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SACREBOPOL

vendredi 9 décembre 2011

Présidentielle en RDC :

Attendue en fin de journée, l’annonce des résultats complets provisoires de l’élection présidentielle du 28 novembre en RDC ne laisse guère de doute sur la réélection du président sortant Joseph Kabila. Interrogé par jeuneafrique.com, Me Mwila Kayembe, président du Réseau national pour l’observation et la surveillance des élections en RDC (qui dépend de la Mission nationale d’observation électorale), revient sur le rôle de la Ceni, très critiquée par l’opposition congolaise, et sur l’ampleur des fraudes constatées pendant le scrutin. Interview.
Jeuneafrique.com :

 La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a décidé de reporter de 48 heures la proclamation des résultats complets du scrutin présidentiel, n’ayant pas terminé la compilation des PV. Qu’en pensez-vous ?

Me Marie-André Mwila Kayembe : Cette annonce est intervenue alors que les différentes commissions d’observation exigeaient de recevoir les résultats détaillés de la compilation de la Ceni. Mais celle-ci n’a pas répondu à notre requête et a repoussé la publication des résultats complets de l’élection sans raison.

L’opposition a accusé la Ceni d’avoir repoussé la date de proclamation des résultats pour mieux masquer les fraudes électorales…

À partir des observations qui ont été réalisées sur le terrain, on peut affirmer sans conteste qu’il y a eu des fraudes le jour du vote puis lors de la compilation des résultats. Nous pensions que la Ceni endiguerait ces fraudes, mais elle n’a pas su résoudre les nombreux incidents lors du processus électoral. De plus, la Commission a perdu sa crédibilité en ne détaillant pas les résultats et en laissant s’écouler un délai trop long avant l’annonce des résultats complets de cette élection présidentielle.

Comment expliquer que la Ceni n’a pas présenté les résultats bureau de vote par bureau de vote mais seulement province par province ? N’avait-elle pas les moyens de le faire ?

Sur le terrain de nombreux observateurs n’ont pas eu accès aux bureaux de vote et, parfois, la Ceni ne donnait pas accès à ses données électorales.

Je ne peux que difficilement répondre à cela puisque la Ceni n’a donné aucune raison pour justifier cette décision. En revanche, je sais que sur le terrain de nombreux observateurs n’ont pas eu accès aux bureaux de vote et que parfois, même dans le cas où ils étaient invités à superviser le déroulement du processus électoral, la Ceni ne donnait pas accès à ses données électorales.

L’opposition a également critiqué le fait de ne pas avoir accès au fichier informatique central de la Ceni, comportant les données électorales (listes d’électeurs, résultats électoraux…). Pourquoi ?
 
Les missions d’observateurs n’ont pas compris cette décision. C’était une demande très simple. La Ceni avait dans un premier temps donné son accord pour que l’opposition puisse avoir accès à ce fichier, mais comme le Parti présidentiel de Joseph Kabila (le PPRD) a déclaré que ce n’était pas important pour lui d’y avoir accès, la Ceni a refusé la requête de l’opposition. Forcément, cela entraîne des méfiances.

Selon vous, la Ceni avait-elle les moyens logistiques pour assurer le bon fonctionnement de ces élections, marquées par de nombreux dysfonctionnements, où y-a-t-il eu, à un certain niveau, des intentions de truquer le scrutin ?

La Ceni n’était clairement pas prête pour ce scrutin. Le timing était vraiment très limité. Nous avions dit que le délai était trop juste et qu’il fallait repousser ces élections. Mais la Ceni s’est entêtée et n’a pas voulu admettre qu’elle n’était pas parfaitement opérationnelle. Encore une fois, tout cela ouvre la porte aux possibilités de fraude.

Pensez-vous que la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (Monusco), qui participait à l’organisation de ces élections sur le plan logistique, a failli à sa tâche ?

La Monusco a comme nous été placée devant ce calendrier électoral très difficile à tenir. Mais elle a dans l’ensemble tenu ses engagements, même si, de par son mandat, son rôle était réduit par rapport aux élections de 2002. (ndlr: 2006)

À votre avis, pensez-vous que Joseph Kabila pourrait l’emporter sans les fraudes qui ont entaché le scrutin ?

Joseph Kabila n’aurait pas remporté ces élections sans les fraudes. L’atmosphère sur le terrain le jour du vote a révélé que les Congolais désiraient le changement. Il n’y a pas de doute sur ce point.
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Propos recueillis par Camille Belsoeu

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