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SACREBOPOL

samedi 4 février 2012

Justice ou cabale?


Kinshasa : Affaire Chalupa


Le député provincial de Kinshasa Pierre Jacques Chalupa.

 
Accusé d’"usurpation de la nationalité congolaise", le député provincial de Kinshasa et candidat à la députation nationale (Lukunga), Pierre Jacques Chalupa, a été appréhendé mardi 31 janvier dans la capitale congolaise. Il a subi un long interrogatoire au Parquet général de la République. L’homme est réputé proche de l’opposition tshisekediste.

Qui est Pierre Jacques Chalupa? Né en 1948 à Uvira, province du Sud-Kivu, d’une mère grecque et d’un père d’origine portugaise, Chalupa est ce qu’on pourrait appeler un "Congolais de race blanche". Il a vécu toute sa vie au pays. Il manie à merveille plusieurs langues locales dont le lingala et le swahili.

Marié à une Congolaise de souche, Chalupa n’a jamais fait mystère de ses ambitions politiques. Lors des élections provinciales de 2006, il se présente en candidat indépendant dans sa circonscription de Lukunga. Il est élu député provincial.

Le premier alinéa de l’article 10 de la Constitution du Congo-Kinshasa stipule : "La nationalité congolaise est une et exclusive. Elle ne peut être détenue concurremment avec aucune autre". L’article 9 de la loi n°06/006 du 9 mars 2006 portant organisation des élections telle que modifiée par la loi n°11/003 du 25 juin 2011 énonce, elle, notamment que "nul n’est éligible" s’il n’est "de nationalité congolaise".

Que reproche-t-on à Chalupa? Le député provincial est accusé d’"usurpation de la nationalité congolaise". Une accusation sans précédent qui prête plutôt à sourire. Depuis la "libération" du 17 mai 1997, Dieu seul sait le nombre des politiciens congolais qui détiennent concuremment la nationalité congolaise et celle de leur ancien pays d’accueil. Le gouvernement national compte ainsi plusieurs Belges, Français et Américains. Pour ne citer que ces quelques nationalités. C’est le cas également de l’Assemblée nationale. Plusieurs députés nationaux seraient titulaires des nationalités étrangères.

A Kinshasa, on raconte l’histoire de cet ancien ministre de l’Agriculture qui conduisait une délégation congolaise à Washington. Au moment de se présenter à l’immigration, le ministre s’est aligné dans le couloir réservé aux "citoyens américains". Le reste de la délégation s’est présenté aux guichets réservés aux "étrangers". Est-il besoin de relever que "Joseph Kabila" est - était?- titulaire de la nationalité tanzanienne. C’est le cas également de Jaynet et Zoé, "élus" députés lors des dernières législatives. A quand date leur naturalisation en tant que citoyen congolais?

Revenons à Chalupa. Celui-ci a-t-il pu faire enregistrer sa candidature en 2006 et en 2011 sans avoir administré dans son dossier le document attestant sa citoyenneté congolaise? Les archives de la défunte CEI (Commission électorale indépendante) et celles de la CENI (Commission électorale nationale indépendante) devraient fournir des éclaircissements. Le moment est venu de mettre fin à l’hypocrisie entretenue autour de cette épineuse question de la double nationalité.

La justice congolaise est discrétée par son inféodation au pouvoir politique. Cette justice est loin de servir la vérité. Il faut espérer que Chalupa est poursuivi pour avoir enfreint la loi et non du fait de ses opinions politiques. A Lubumbashi, à Mbuji Mayi et à Mbandaka, plusieurs militants de l’opposition pro-Tshisekedi se plaignent ces derniers temps d’être harcelés par les sbires de l’ANR (Agence nationale de renseignements. C’est une honte pour un Etat qui s’est affublé de l’épithète "démocratique". Et dire que le pluralisme politique est consacré par la loi fondamentale en vigueur.

Il est plus que temps que les gouvernants congolais prêchent par l’exemplarité en assurant aux citoyens de ce pays une égale protection devant la loi comme l’a fait remarquer un éminent constitutionnaliste congolais joint au téléphone jeudi à Kinshasa : "Ceux qui ont violé la loi, ne peuvent en aucun cas obliger les autres à respecter cette même loi". On ne pourrait qu’espérer que l’affaire Chalupa relève de la justice - la vraie - et non d’une pitoyable cabale politique.



B.A.W (avec Xhinua) 
© Congoindépendant 2003-2012

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