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SACREBOPOL

lundi 3 mars 2014

Le Rwanda plus fort que jamais en RD Congo malgré la déroute du M23

Le Rwanda plus fort que jamais en RD Congo malgré la déroute du M23


La déroute du M23 n’a pas anéanti la mainmise du Rwanda sur le Congo


Défilé triomphal du M23 au stade de Goma, Nov 2012.
Le Rwanda demeure toujours plus fort au cœur dispositif sécuritaire congolais malgré la déroute militaire du M23. Depuis la débâcle du M23, une pure création rwandaise, l’on croyait que l’influence rwandaise en RDC allait s’affaiblir, que nenni. Par ses différentes prises de position de ces derniers temps, la dernière en date concerne la nomination du général Tutsi Charles Bisengimana à la tête de la Police nationale congolaise (PNC), le président Kabila renforce l’influence rwandaise au Congo. Il s’agit là d’un jeu subtil qui consiste à offrir au Rwanda, via le maillage du dispositif sécuritaire congolais par des agents pro-rwandais, des compensations de l’espace militaire perdu à l’est après la débandade du M23; cela en prévision d’un retour en force du Rwanda au Congo par la suite.
Depuis vingt ans, la « question rwandaise » reste au cœur de l’instabilité en RDC. La raison avancée par Kigali pour justifier le déploiement de ses troupes au Congo, de 1996 à 2013, est le risque d’un nouveau génocide que ferait courir au Rwanda la présence au Congo, de FDLR[size=13][1][/size]..
Acte 1 : Kabila ressuscite le M23 vaincu militairement

Alors qu’après la défaite du M23, les délégués du gouvernement refusaient toute mesure d‘amnistie à l’égard es mutins du M23 allant jusqu’à faire échouer les négociations de Kampala, position également tenue par le Général d’armée François Olenga, le chef de l’armée de terre, voilà dans une sortie diplomatique solitaire, sans consulter ni son gouvernement encore moins le Parlement, Kabila  accepta de signer un document permettant au M23 de renaître de ses cendres politiquement. Là ou l’on attendait à sa reddition, résultat logique d’une défaite militaire, c’est un acte d‘engagement reconnaissant au M23 les mêmes prérogatives reconnues en Mars 2009 au CNDP. Désormais, l’espace politique congolais se verra renforcé de la présence de trois partis, majoritairement à base monoethnique Tutsi que sont le RCD d‘Azarias Ruberwa, le CNDP des transfuges du RCD qui ont refusé d‘évoluer dans une formation politique en reprenant les armes contre le Congo, leur soi-disant pays, et le M23, la rébellion issue du CNDP. Le M23, à son tour, est composé des combattants du CNDP qui se sont sentis frustrés des traitements subis par leur allié politique et électoral en 2011 au sein de la majorité présidentielle et ont pris des armes pour revendiquer leur butin électoral à la suite de la campagne électorale abattu pour Kabila.

Acte 2 : Kabila resserre son dispositif sécuritaire en promouvant particulièrement les Tutsi

Après une tentative avortée d’élévation du Général Bisengimana au grade de Lieutenant-général alors qu’il était général de brigade, la vigilance notamment du DESC ayant permis de constater ce saut illégal de grade sans passer par le grade de général-major, Kabila et son entourage ont dû faire marche en arrière, arguant qu’il s’agissait d‘une erreur technique. Assez bizarre non ! Une erreur qui ne concerne uniquement que le Général Tutsi Bisengimana qui savait qu’en étant élevé au grade de lieutenant-général (3 étoiles), il devenait ex-officio et de jure le numéro un de la PNC. D’autant que même s’il arrivait à ce que le général Numbi soit réintégré par la suite, il serait d‘un grade inférieur (général-major : 2 étoiles) à Bisengimana et perdrait naturellement sa place à la tête de la police nationale congolaise. Finalement, le stratagème a échoué grâce à la vigilance entre autres de DESC qui a mis la puce à l’oreille aux rêveurs Katangais. Mais ce n’était que question de temps.
En nommant Bisengimana à la tête de la PNC, cela conforte la thèse de la mainmise du Rwanda qui veut montrer qu’il tient encore Kabila dans sa main et veut continuer à narguer les ‘Con-golais’. En d’autres mots, le profil bas adopté par Kabila, d’accepter de laisser faire la guerre contre le M23 - car pressé de toutes parts à la suite de la chute de Goma et n’ayant pas le choix face à la pression populaire qui le considérait comme un agent rwandais placé à la tête de la RDC[size=13][2][/size], dans un contexte de son impopularité due à son déficit de légitimité – est actuellement compensé par l’accroissement du nombre d’officiers et de cadres politiques Tutsi (pro-rwandais) dans le pré-carré sécuritaire et politique de Kabila pour quadriller le Congo.

Acte 3 : Kabila-Kagame, je te tiens tu me tiens par la barbichette…


Joseph-Kabila-Paul-Kagame

En effet, malgré les difficultés rencontrées par Kabila d’exécuter à la lettre la politique qui lui est dictée par ses parrains régionaux (Kagame et Museveni) suite à l’éveil patriotique des congolais, Kigali voit en « raïs » congolais un mal nécessaire. L’un ne peut plus se passer de l’autre de peur que la chute de l’un risque d’entrainer celle de l’autre. C’est ce qu’avance l’analyste Boniface Musavuli :
« …Joseph Kabila cherche toujours un stratagème pouvant lui permettre de se maintenir au pouvoir après 2016. Même s’il parvenait à faire modifier la Constitution, ses chances de réélection sont plutôt minces, si le scrutin se déroule dans la transparence.

Mais il peut compter sur les fraudes, la violence armée et des appuis inconditionnels. Au Congo, il n’a pas plus fidèles soutien que les membres du M23, aussi étrange que cela puisse paraître. Ce sont de vieilles connaissances. C’est au milieu de ces combattants rwandais que Kabila est arrivé au Congo en 1996 en tant qu’officier de l’armée rwandaise. Ils ont tout à perdre en cas de départ de Kabila. C’est avec eux (le CNDP de Bosco Ntaganda) qu’il a réprimé les opposants qui contestaient les résultats de 2011 et qu’il a réussi à orchestrer des fraudes massives notamment dans le Kivu. Ils ont même formé une même majorité présidentielle avec le PPRD (parti au pouvoir).
En 2016, il n’y aura pas de gens aussi désespérés que les membres du M23 pour lutter « jusqu’à la mort » pour le maintien de Kabila au pouvoir. Museveni et Kagamé, de leur côté, savent qu’il faut tout faire pour assurer le maintien de Kabila au pouvoir en 2016, seul moyen de perpétuer leur mainmise sur le Congo. Si les Congolais se débarrassent de Kabila, il y a peu de chance que son successeur se soumette au dictat de Kampala et Kigali. » (http://desc-wondo.org/rd-congo-nairobi-en-chiens-de-faience/)

Acte 4 : Le M23 n’a pas perdu la guerre car Nairobi permet son redressement politique et lui octroie d’excellentes conditions de cessation des hostilités 

Suite à la déroute du M23 et sa perte (provisoire) de la zone sous son contrôle à l’est de la RDC, Kabila vient, au travers du document signé à Nairobi, remettre le M23 sur la sellette politique. Les engagements pris à Nairobi vont permettre au M23, défait militairement, d’engranger des succès politiques et fonciers par la voie diplomatique là où la guerre a fait croire aux Con-golais que le M23 a perdu du terrain. Mieux encore, les Tutsi se voient renforcés dans leurs postes à l’intérieur de la RDC en occupant les postes le plus stratégiques des institutions politiques et sécuritaires du Congo. N’est ce pas nous écrivions, à propos d’une vraie victoire militaire que « Dans une guerre, on ne peut désigner le vainqueur qu’en considérant les fins, positives ou négatives, de la guerre ou de la campagne militaire. La méconnaissance de cette règle peut mener à des succès militaires sur le plan tactique mais qui peuvent être en même temps des échecs stratégiques. La défaite de l’un des camps en présence est consommée lorsqu’il ne peut plus raisonnablement espérer de la continuation de la lutte un redressement politico-militaire qui lui permettrait d’obtenir de meilleures conditions de cessation des hostilités. » (http://desc-wondo.org/de-la-debacle-des-fardc-a-la-defaite-du-m23-radioscopie-dune-guerre-brouillee-jj-wondo/)
Les stratégistes se focalisent moins sur l’éclat des batailles que sur leurs suites et impacts (politiques, diplomatiques, sociaux, économiques…) à long terme. D’autant qu’en stratégie, l’option militaire, quoique déterminante, ne suffit pas à elle seule pour déterminer la réalisation finale des objectifs poursuivis dans une guerre. Celle de prolonger la politique par d’autres moyens en contraignant l’adversaire à la soumission. L’épreuve de vérité n’est pas une bataille gagnée, aussi brillante soit-elle, mais la mise hors combat durable de l’ennemi, soit par la destruction de ses forces, soit par la maîtrise d’un espace de sécurité politiquement, économiquement et militairement suffisant. Ou encore par les dividendes diplomatiques de la défaite militaire engendrés à la suite d’une bataille militaire. http://desc-wondo.org/victoire-militaire-tactique-mais-echec-strategique-le-cas-du-m23-et-du-rwanda/

Selon le Général et théoricien prussien Carl von Clausewitz, la guerre reste un acte de violence destiné à contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté ; son dessein immédiat est d’abattre l’adversaire afin de le rendre incapable de toute résistance, voire de toute manœuvre politique ou diplomatique ultérieure. Dans sa conception politique de la guerre, Clausewitz avance que tant que je n’ai pas complètement abattu ou annihilé la capacité de nuisance de l’adversaire, je peux craindre qu’il m’abatte à tout moment. Je ne reste pas encore complètement mon propre maître, car il peut encore me dicter sa loi comme je lui dicte la mienne. » C’est cette réalité qui s’est passée à Nairobi où le M23 est parvenu à dicter à la RDC ses conditions, notamment en ce qui concerne:

(i) Amnistie pour les membres du M23 uniquement pour faits de guerre et d’insurrection ;
(iii) Libération des membres du M 23 détenus par le Gouvernement de la RDC pour faits de guerre et d’insurrection;
(vii) Création d’une commission chargée de la question des biens spoliés, extorqués, volés, pillés et détruits, terres comprises ;
(viii) Réconciliation nationale et justice ; (Ndlr: et pourtant cela a été l’objet des concertations et qu’on continue à traquer les opposants non armés qui refusent toute compromission avec Kabila mais pas les multirécidivistes u M23 qui endeuillent la RDC depuis l’AFDL);
(ix) Réformes sociales, sécuritaires et économiques ; (Ndlr: Les concertations de Kabila ont proposé cela; pourquoi y réserver un cadre spécifique pour le M23?)
(x) Mise en œuvre des conclusions de la réévaluation de la mise en œuvre de l’Accord du 23 Mars 2009 (Qu’est ce que le M23 n’a pas obtenu comme gratifications au sein de l’armée? Tous les officiers fabriqués ou soutenus par le Rwanda sont devenus les chefs en RDC: Ntaganda, Makenga, Kasereka, Obedi Rwabasirwa, Bisengimana… Pourquoi réserver un régime de faveur à une rébellion qui ne cesse d’endeuiller la RDC?)
(xi) Mécanisme de mise en œuvre, suivi et évaluation pour les positions arrêtées. (Comment va évoluer ce dispositif aux côtés du comité de suivi pour la mise en œuvre des résolutions des Concertations? N’est-ce pas là ajouter une couche 
supplémentaire de lasagne dans un contexte institutionnel anachronique déjà complexe?) 

Acte 5 : Jeu de relais entre le Rwanda et l’Ouganda

Paul Kagame arrrivant au terme de son mandat présidentiel constitutionnel en 2017 et à la veille de la célébration des festivités marquant le 20ème anniversaire du génocide rwandais met les bouchées doubles pour se rendre fréquentable et utile aux grandes puissances, après avoir essuyé un faisceau de critiques diplomatiques pour son rôle néfaste dans la persistance de l’insécurié à l’est de la RDC. Ainsi, Kagame trouve en Museveni un exutoire pour détourner l’attention de l’opinion internationale sur sa personne en laissant à Mugabe le soin de traiter par procuration le cas M23. L’Ouganda est devenu momentanément la zone de refuge des rebelles Tutsi rwandais alors que depuis Mutebusi, Nkunda, Runiga et Ntaganda, tous les chefs rebelles et leurs troupes ont toujours trouvé refuges dans leur patrie d’origine, le Rwanda. Kagame veut à tout prix profiter des festivités prévues dans le cadre de la commémoration du génocide rwandais pour faire un come-back retentissant sur le plan international.

Ce ne sont pas les stratagèmes manquent au despote des Mille Collines. Depuis, c’est par la voie de son armée que le Rwanda répond à ses détracteurs. Une armée déjà présente en Somalie qui va également se déployer en RCA en appui aux troupes françaises. Il s’agit ici du développement d’une nouvelle pratique de séduction de la communauté internationale par l’envoi de troupes permettant pays pourvoyeurs de troupes, dont souvent les autorités font l’objet de critiques sur le plan international, de consolider leurs positions diplomatiques. Le Rwanda, en tant que grand fournisseur de troupes pour la mission de l’ONU au Darfour (AMIS), s’était, par ce biais, assuré le silence des pays occidentaux sur certains aspects contestables de sa politique intérieure et régionale. (Roland Marchal in Puissances d’hier et de demain. État du monde 2014). Un calcul qui se révélait exact : la communauté internationale, particulièrement les États-Unis et la Grande Bretagne, se montra à plus d’une fois bienveillante à l’égard de Kagame, malgré ses nombreuses atteintes aux droits et libertés, et à la démocratie au Rwanda et son rôle néfaste dans la persistance de l’insécurité à l’est de la RDC alors que plusieurs rapports d’experts de l’ONU ont pointé cette évidence. 

D’abord, Kagame va faire preuve qu’il ne soutient pas le M23 afin de voir les sanctions prises en l’encontre du Rwanda être levées (Cf la déclaration de Russ Feingold ou lire : http://desc-wondo.org/etats-unis-grands-lacs-largent-au-rwanda-contre-la-paix-en-rdc-jean-jacques-wondo/). C’est ce qui explique en partie la retenue observée par le Rwanda lors de dernières batailles qui ont précédé la fuite du M23 vers l’Ouganda (pour prendre son relais) alors que d’habitude, tous les rebelles créés par le Rwanda fuient vers le Rwanda : Mutebusi, Nkunda, Ntaganda, Runiga et 800 hommes…
Ensuite, Kagame va demander secours auprès de Museveni pour reprendre momentanément le relai diplomatique et militaire en attendant les beaux jours. Et Museveni va imposer à Kabila de signer un document de paix incongru alors que son contenu a été rejeté par les négociateurs congolais et même le général Olenga. De plus, Museveni en recueillant les fuyards du M23, gonflés à 1600 hommes, va organiser à partir de l’Ouganda le retour du M23 dans le territoire de Beni  (http://radiookapi.net/actualite/2014/01/15/la-monusco-appelle-les-pays-voisins-la-rdc-respecter-laccord-daddis-abeba/).

Enfin, Kigali décide de l’envoi des 800 soldats rwandais en Centrafrique dans le cadre de la Mission internationale de soutien à ce pays (MISCA). Une stratégie visant à attirer la sympathie de la communauté internationale, les États-Unis en premier lieu.

Acte 6 : Neutralisation de ceux qui empêchent l’establishment pro-rwandais d’agir en RDC

Le premier indice est l’assassinat du Colonel Maladou Ndala par des éléments du CNDP (ex-rébellion créée par le Rwanda) intégrés au sein des FARDC. Le deuxième indice est la neutralisation de John Numbi au profit du Tutsi Munyamulenge pro-rwandais Charles Bisengimana. Pourtant, Bisengimana, réputé travailleur et loyal au chef de l’Etat, est très contesté au sein des FARDC lorsqu’il avait rejoint la rébellion pro rwandaise du RCD-Goma en 1998 et d’aucuns le rendent responsable de l’exécution, sur l’aéroport de Kavumu près de Bukavu, d’une trentaine d’officiers congolais, anciens mobutistes ou loyaux au président Laurent Désiré Kabila et d’un massacre de civils à Mugunga (Le Soir, 01/01/2014).

Le Katangais John Numbi qui entretenait  autrefois d’excellentes relations avec James Kabarebe et qui était considéré par les officiels rwandais comme étant « un bon berger pour Kabila« , est actuellement en disgrâce suite à son écartement du commandement de la PNC.  Pour rappel, c’est Numbi, alors Inspecteur général de la PNC, qui fut chargé par le président Kabila d’entreprendre, en janvier 2007 à Kigali, les négociations secrètes avec le chef rebelle Laurent Nkunda et les officiels rwandais. Des négociations qui ont abouti en janvier 2009 à l’opération Umoja wetu, menée conjointement entre l’armée rwandaise et les FARDC dans le Nord-Kivu et à la signature de l’accord du 23 mars entre le Gouvernement et le CNDP. Depuis, c’est le grand divorce entre Numbi et le Rwanda puis Numbi et Kabila.
Les Katangais qui perdent peu à peu du terrain dans la guerre des clans qui se livre autour de Kabila, notamment contre les Tutsi et leurs alliés par ascendance ou alliance qui occupent des postes  stratégiques de sécurité en RDC. Un affront pour le Katanga dont certaines circonscriptions avaient voté à plus de 100% pour leur « Mutoto » (fils) en 2011 selon les chiffres du pasteur Mulunda, lui aussi exit. Une neutralisation progressive des Katangais qui se poursuit à la suite des disparitions de Samba Kaputo et Katumba Mwanke qui restent encore à élucider. Qui oublie qu’en décembre 2000, alors que John Numbi doit assurer avec Joseph Kabila la défense de la localité de Pweto, au Katanga, celle-ci tombe entre les mains des Rwandais. Ce qui mit LD Kabila dans tous ses états et à la suite d’une violente dispute avec Joseph Kabila, il les envoya au Zimbabwe y apprendre l’art de commandement militaire. Curieusement, Joseph Kabila se retrouva à Pretoria quelques jours avant l’assassinat de LD Kabila, selon C. Braeckman dans « Les Nouveaux prédateurs« . Nous y reviendrons en détails dans une prochaine analyse.


Déjà auparavant, lorsque l’intégration rapide du CNDP au sein des FARDC fut réalisée après l’accord du 23 mars 2009, Bosco Ntaganda, ancien adjoint de Nkunda au sein du CNDP, a été promu général et est devenu commandant adjoint des opérations militaires dans l’est du pays, et même commandant intérimaire après l’accident d’avion dont a été victime, en juillet 2011, le titulaire du poste, le général Dieudonné Amuli. Cet accord du 23 mars 2009 est consécutif aux nombreuses rencontres entre le Président congolais et son homologue rwandais, Paul Kagame, sont organisées, donnant notamment lieu au « Communiqué de Nairobi » de novembre 2007. Parallèlement, un dialogue entre autorités, acteurs civils et 22 groupes armés des deux Kivu aboutit, le 23 janvier 2008, à l’Acte d’engagement de Goma. (Berghezan Georges, 2013 : http://desc-wondo.org/forces-armees-de-rdc-le-chaos-institutionnalise-georges-berghezan-grip/).
Il y a lieu de noter que les généraux Lucien Bahuma Ambamba et Dieudonné Amuli, qui ont été déterminants, avec le colonel Ndala et le général Olenga, dans la défaite du M23, ont été placés au commandement des opérations contre les ADF-Nalu. Ils seront curieusement secondés par le général Mohindos Akili dit Moundos, commandant du secteur opérationnel à Beni du 32ème bataillon de la GR, qui est soupçonné par le capitaine Banza, l’aide du camp de colonel Ndala, comme étant le responsable de l’assassinat de Ndala. (http://desc-wondo.org/lignoble-assassinat-du-colonel-mamadou-ndala-reseau-paix-pour-le-congo/). Plusieurs officiers et personnes contactés pas DESC nous disent de craindre pour leur vie en menant des opérations aux côtés de Moundos.

Pour conclure, grâce à un subtil jeu de relais, à une politique accommodante de Kabila envers Kagame et Museveni, et à la promotion des Tutsi (rwandais ou congolais par ascendance ou alliance) dans des postes stratégiques des institutions congolaises, le Rwanda renforce sa présence et son influence au Congo.
Cela amène la DESC à se poser la question suivante : Qui des FARDC et du M23 a contraint l’autre à sa volonté ? Peut-on affirmer, sur base des différents documents signés à Nairobi et de la pression faite par Kabila pour le vote de la loi d’amnistie en faveur du M23 que le M23 est complètement mis hors combat de manière durable ? Que ses forces sont détruites complètement ? Ou enfin le M23 n’a engrangé aucun dividende militaire, politique, économique du fait de sa défaite militaire ? 


Jean-Jacques Wondo / Exclusivité DESC

[1]Georges Berghezan, « Le cancer des groupes armés au cœur de l’instabilité du Congo, GRIP, n° 69,  3ème trimestre 2013.

[2] A chaque proclamation de la victoire électorale de Kabila, en 2006 et 2011, des feux d’artifice ont été lancés à Gisenyi, illuminant le ciel de la ville de Goma et des réjouissances populaires et klaxons ont souvent animé les nuits de cette ville en signe de solidarité à la victoire d’un des leurs, racontent certains congolais vivant à Gisenyi."

RD Congo – Amnistie : La honte du monde








RD Congo – Amnistie : La honte du monde

Au moment où le monde s’apprête à célébrer les 20 ans des massacres et du génocide au Rwanda, et que des suspects des crimes graves (génocidaires rwandais, cadres nazis) continuent d’être recherchés et traduits en justice, les autorités de Kinshasa ont fait le choix d’adopter une loi d’amnistie qui devrait se traduire par la totale impunité au profit des combattants du M23, responsables de massacres et de viols dans l’Est de la république Démocratique du Congo. En effet, à l’exception d’un petit groupe d’une centaine d’individus, les 1600 membres du M23, signalés en Ouganda, et des centaines d’autres ayant fui au Rwanda, selon les autorités des deux pays, devraient revenir sereinement au Congo et « parader » au milieu des populations qu’ils ont martyrisées 19 mois durant. 
L’adoption de la loi par les autorités de Kinshasa était toutefois assez prévisible. Elles se conformaient aux « ordres » du Président Kabila qui, à son tour, se conformait aux injonctions du Président ougandais Yoweri Museveni, à la fois médiateur international et parrain du M23. Les autorités de Kinshasa auront ainsi simplement traduit dans les textes les injonctions du président ougandais par Kabila interposé. Rien d’étonnant dans ce vote compte tenu de l’influence que les Présidents Museveni et Kagamé exercent sur Joseph Kabila. Le refus des parlementaires congolais aurait été vécu comme un insupportable affront à Kampala et à Kigali. Mais ce qui pose véritablement problème, c’est l’enthousiasme avec lequel cette loi (d’impunité)a été approuvée par la communauté internationale.
Le blanc-seing des grandes démocraties
Ainsi, dès le lendemain de l’adoption du projet de loi par l’assemblée nationale, les envoyés spéciaux de la communauté internationale se sont empressés de publier un communiqué conjoint dans lequel ils saluaient une « loi historique » qui va « dans la bonne direction » et qui apportera « une paix durable dans l’Est du Congo ». Le document qui, sous d’autres cieux, aurait pu passer pour un canular, a été signé par cinq personnalités tout à fait respectables[1].
Mary Robinson, envoyée spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour la Région des Grands Lacs ; Martin Kobler, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en RDC ; Boubacar Diarra, Représentant spécial de l’Union Africaine pour les Grands Lacs ; Russell Feingold, Envoyé spécial de Barack Obama pour les Grands Lacs et la RDC ; et Koen Vervaeke, Coordonnateur principal de l’Union européenne pour la Région des Grands Lacs.
Ce n’est pourtant pas la première fois que des personnalités de renommée internationale s’engagent sur des textes qui consacrent l’impunité au Congo. Les accords du 23 mars 2009[2], dont se prévaut le M23, avaient été parrainés par deux anciens présidents africains : le Nigérian Olusegun Obasanjo et le Tanzanien Benjamin Mkapa. Mais lorsque les combattants rwando-ougandais ont déclenché la guerre en avril 2012, les deux parrains des accords ont tout simplement choisi d’être discrets.
Ce qui, naturellement, donne à penser que lorsque le M23, dont on sait qu’il se réorganise[3] au Rwanda et en Ouganda redeviendra un problème au Congo, les cinq personnalités ne seront pas là pour assumer les conséquences de la loi d’amnistie. Ce sont, à nouveau, les populations congolaises qui feront les frais de la culture d’impunité consacrée par le texte que la communauté internationale s’est empressé d’acclamer en passant sous silence le sort des millions de victimes.
De la Shoah au Congo en passant par le Rwanda : deux poids deux mesures
En tout cas, cette même communauté internationale, pourtant intraitable vis-à-vis des génocidaires rwandais traqués[4] dans tous les pays sans relâche, et même des criminels nazis qu’on continue d’interpeller soixante-dix ans après la Shoah[5], vient de cautionner une loi qui assure la totale impunité aux individus impliqués dans la mort de plus de six millions de Congolais.
Impunité totale parce que cette loi d’amnistie se traduit par trois catégories des membres du M23, tous devant échapper à la justice. La première catégorie est celle des personnes qu’on estime ne pas être impliquées dans les « crimes graves ». Ces personnes, la majorité, vont revenir au Congo et, certainement, intégrer les institutions (armée, administration). La deuxième catégorie est celle des membres du M23 se trouvant en prison. Ils vont être libérés puisque les engagements de Nairobi prévoient la libération des membres du M23 (engagement n° 3).
La troisième catégorie est celle des personnes figurant sur différentes listes, de sanction notamment. On n’imagine pas ces personnes revenir au Congo. Elles vivent libres au Rwanda et en Ouganda et devraient y rester… libres. Kagamé et Museveni ont déjà prévenu qu’ils n’extraderont pas[6] ces personnes tandis que Joseph Kabila n’a jamais montré aux Congolais qu’il tient à l’extradition de ces individus. Une question de rapport des forces face à ses parrains et homologues (Museveni et Kagamé). 
Résultat du calcul, tous les membres du M23 sont partis pour rester libres comme l’air malgré les atrocités qu’ils ont fait subir aux femmes et aux enfants dans l’Est du Congo (massacres[7], viols[8], pillages[9], assassinats[10]). Et ils doivent leur totale liberté à une loi votée par le parlement congolais et approuvée par la communauté internationale.
Une véritable honte qui pourrait rapidement se retourner contre tous ceux qui l’ont cautionnée.
Boniface MUSAVULI

RD Congo – 2016 : Cette élection vaut-elle la peine ?


Svp, svp, svp, chers Compatriotes, lisez et relisez cette lumineuse analyse de l'excellent Musavuli sur les enjeux de l'élection 2016 !

Lisez et relisez la surtout, elle indique davantage si besoin était à celles qui luttent pour le changement utile les véritables cibles à attaquer pour réussir ce combat !

Pour ces raisons et d'autres notamment celles en rapport avec les faiblesses des "contre" que les Congolais d'abord les forces politiques de "l'alternance/alternative" opposent au plan devant eux, je suis hélas pessimiste comme lui quant à l'issue de 2016, fort réservé que 2016 nous apporte enfin ce nouveau départ dont nous avons besoin !

(Ndo, correspondance particulière)



RD Congo – 2016 : Cette élection vaut-elle la peine ?


En République Démocratique du Congo, l’espoir d’une élection présidentielle sans effusion de sang s’est envolé le jeudi 20 février à Bukavu. L’histoire retiendra que dans cette ville, la« caravane de la paix » que menait l’opposant Vital Kamerhe, candidat annoncé pour la présidentielle de 2016, fut réprimée dans le sang. La pratique consistant à tirer sur la population à balles réelles, qu’on a déplorée à Bukavu, rappelait les scènes macabres de 2011. Les partisans d’un autre opposant, Etienne Tshisekedi, avaient été sauvagement massacrés près de l’aéroport de Ndjili par les forces de l’ordre durant la dernière présidentielle. Cinq ans avant Tshisekedi, un autre adversaire de Joseph Kabila, Jean-Pierre Bemba, assistait impuissant au massacre de ses sympathisants dans les rues de Kinshasa. Le leader du MLC avait même failli se faire tuer. Sa résidence avait été bombardée à l’arme lourde malgré la présence à ses côtés des diplomates occidentaux. On envisage difficilement 2016 en faisant abstraction d’une éventualité, voire de la certitude d’un bain de sang.

L’explication à cette forme de fatalité est à rechercher dans la complexité des enjeux autour de la présidence du Congo, un pays éminemment stratégique mais qui peine toujours à exister en tant qu’Etat régi par des lois opposables à tous. Ainsi le pays n’a-t-il jamais connu d’alternance à la présidence sans effusion de sang. Tous les quatre Présidents qui se sont succédé à la tête du Congo y sont parvenus au bout de tueries de masse.
On aimerait tellement que 2016 fasse exception, mais l’affaire est déjà mal engagée[1]. Trop de paramètres échappent au contrôle des électeurs.
Pas un seul Président sans bain de sang 
L’arrivée de Joseph Kabila à la tête du Congo, en janvier 2001, s’est produite dans un climat de profond traumatisme à travers le pays. Son prédécesseur, Laurent-Désiré Kabila, venait d’être assassiné dans son palais tandis que dans l’Est du pays, les Congolais mourraient par milliers des conséquences directes et indirectes de la guerre d’occupation que menaient le Rwanda et l’Ouganda, avec le soutien des Etats-Unis et du Royaume-Uni. L’ancien Président avait été préalablement présenté dans les capitales occidentales comme l’« obstacle à la paix ». Son élimination physique, bien qu’elle fût traumatisante pour les Congolais, passa pour un mal nécessaire dans les milieux diplomatiques[2]. La question ici n’est pas celle du cynisme de la realpolitik, mais bien le constat que la dernière alternance politique au Congo s’est opérée dans le sang, et non seulement cette alternance-là.
Le Président assassiné, Laurent-Désiré Kabila, s’était lui-même emparé du pouvoir, en mai 1997, au bout d’une guerre atroce[3] menée par le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi et l’Angola ; sous la supervision des« grandes puissances » (Etats-Unis, Royaume-Uni, Israël, Canada[4]). Son prédécesseur, le Maréchal Mobutu, s’était, à son tour, emparé du pouvoir en novembre 1965 grâce à un coup d’Etat orchestré par la CIA[5]. Le Président du Congo alors s’appelait Joseph Kasa-Vubu. Lui-même, hélas, n’est pas épargné par« la malédiction des bains de sang ». Premier Président, et le seul à avoir été élu démocratiquement[6], Kasa-Vubu avait vu mourir des centaines de ses partisans durant les luttes pour l’indépendance[7]. A l’accession du Congo à l’indépendance, le 30 juin 1960, Joseph Kasa-Vubu devient Président. Le prix à payer ?...
Le Congo peut-il s’épargner ces tragédies autour des alternances politiques ? L’année 2016, peut-elle être l’amorce d’une nouvelle ère ?
Cela est évidemment souhaitable, mais encore faut-il revenir sur le cas des leaders congolais qui, comme Kamerhe aujourd’hui, s’étaient persuadés qu’ils pouvaient accéder à la magistrature suprême en misant, comme dans une démocratie « normale », sur la confiance du peuple. Aborder 2016 signifie savoir tirer les leçons des mésaventures d’Etienne Tshisekedi et Jean-Pierre Bemba.
Ils gagnent mais ils perdent
En Afrique, dit un jour Herman Cohen, « pour qu’un Président perde une élection, il faut qu’il ait envie de la perdre »[8]. Joseph Kabila a-t-il vraiment envie de perdre une élection ? En tout cas, en 2011, les observateurs indépendants étaient unanimes : « les résultats officiels, donnant Kabila vainqueur, ne reflétaient pas la vérité des urnes »[9]. L’opposant Etienne Tshisekedi aura ainsi remporté l’élection en réalisant un incontestable raz-de-marée à travers le pays. Deux ans plus tard, Tshisekedi attend toujours l’impérium, c’est-à-dire les moyens juridiques et matériels pouvant lui permettre d’exercer ses fonctions de« Président élu ».
Avant Etienne Tshisekedi, un autre opposant, Jean-Pierre Bemba[10], connut la même mésaventure, avec, en plus, son arrestation et son incarcération à La Haye. Le leader du MLC avait consenti à s’associer au processus de pacification du pays et obtenu l’assurance que les élections seraient libres et transparentes. Tout au long de la campagne, il obtint l’assurance de l’emporter largement. Mais c’était sans compter les réels enjeux de cette élection. En effet, le Président élu avait déjà été choisi, longtemps avant le début du scrutin.
Collette Braeckman fait remarquer que pour la communauté internationale, l’élection de 2006 avait pour enjeu de « légitimer et stabiliser le pouvoir en place (…) »[11] « Légitimer le pouvoir en place ». Rien à voir avec « permettre aux Congolais de choisir librement leur Président ». Le journaliste d’investigation Charles Onana révèle que, dès février 2006, les Etats-Unis, la France et l’Allemagne s’étaient mis d’accord sur le fait que Joseph Kabila doit être maintenu au pouvoir[12] (quel que soit le vote des Congolais).Ce choix des « grandes puissances » avait été conforté par le commissaire européen Louis Michel[13].Autrement dit, longtemps avant que le premier électeur congolais ne dépose son bulletin dans l’urne, le« Président élu » avait déjà été choisi. On comprendra plus tard la motivation profonde des pays occidentaux. C’était le Rwanda.
En effet, aussi atroce que cela puisse paraître pour le peuple congolais meurtri par les agressions rwandaises, l’élection présidentielle de 2006 avait pour principal enjeu de conforter les intérêts de Paul Kagamé au Congo grâce au maintien de Joseph Kabila au pouvoir, ce que fait remarquer Pierre Péan[14] citant Helmut Strizek. Autrement dit, les Congolais qui croyaient voter pour la paix, avaient, en réalité, voté pour ouvrir un boulevard à l’armée de Kagamé, Kabila ayant consenti à laisser faire le régime de Kigali en échange du soutien que Bruxelles (Javier Solana[15]) s’était engagé à lui apporter.En janvier 2009, il autorise unilatéralement l’armée rwandaise à entrer sur le territoire congolais, prélude à la guerre du M23, ce qui provoque le départ de Vital Kamerhe de la présidence de l’Assemblée nationale.
2016 va-t-il différer de 2006 ? Difficile de se prononcer a priori. Tout ce qu’on sait est que le ciel a déjà commencé à s’assombrir.
Au-delà du peuple congolais
Un des éléments qu’il va falloir garder à l’esprit est l’insoutenable « tutelle » que les Présidents Museveni(Ouganda) et Kagamé (Rwanda) exercent sur Joseph Kabila. La surprenante relance des pourparlers de Kampala en vue de « sauver le M23 » (pourtant vaincu militairement) ; la signature des engagements de Nairobi et la loi d’amnistie promulguée par le Président Kabila[16] le 11 février dernier, sont autant d’éléments qui vont peser sur le scrutin de 2016. Il y a lieu de redouter que le sort du peuple congolais ne soit pas l’enjeu déterminant de ce scrutin. Avec l’aide des Occidentaux, Paul Kagamé pourrait tout à fait rééditer le coup de 2006 et s’octroyer un nouveau cycle de domination sur le pouvoir de Kinshasa.
Jean-Jacques Wondo fait remarquer qu’en dépit de la défaite militaire du M23, le Rwanda se retrouve renforcé dans les institutions de la RDC[17]. Kigali devrait continuer de se renforcer au Congo en profitant de l’application des engagements de Nairobi[18]. Ce renforcement du Rwanda dans l’appareil étatique congolais s’est confirmé avec la nomination du général Charles Bisengimana (ex-« RCD-Rwanda »)à la tête de la police nationale, au grand dam des « Katangais » qui lui préféraient le retour du général John Numbi[19].
Le problème, pour la présidentielle de 2016, est que le général Charles Bisengimana, avec la réputation qu’il traîne[20], se retrouve avec des pouvoirs objectivement trop importants. Selon le site apareco-rdc.com[21], Bisengimana, en plus de la police, est désormais le véritable patron de l’armée congolaise(FARDC). Le chef d’Etat-major des FARDC, le général Didier Etumba, aurait été « mis sous contrôle » par quatre officiers de l’armée rwandaise que Kigali a imposés dans son entourage, selon la même source. Du coup, Kagamé devient la véritable clé de voûte du dispositif sécuritaire autour du processus électoral congolais d’ici à 2016, ce qui n’est guère rassurant quand on pense à la façon dont se déroulent les élections au Rwanda[22]. Assuré d’avoir la haute main sur la violence d’Etat au Congo, Kagamé est maintenant certain que le prochain Président congolais lui fera allégeance (sinon ?…) ou que Kabila sera maintenu au pouvoir suivant le scenario brutal de 2011 (on ne change pas une recette qui marche).
En définitive, il va falloir modérer les aspirations à un changement démocratique dans un environnement comme celui-là. Il y a même lieu de se demander à quoi sert une élection lorsque tout est ainsi mis en œuvre pour passer outre le choix d’un peuple dont on sait qu'il est porté sur le changement.
Boniface MUSAVULI






[1] En plus du risque annoncé des violences, le processus pourrait être menacé par la contestation dont fait l’objet le président de la Commission électorale (CENI), l’Abbé Apollinaire Malu Malu. Une pétitionappelant à sa démission a été lancée par la plateforme politique « Sauvons le Congo  ».
[2] « Le 16 janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila est assassiné au palais présidentiel dans des circonstances encore non élucidées et la ‘’communauté internationale’’ n'éprouve aucun besoin de connaître la vérité sur cet acte criminel. Elle se précipite à encourager la désignation de Joseph Kabila à la tête du pays, sans respecter la Constitution ni aucune autre forme de légalité, afin qu’il assume l'intérim dans l'attente d'un scrutin présidentiel. Le nouveau ‘’président’’ sera immédiatement accueilli à Paris par le président français Jacques Chirac et à Washington par le président George Bush. (…) La désinvolture avec laquelle ce dossier a été traité donne plutôt l'impression que la disparition de Laurent-Désiré Kabila était souhaitée et planifiée par des commanditaires puissants. Elle semblait même réjouir certains responsables de pays influents de l'ONU et de l'Union Européenne. » Charles Onana, Europe, Crimes et Censure au Congo, les documents qui accusent, Ed. Duboiris, Paris 2012, pp. 12-13.
[3] Cette guerre coûta la vie à plusieurs centaines de milliers de gens, les réfugiés rwandais en particulier. Ces atrocités ont été documentées par les enquêteurs de l’ONU et présentées dans le Rapport du Projet Mapping en 2010. Cf. http://www.ohchr.org/Documents/Coun...
[4] Patrick Mbeko, Le Canada dans les guerres en Afrique centrale – Génocides & Pillages des ressources minières du Congo par Rwanda interposé, Le Nègre Editeur, 2012
[5] L’agence américaine avait, quatre ans auparavant, fait assassiner le leader de l’indépendance, Patrice–Emery Lumumba.
[6] Joseph Kasa-Vubu fut élu président par le Parlement issue des premières élections du Congo Indépendant.
[7] Le 04 janvier 1959, plusieurs centaines de Congolais, sous la bannière de l’ABAKO (le parti de Joseph Kasa-Vubu) périrent durant la répression menée par le pouvoir colonial belge. Depuis, le 04 janvier est un jour férié au Congo, dédié à la mémoire des Martyrs de l’indépendance.
[9] L’archevêque de Kinshasa, Mgr Laurent Monsengwo, avait affirmé que l’élection de Joseph Kabila « n’était conforme ni à la vérité ni à la justice des urnes ». L’Eglise catholique avait déployé plus de 30.000 observateurs sur l’ensemble du territoire national. Sur le même ton que l’Eglise catholique, la Fondation Carter et les observateurs mandatés par l’Union européenne avaient, eux aussi, rejeté les résultats officiels qui donnaient Joseph Kabila vainqueur.
[11] C. Braeckman, « le Congo transformé en libre-service minier », Le Monde diplomatique, 04 sept 2006.
[12] C. Onana, Op. cit., pp. 189-190.
[13] C. Onana, Op. cit., p. 181.
[14] « Après la mort de Laurent-Désiré Kabila, Kagame obtiendra de ses alliés américains et euro­péens - l'intervention de l'Eufor au Congo est à situer dans ce contexte - que le Congo soit dirigé par ‘’un jeune Rwandais inoffensif’’, en la personne de Joseph Kabila. Ceci permettrait au Rwanda de faire main basse sur les richesses du Congo et à Kagame d'être sûr que le danger, dans la lutte contre son pouvoir dictatorial, ne viendrait pas de la République démocratique du Congo. » Cf. Pierre Péan, Carnages – Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, Éditions Fayard, novembre 2010, p. 418.
[15] Eté 2004 : l’armée rwandaise occupe la ville de Bukavu dans l’Est du Congo et se livre à des exactions (plus de 200 femmes violées en plus d’assassinats et de pillages, notamment le pillage de la banque de Bukavu). « Le 22 juin 2004, en fin de journée, monsieur Javier Solana téléphone à Joseph Kabila. (…). Ce qui l'intéresse c'est le fait que Kabila doit rester passif devant les incursions rwandaises (…) le haut représentant de l'Union Européenne et l'ensemble des grandes puissances mettent désormais l'accent sur l'élection de Joseph Kabila en RDC. On lui recommande donc la pondération et presque l'immobilisme face à l'agression du Rwanda. Face aux exigences de la « communauté internationale » et de Javier Solana, Joseph Kabila se montre coopératif et donc rassurant. Le président congolais, désigné comme tel à la mort de Laurent-Désiré Kabila, s'aperçoit progressivement qu'il est soutenu par l'Union Européenne, que celle-ci mise déjà sur lui pour les élections présidentielles et qu'il n'est pas dans son intérêt de stigmatiser le Rwanda ou de s'opposer à Kigali. (…) Il affirme donc dans son entretien avec monsieur Solana qu'il va surmonter la crise de l'Est « avec sagesse », c'est-à-dire qu'il ne fera rien (…) »Cf. Charles ONANA, Europe, Crimes et Censure au Congo, les documents qui accusent, Ed. Duboiris, 2012, pp. 231-232.
[18] Ces engagements prévoient le retour au Congo des membres du M23 et la possibilité pour eux de former un parti politique qui, selon Vital Kamerhe, devrait rejoindre la majorité présidentielle de Joseph Kabila. L’ancêtre du M23, le CNDP, fait partie de la majorité présidentielle. Elle avait pris une part active dans les fraudes électorales, notamment au Kivu, pour assurer la réélection de Joseph Kabila en 2011.
[19] Durant les troubles du 30 décembre dernier, qui avaient causé la mort de 103 personnes, les partisans du Pasteur Gideon Mukungubila promettaient de « libérer les Congolais de l’esclavage rwandais  ». Ils ont été soupçonnés d’agir sous l’influence du général John Numbi.
[20] Bisengimana était déjà le patron de la police à Kinshasa durant la répression des opposants en 2010(massacre des militants de l’UDPS près de l’aéroport de Ndjili). Il est, par ailleurs, impliqué dans les massacres des populations durant la Première Guerre du Congo, selon le rapport de la Commission internationale non-gouvernementale sur les violations massives des droits humains en République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) 1996-1997.
[22] Le Rwanda n’est pas réputé pour être un modèle de démocratie. Le Président Kagamé y remporte les élections avec des scores dignes de Staline (95% en 2003, 93% en 2010) au terme des scrutins épouvantables pour les opposants et les journalistes indépendants (arrestations, assassinats). Cf. lettre de Human Rights Watch à la Banque Mondiale : http://www.hrw.org/fr/news/2012/09/...
 http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/rd-congo-2016-cette-election-vaut-148657