il sait qu’il ne pourra plus modifier la Constitution. Contrairement à lui, les combattants n’ont jamais tué personne. Alors que son régime tue et assassine. Que dire de l’assassinat de Floribert Chebeya, Fidèle Bazana et Armand Tungulu ? » Pour « Jeannot », les combattants sont des véritables patriotes. «N’eut été l’action menée par les activistes politiques, notre pays aurait déjà été vendu ». 

Mitch Mitchinini, l’autre activiste, ne dit pas autre chose : «Il y a encore peu, Joseph Kabila croyait avoir affaire à des voyous. Il a enfin compris que les combattants constituent une véritable opposition à son régime ». A propos du « blâme » adressé à la Belgique, France, Royaume-Uni et Etats-Unis, « Mitch » de rétorquer: « Joseph Kabila ignore que ces pays sont des nations démocratiques qui considèrent la contestation comme une prérogative constitutionnelle. La liberté d’expression, de réunion et d’association font partie de ces prérogatives. Le nom de Joseph Kabila est associé à plusieurs massacres : Tingi-Tingi, Pweto, Bundu dia Kongo, les ex-Faz envoyés à Kitona, les Enyele et les adeptes de Paul-Joseph Mukungubila. Si j’avais l’occasion de le rencontrer, je lui dirais de faire sa valise dès maintenant pour se constituer prisonnier à la Cour pénale internationale à La Haye. A défaut, son corps sera traîné à travers les rues de Kinshasa. Il a passé son temps non pas à servir le bien commun main bien à éliminer ses contradicteurs». 
Un troisième activiste qui a requis l’anonymat de conclure : "Depuis bientôt quatorze ans, Kabila a instauré un régime de terreur. Toute alternance démocratique paraît impossible avec lui. Il s’évertue à empêcher l’opposition politique de fonctionner de manière à incarner une alternative à l’oligarchie en place"."

B.A.W
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