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SACREBOPOL

jeudi 3 avril 2014

Rutshuru : qu’est-ce qui fait courir Museveni ?


Rutshuru : qu’est-ce qui fait courir Museveni ?























La CIRGL, l’UA et toute la Communauté internationale interpellées. Cela risque de passer au compte pertes et profits, l’occupation par les UPDF de trois collines juteuses de Binza, territoire de Rutshuru à 100 Km de Goma, la métropole du Nord-Kivu.

Mais le choix de ces sites n’est pas fait au hasard par l’Etat-major des UPDF qui a décidé cette occupation qui ne dit pas son nom.

Ces collines de Rutshuru recèlent des minerais facilement exploitables, à en croire divers rapports des Ong internationales sur la matière. C’est du reste la situation minière dans toute cette contrée considérée à juste titre comme un eldorado, ce qui explique le fait qu’elle soit toujours la proie d’une multitude de groupes armés instrumentalisés soit par Kigali soit par Kampala.

Ces groupes aussi bien étrangers que nationaux ont pour mission de déstabiliser constamment cette partie de la RDC. Mais cette fois-ci Museveni en personne est à la manœuvre. Il laisse tomber sa stratégie habituelle de la sous-traitance par des groupes armés et fait opérer ses bidasses directement à Rutshuru dans le Nord-Kivu.

On peut constater que cette action d’occupation simultanée de 3 collines de la RDC intervient après la liquidation des ADF/NALU qui avait instauré un régime de terreur dans Beni-Territoire, rendu ingouvernable par leurs activités criminelles qui se conjuguaient en termes de tueries sauvages, exactions, enlèvements, viols, vols et pillages. Les Fardc ont mis un terme à cet état des choses et la vie est en train de reprendre sur cette partie du Nord-Kivu. Quel est le message de Museveni lorsqu’il envoie occuper derechef une partie du pays à ce moment précis ?

C’est que l’Ouganda n’apprécie pas la fragile stabilité qui pointe à l’horizon avec le démantèlement d’abord du M23 et puis les ADF/NALU et qui permet au gouvernement d’instaurer son autorité sur toute l’étendue du Nord-Kivu. C’est dans le chaos où les richesses du sous-sol du Nord-Kivu sont exploitées.
A ce sujet, on se rappellera l’abondante moisson récoltée par les premières images livrées par des caméras des drones de la Monuso. Ceux-ci voyaient chaque nuit des colonnes d’individus chargées des colis et traversant la frontière de la RDC en direction du Rwanda.

C’est cela l’enjeu de toutes les guerres du Kivu. C’est cela aussi qui fait courir Museveni Kaguta dans ses manœuvres militaires d’occupation illégale de 3 collines de Rutshuru. Rutshuru tout comme Masisi sont le berceau de toutes les rebellions du Kivu depuis l’arrivée des refugiés Hutu en 94.

C’est là que se sont installés les Rwandais et les Ougandais pour le compte de l’AFDL, fin 96. C’est là également que s’est installé le Rcd-Goma, le CNDP et le M23. C’est là que s’installe aujourd’hui l’armée ougandaise sans aucune couverture de valets congolais de rebellions locales. Au même moment, dans la même région de Rutshuru-Masisi, plusieurs milices refusent de désarmer et poursuivent la perpétration de leur Empire du sang.

Aussi curieux que cela puisse paraître ces groupes ont même signé un acte d’alliance pour résister aux Fardc et continuer à faire souffrir la population ? Parmi eux des groupes qui à l’époque du M23 se battaient contre l’occupant rwandais. A ce jour, ils tiennent les populations sous coupe réglée et font même pire que le M23.

Il s’agit des APCLS de Janvier Kalairi, de Cheka, Nyatura et Raia Mutomboki avec une milce hutu locale. Ils ont aussi une idylle avec les FDLR. Toujours dans le même secteur. C’est trop pour la pauvre population. Elle doit en plus subir l’humiliation de l’occupation de 3 collines de Binza par les Ougandais. Disséquons à présent cette occupation. Elle est indiscutable car la Monusco l’a confirmée tout en la qualifiant d’incursion éphémère.

INCURSION EPHEMERE ?

En restant dans cette optique, pourquoi l’armée ougandaise traverserai-t-elle la frontière pour une incursion éphémère en RDC ? En le faisant, l’Ouganda a violé le droit international et l’Accord-cadre. Il n’y a même pas un faux-fuyant pour mentir qu’ils pourchassaient des rebelles ougandais retranchés sur ces collines de Binza. Il n’y a pas des rebelles ougandais par là : les ADF se trouvent à Beni où du reste ils ont été défaits par les Fardc et Koni de la LRA c’est en RCA et non plus en RDC où il a été chassé de la Province Orientale.

Mais la vérité est plutôt dans les explications fournies par le Président de l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu qui note que sur place, les militaires ougandais ont déclaré être venus pour sécuriser leurs compatriotes qui les ont précédés pour faire des champs à Sarambwe. Vil mensonge ! Car Sarambwe en question est bel et bien en RDC et non en Ouganda dont la frontière est à plus de 20km de là. Comment alors pour sécuriser un champ, ils vont prendre pied sur 3 collines en dessous desquelles dorment des ressources naturelles de tout genre qui attirent tant Museveni Kaguta et Paul Kagame.

La Communauté internationale est interpellée sur cette énième occupation de l’armée ougandaise qui est une déclaration de guerre. C’est surtout la preuve que cette partie de la RDC intéresse au plus haut point ses voisins immédiats de l’Est qui n’ont de cesse de rêver à sa balkanisation.

C’est ici le lieu de l’intervention de la CIRGL qui- heureusement pour les Congolais- est désormais dirigée par l’Angolais Dos Santos. Celui-ci a une autre perception des questions de l’est de la RDC ou il est intervenu lors de la guerre de 1998 avec M’Zee. Lui au moins connait et sait apprécier à leurs juste valeur les visées expansionnistes de l’Ouganda et du Rwanda sur le Kivu. Ce qui est un atout pour produire une analyse en adéquation avec la situation réelle sur le terrain et trouver des solutions durables. KANDOLO M.

http://7sur7.cd/index.php/8-infos/3390-rutshuru-qu-est-ce-qui-fait-courir-museveni#.Uz1mIPldVcg




Nouvelle invasion ougandaise en RDC

Nouvelle invasion ougandaise en RDC



Au moment où les Nations unies votent pour la poursuite du mandat de leur mission de paix en RDC, des troupes ougandaises sont signalées à nouveau sur les collines de Rutshuru dans la province du Nord-Kivu. Cette énième invasion augure de mauvaises perspectives quand on sait que c’est de cette manière que naissent les rebellions dans l’Est, mettant en péril la paix et la sécurité non seulement en RDC mais aussi dans les Grands Lacs.



Jusqu’où iront les fossoyeurs de la RDC ? Difficile à dire pour l’instant. Toutefois, ils ne s’offusquent pas de planter le décor pour exprimer leurs intentions et afficher leurs ambitions macabres. Ils se sont arrangés pour que les frontières congolaises soient poreuses de manière à permettre à tout le monde d’aller se balader en RDC sans jamais être inquiété.

La province du Nord-Kivu a longtemps souffert de cette faiblesse créée de toutes pièces par ceux qui convoitent les ressources naturelles de la RDC. C’est vers le milieu des années 1990 que cette province, considérée à raison comme ventre mou du pays, connaît un cycle de violences. D’ici sont nés et organisés différents groupes rebelles avant leur irradiation sur le reste du territoire national. Le modus operandi est resté le même depuis l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) jusqu’au Mouvement du 23 mars (M23).

Comme la communauté internationale a eu à le démontrer à la suite des rapports pertinents des experts de l’Onu et autres Organisations non gouvernementales, la déstabilisation de la RDC est l’œuvre de ses voisins rwandais et ougandais. Le processus est archiconnu. Tout part généralement d’une petite incursion des troupes étrangères qui, au fil du temps, se mue en rébellion, plongeant à nouveau la région dans le désastre.

L’histoire serait en voie de se répéter dans le Nord-Kivu. Selon Jules Hakizimwami, président de l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu, des troupes ougandaises sont signalées depuis quelque temps sur les collines du Nord-Kivu. La révélation a été faite le lundi 31 mars 2014 à Goma à l’ouverture de la session ordinaire de cet organe délibérant du Nord-Kivu.

La Monusco, qui a confirmé l’information, a tenté de relativiser. Selon son porte-parole militaire, cité par Radio Okapi, l’incursion des militaires ougandais « n’aurait pas duré longtemps ». C’est du déjà entendu. Et c’est toujours de cette manière que l’on distrait aussi bien l’opinion que les autorités à tous les niveaux.

Raison pour laquelle, Jules Hakizimwami a persisté et signé : « Les hommes des troupes de l’UPDF [armée ougandaise] occupent d’importantes collines de villages Karambwe et Kisharo dans le groupement de Binza. Les collines déjà occupées sont notamment Kazingiro, Kabumba, Risura et Kanyabusanane, à plus ou moins 20 kilomètres de la frontière congolo-ougandaise ».

Dans leur démarche d’anticipation sur les mobiles de leurs manœuvres, ils ont préparé des gens et mis dans leur bouche des trucs à répéter automatiquement à tout curieux. Radio Okapi est tombée dans le panneau. Des sources locales contactées par la radio onusienne rapportent que les militaires ougandais ont dit avoir traversé la frontière pour « sécuriser leurs compatriotes, qui les ont précédés pour faire des champs à Sarambwe ». C’est tellement simpliste que cela ne peut pas faire bander.

Le président de l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu n’a pas tardé à rejeter cette bulle en précisant que « Sarambwe est une partie du territoire congolais » et non une localité ougandaise. Et même, s’il faut raisonner par l’absurde, les Ougandais qui ont traversé la frontière pour venir faire les champs en RDC ont-ils été identifiés et enregistrés par les services compétents ? Rien n’est moins sûr.

Limité dans ses moyens d’action, Jules Hakizimwami n’a trouvé mieux que d’alerter les autorités à tous les niveaux pour faire la lumière sur cette nouvelle incursion des troupes ougandaises en RDC, rappelant que « cette situation crée la psychose au sein de la population locale ».

Si Kinshasa est resté muet sur le sujet, sur place à Rutshuru, souligne Radio Okapi, les FARDC et la Police nationale congolaise (PNC) basées dans région n’ont pas bougé d’un iota, évitant même tout contact avec ces militaires ougandais. On dirait que ces corps seraient dans l’attente des instructions de leurs hiérarchies. Mais, pour combien de temps ?

Et dire que ce n’est pas la première fois que des troupes ougandaises traversent la frontière congolaise en toute aise. Des sources renseignent que des militaires ougandais ont souvent multiplié des incursions à Mahagi, tout en faisant savoir aux populations locales que ce territoire de la province Orientale appartiendrait à l’Ouganda.

Il nous revient aussi que chaque fois que pareil incident se produisait à la frontière congolo-ougandaise, les deux parties activaient le mécanisme prévu dans le cadre de la commission mixte de vérification des limites frontalières RDC/Ouganda. Même si, après échange, c’est la RDC qui avait gain de cause, le voisin ougandais ne s’empêchait pas de récidiver.

Le plus inquiétant dans la nouvelle incursion des troupes ougandaises, c’est le fait qu’elle a pour zone de prédilection les collines de Rutshuru, espace jadis sous contrôle des ex-rebelles du M23. Faut-il parler de coïncidence ou d’acte prémédité ? Un brouillard s’insère et assombrit les rapprochements. Mais de rapprochements en coïncidences, des observateurs avisés constatent que cette incursion des troupes ougandaises intervient au moment où le Conseil de sécurité vient d’adopter, le vendredi 28 mars 2014 à New-York, la résolution prorogeant le mandat de la Monusco et de la Brigade d’intervention des Nations unies.

Il n’est pas exclu de faire des extrapolations dans ce cas. Car l’on est en droit de se demander si ceci ne peut pas expliquer cela. L’invasion ougandaise, une énième, du territoire congolais mérite d’être élucidée sans tarder.

Que veut Kampala en ce moment précis ? Est-il tenté, comme autrefois Kigali, de faire chanter les Nations unies en étalant sa capacité de nuisance au cas où ses protégés du M23 seraient traduits en justice en RDC ou à la CPI ? Ou alors, comme c’est devenu la coutume, ce serait une provocation pour pousser Kinshasa à la faute et ouvrir un nouveau front qui anéantirait tous les acquis de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba? Le flou artistique est à son comble.

Tentative de décryptage

Que des troupes ougandaises passent la frontière pour sécuriser leurs compatriotes qui sont vénus faire les champs, il y a véritablement anguille sous roche. C’est que les paysans ougandais ne font pas la différence entre leur territoire et le sol congolais ? Et même s’ils devaient le faire dans le cadre sous régional, à quoi rimerait l’intervention ougandaise ? L’argument est tellement facile qu’il mérite un décryptage à fond.

Le retour de la paix en RDC est vu d’un mauvais œil par ses voisins qui se sont toujours approvisionnés par le biais des groupes armés. Ce qu’ils tiraient par le moyen de la guerre, ils veulent désormais l’obtenir par l’intégration des rebelles dans les institutions de la RDC.

En accord avec l’Onu, l’Ouganda présenterait à Kinshasa une alternative, à savoir : soit, il réintègre le M23 et fait fi de poursuites judiciaires, soit il doit se préparer à une nouvelle guerre. Martin Kobler, le chef de la Monusco, n’a-t-il pas rappelé récemment que « l'usage de la force est insuffisant sans être complété par un cadre politique, et le succès militaire des opérations contre le M23 ne sera pas durable sans la mise en œuvre des déclarations de Nairobi et sans la réintégration des ex-combattants en Ouganda et au Rwanda » ?

Les Ougandais ont certainement saisi la balle à bond. Kampala cherche vraisemblablement à mettre Kinshasa devant un fait accompli. Il s’agit de lui faire voir que la paix dans l’Est passe inévitablement par le schéma tracé à Nairobi en déversant en RDC le trop plein des ex-rebelles M23 présents en Ouganda et au Rwanda.

Kinshasa se laissera-t-il facilement entraîner dans ce jeu ? Tout dépend de sa capacité à réagir avec efficience. Un vrai test.






mercredi 2 avril 2014

Ouverture de la convention sauvons le Congo :

Ouverture de la convention sauvons le Congo :

 Discours de Martin Fayulu





Discours de Vital Kamerhe





Discours de Christopher Ngoy Mutamba




samedi 29 mars 2014

justice arbitraire, procès truqué et tronqué et un arrêt nocturne













La condamnation de l’opposant Diomi par la Cour suprême de justice mercredi a suscité diverses réactions au sein du Parlement. L’opposition accuse la justice d’être à la solde du pouvoir. Réactions.

Pour le député national Martin Fayulu des Forces acquises à l’opposition, la condamnation d’Eugène Diomi Ndongala est une nouvelle preuve que la justice est au service du pouvoir politique. « La levée d’immunité a été faite avec toute la légèreté du monde parce que c’était commandité, explique l’opposant. Et d’ajouter: « Nous trouvons ce comportement totalement inacceptable. Nous allons demander aux avocats de Diomi de saisir la cour de Cassation. La procédure n’a pas été respectée et donc le jugement est nul et non avenu. Sur le plan politique, nous allons aller voir le président de l’Assemblée nationale pour qu’il tire toutes les conséquences. Nous évoquerons aussi des démarches à suivre afin de  procéder à la réparation.»

 

Même son de cloche pour Jean-Claude Vwemba, député du Mouvement du peuple congolais pour la République. L’homme proclame haut et fort sa frustration. « C’est une frustration parce qu’on ne peut pas se servir de la justice pour sanctionner ses adversaires politiques. Comme vous le savez, explique le député,  pendant le procès, les deux demoiselles supposément violées par l’honorable Diomi se sont confondues en excuses d’une manière incroyable. C’est la preuve que ce sont des condamnations politiques. Nous ne pouvons pas l’accepter. La justice est entre les mains des autorités politiques de ce pays






L’Arrêt de la Cour Suprême de Justice condamnant Eugène Diomi Ndongala, député national déchu et ministre honoraire, à dix ans de prison ferme, n’a nullement surpris tous ceux qui suivaient le dossier. A partir du huis clos décrété par cette haute cour pour empêcher la presse et le public d’assister à un procès des mœurs dont tous les détails ainsi que les identités du présumé auteur du double viol et des présumées mineures violées étaient sur la place publique, le sort du prévenu était scellé. C’était clair dès lors que ses avocats, mécontents du refus des juges d’examiner l’exception relative à la filiation controversée des victimes, s’étaient retirés de la barre. La sévérité du réquisitoire du ministère public – 28 ans de prison- était fort révélateur de ce qui attendait Diomi.

Il s’avère malheureusement qu’après le verdict, l’affaire Diomi laisse le goût d’une flagrante injustice à l’égard de l’accusé. Le non respect de plusieurs éléments de la procédure a conforté les observateurs dans la persistance d’une justice à deux vitesses en République Démocratique du Congo.

Pourtant, l’opinion publique avait grandement besoin de connaître la vérité dans les faits mis à charge de cette personnalité politique, dont la famille biologique figure dans les annales de l’histoire nationale, au crépuscule de la colonisation belge comme lors des deux premières République. Fils de Gaston Diomi, un des pères de l’indépendance, Eugène Diomi avait la dignité de tout un clan à défendre. D’où, il était nécessaire que l’accusation dépose, devant la barre, toutes les preuves de sa culpabilité.

Cela n’ayant pas été fait, le doute va continuer à envelopper à jamais un procès au goût d’inachevé. Qui va croire que Diomi a réellement commis un double viol, tant que l’on aura pas clarifié les relations de filiation entre les deux vraies-fausses sœurs prétendues victimes et leur vrai-faux père ? Qui va apaiser tous ceux qui attendent des réponses sur les dates de naissance controversées des deux filles, dont l’espacement des maternités est inférieur à six mois ? Qui va éclairer tous ceux qui doutent du lieu du délit, dès lors qu’une fille prétend qu’elle et sa sœur avaient été violées du côté de Huileries, au siège de la Démocratie Chrétienne, alors que sa permanence se trouve à Gombe, tandis que l’autre affirme qu’elles avaient répondu au rendez-vous de Diomi à sa propre résidence, à Ma Campagne.

Qui est réellement le monsieur qui se fait passer pour le père des victimes, d’autant que les rumeurs en circulation à son sujet le donnaient pour un opportuniste recruté pour les besoins de la cause ? En tous les cas, son comportement a paru fort suspect. En principe, un respectable père aurait eu pour premier réflexe de protéger l’anonymat de ses deux filles, mineures d’âge et partant futures candidate potentielles au mariage et à une vie professionnelle normale. Que non… ! Notre papa avait pris un malin plaisir à s’exhiber, aux côtés de ses filles, sur des chaînes de télévision, en vue de faire accréditer la thèse du viol. En affirmant haut et fort que les « services » rendus à Diomi étaient monnayés et qu’il avait abusé d’elles plusieurs fois, a-t-il pensé aux retombées négatives de son scénario, qui a plus fait passer lesdites filles non pas pour des victimes d’un viol mais des professionnelles du sexe ?

Ce sont toutes ses zones d’ombres que la Cour Suprême de Justice aurait dû éclairer. Il est fort dommage que cette juridiction n’ait pas réussi à évacuer tous les doutes qui planaient sur les prétendues relations sexuelles entre Diomi et ses « objets » de jouissance. Tout au long du procès, aucune démonstration de la flagrance des faits n’a été faite, ce qui fait penser que le précité a été condamné sur la base des présomptions, non étayées par des pièces à conviction, des témoignages ou des aveux.

Un roman policier à la congolaise

Pendant presque deux ans, de juin 2012 à mars 2014, la scène politique congolaise a été dominée par le feuilleton de l’affaire Diomi, marquée par des rebondissements à répétition. Lorsqu’en juin 2012, l’opinion tant nationale qu’internationale apprend qu’Eugène Diomi Ndongala, homme politique bien connu de la place de Kinshasa, ministre honoraire et député national élu, a échappé à une arrestation policière, au motif qu’il aurait violé deux filles mineures, c’est l’étonnement, mêlé de doute. Pour convaincre, la police du district de la Lukunga, qui a perquisitionné son présumé « abattoir » de l’avenue Colonel Ebeya, au restaurant-hôtel Green Garden, fait passer sur plusieurs chaînes de télévision les objets du délit : lit, matelas, préservatifs, produits aphrodisiaques, parfums, savons de toilettes, etc.

Cinglant démenti de l’incriminé, par le biais de son parti, la Démocratie Chrétienne, qui soutient qu’il s’agit d’un montage grossier car Diomi était rentré chez lui en début de soirée, après avoir présidé, devant témoins, une réunion préparatoire à la première sortie publique de la MPP (Majorité Présidentielle Populaire), en sa qualité de Coordonnateur de cette nouvelle plate-forme politique attachée à la vérité des urnes, à savoir la victoire d’Etienne Tshisekedi comme président élu de la RDC en novembre 2011.

Une semaine après, la même police de la Lukunga fait état de l’arrestation de Diomi, pour besoin d’enquête, mais sa famille biologique parle de son enlèvement par les « services ». La confusion s’amplifie par la suite, lorsque les sources policières parlent de l’évasion de l’intéressé, alors que sa famille biologique et son parti crient à la ronde qu’il a été enlevé et détenu au secret dans les cachots des services spéciaux. Ainsi, pendant plus de trois mois, Diomi ne fait pas signe de vie. Entre-temps, le Procureur général de la République a introduit, auprès du Bureau de l’Assemblée Nationale, une requête sollicitant l’invalidation de son mandat et la levée de son immunité parlementaire, en vue du déclenchement des poursuites judiciaires à sa charge.

Mais, à deux jours de l’ouverture du sommet de la Francophonie à Kinshasa, Eugène Diomi réapparait brusquement. Sa famille et son parti racontent qu’on l’a retrouvé abandonné sur la route du Bas-Congo, malade et terriblement affaibli…la barbe hirsute. Des sources policières et judiciaires relèvent, pour leur part, que l’incriminé est sorti de lui-même de sa cachette, après trois mois de cavale, en vue d’attirer sur lui l’attention des participants à la rencontre mondiale de l’espace francophone.

Alors que l’on croit l’affaire close, son dossier rebondit à la session parlementaire de septembre. Malade et opéré à l’Hôpital de l’Amitié de Ndjili, à en croire sa famille et ses avocats, Eugène Diomi fait savoir au Bureau de l’Assemblée Nationale qu’il n’est pas, physiquement, en mesure de répondre à son invitation en vue de présenter ses moyens de défense. Au finish, il est déchu de son mandat de député. Et le temps passe, sans que l’on sache si le Parquet général de la République va effectivement passer à l’action ou classer le dossier sans suite. La réponse ne tarde pas à venir. Au mois d’avril 2013, Diomi est de nouveau mis aux arrêts, entendu au Parquet général de la République puis placé en détention préventive à la Prison Centrale de Makala.

En dépit de ses ennuis de sa santé et d’un Arrêt de la Cour Suprême de Justice l’assignant à résidence, il est maintenu à « l’Université de Makala », jusqu’à ce jour. Pour avoir déjà passé près d’une année en prison, il lui reste encore 9 années à purger, en compagnie d’un autre célèbre détenu d’opinion, le pasteur Kutino Fernando. Condamné lui aussi à dix ans, il en est présentement à sa huitième année à Makala.



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dimanche 23 mars 2014

Lettre ouverte aux députés nationaux

Lettre ouverte aux députés nationaux

Wina Lokondo


Messieurs les députés nationaux,

«Quel est votre projet de société ou celui de votre parti politique ?». Cette question a, plus d’une fois, été posée à l’un ou l’autre d’entre vous par un de nos compatriotes. Et le plus souvent pendant les campagnes électorales.
«Projet de société», autrement dit, la société «en projet», la société
«projetée», envisagée. Tous les politiques congolais promettent - dans leur projet de société – de faire de leur pays un coin de la terre où les gens doivent bien manger et bien se soigner, où tous les enfants doivent bénéficier d’une scolarité gratuite et de qualité, où la paix doit régner. Une société merveilleuse où, pour reprendre les mots de la Bible, « coulent le lait et le miel », c’est-à-dire une société de bonheur, de cocagne.

Au-delà du devoir de donner le confort matériel à nos concitoyens, vous soulignez aussi systématiquement, et en y mettant un accent particulier, votre (sincère ?) souhait de voir une vraie démocratie s’installer en RDC. Montrant ainsi que la démocratie est aujourd’hui la mesure de toute chose ou, en tout cas, la condition nécessaire de la réalisation sereine de tous les autres aspects de votre « projet de société ». Et qu’est-ce qu’une démocratie? Pour faire court, on peut ici la résumer en trois mots : liberté, transparence et loi. Est ainsi démocratique un pays où les gens jouissent de la liberté de circuler, d’aller et venir là où ils veulent, et de dire ce qu’ils pensent sans préalable censure. Un pays où la gestion des biens publics est transparente et doit se savoir, où tout ce qui concerne tout le monde est connu de tout le monde. Pays où la loi – et la loi constitutionnelle en premier – est respectée et s’impose égalitairement à tous, y compris à vous, ses « élaborateurs », et au président de la République qui en est le premier garant et qui a prêté serment de s’y conformer.

Mon propos ici porte justement sur ce dernier aspect de la démocratie – le plus important –, celui du respect de la loi constitutionnelle. Et qui est, vous en convenez, la grande inquiètude des Congolais, le grand débat du moment. Allez-vous modifier les articles 220 et 197 de la Constitution ? Nos compatriotes s’interrogent. Les observateurs étrangers de l’échiquier politique congolais, aussi.

En effet, la question de la limitation à deux mandats de la fonction du chef de l’Etat (cinq ans renouvelables une seule fois), comme le stipule l’article 22O, et celle de l’élection au suffrage universel « direct » des députés provinciaux, conformément à l’article 197, se sont invitées dans les conversations des Congolais, dans leur diversité socio-géographique : ceux du Congo profond – de mieux en mieux informés car reliés de leurs champs et de leurs cases au reste du monde par Internet à partir de leurs téléphones portables – comme ceux des grandes villes. Comme également ceux de la « diaspora », les mieux informés puisque ne souffrant pas de coupures intempestives d’électricité et ayant ainsi accès permanent au Web, et dont le bruyant activisme civique - se manifestant de diverses « manières » - ne laisse plus personne indifférente.

Messieurs les députés nationaux,

La longévité au pouvoir (32 ans) du maréchal Mobutu a été considérée anormale par d’aucuns. On s’offusque d’en constater encore des cas dans notre continent, lesquels doivent continuer à nous interpeller. Puisque leurs pays ne limitent pas les mandats présidentiels, c’est ainsi que l’on voit un Robert Mugabe, à 90 ans, continuer à se faire élire et à diriger le Zimbabwe. Paul Biya trône encore sur le Cameroun à 81 ans et après 32 ans au pouvoir. Teodoro Obiang Nguema de Guinée Equatoriale est âgé de 72 ans et totalise, lui aussi, 32 ans à la tête de son pays. Bien que malade et tenant à peine débout, l’Algérien Abdelaziz Bouteflika, 77 ans, vient de se porter de nouveau candidat pour un troisième mandat. Denis Sassou Nguesso a soufflé ses 70 bougies et totalise 29 années additionnées de pouvoir. Etienne Tshisekedi (82 ans) et Léon Kengo (79 ans) n’estiment pas encore leur retraite politique proche. Joseph Kabila est au pouvoir depuis 13 ans. Et il n’a…que 43 ans. La levée de la limitation à deux mandats présidentiels pourrait lui permettre, ayant les finances et les services de sécurité fortement en ses mains, de rester au pouvoir encore plus de trente ans. Très probablement. Car si, aujourd’hui, vous vous hasardez à faire sauter le verrou constitutionnel de la limitation de mandats, et tout simplement pour lui permettre de rempiler, quel argument pourriez-vous lui opposer pour lui demander de ne pas se représenter aux ultérieures élections présidentielles ? Pourriez-vous après vous plaindre de sa longévité au pouvoir ?

Aubin Minaku et Lambert Mende, respectivement président de l’Assemblée nationale et porte-parole du gouvernement, tous les deux très proches collaborateurs du chef de l’Etat, ont fait savoir, à travers les médias, que Joseph Kabila respectera la Constitution en ne brigant pas un troisième mandat successif. Nous souhaitons que le président de la République, comme le font tous ses collègues partout ailleurs lorsqu’un problème taraude leurs concitoyens, se prononce personnellement et clairement sur ce sujet. Car il est incompréhensible - et un grave manque de respect pour le peuble congolais - qu’il ne puisse pas en parler. « Taiseux » ou pas, il est appelé à rassurer, à calmer les esprits. Le chef de l’Etat, civil ou militaire, n’est pas exclusivement le chef de l’Armée, la Grande « Muette ». Il est d’abord et éminemment un chef politique, fonction qui lui demande d’user en permance de la…parole, le « mot » étant au commencement et à la fin de toute action politique. Continuer à faire tabou d’une question, qui n’en est plus une si nous devons croire Aubin Minaku et Lambert Mende, ne ferait que nourrir les suspicions sur ses réelles intentions de céder ou non le fanion présidentiel en 2016.

Si toutefois nous devons nous fier aux déclarations de ces deux grands kabilistes qui, espérons-le, auraient reçu une « sincère » confidence de leur chef, et tout en maintenant notre citoyenne vigilance, nous pouvons présumer exclue la modification de l’article 220. Ma présente interpellation se limite alors à relever, à votre intention, le caractère démocraticide et dangereux d’une éventuelle révision de l’article 197. Proposition de révision qui vous est suggérée par…Joseph Kabila, curieusement et très vite adoptée – avant vous – par le président de la Céni, Apollinaire Malumalu. Y a-t-il encore à douter que ce dernier est au service du seul président de la République et n’est donc pas un arbitre neutre ? La Céni est-elle encore « indépendante » dès lors qu’elle devient une « commission d’enregistrement » des volontés d’un des acteurs au jeu ? Sur quoi porte-t-elle encore son indépendance ?

Messieurs les députés nationaux,

Une sorte de malédiction veut que chaque dirigeant congolais, depuis 1960, marque sa gouvenance d’une cicatrice, d’une gaffe historisque. Laquelle, souvent, l’a personnellement préjudicié tout en ayant causé un grand tort au pays. Kasa-Vubu, Lumumba, Tshombe, Kalonji, Mobutu, Kabila père et fils ont tous eu à fauter gravement. Les connaisseurs de l’histoire du Congo n’ont pas difficile à épingler les décisions prises et les actes posés par chacun, qui ont lourdement terni l’image de l’un ou l’autre et qui ont « impacté » négativement sur le pays, sur le plan politique ou économique.

L’ère Joseph Kabila continue à charrier son lot d’erreurs. Une des plus néfastes a été la révision constitutionnelle perpétrée en 2011 par vos collègues de la mandature précédente qui a « retiré » à notre démocratie le deuxième tour de l’élection présidentielle. Laquelle révision a bousculé la concordance temporelle des mandats du président de la République et des députés nationaux, d’une part, et ceux des sénateurs, des députés provinciaux et des gouverneurs, d’autre part. Cette révision avait été justifiée par l’argument du manque d’argent, le même que brandissent aujourd’hui Joseph Kabila et ses affidés afin de « supprimer » de la Constitution l’élection au suffrage universel direct des députés provinciaux. Le président de la Céni se préparerait à vous en soumettre la proposition. D’où ma patriotique mise en garde et mon vibrant appel à votre sens civique : ne continuez pas à faire régresser la démocratie congolaise !

Messieurs les députés nationaux,

La Constitution de notre pays avait été élaborée - certains d’entre vous y avaient activement et positivement contribué - après une pénible période de guerres civiles. Beaucoup d’argent avait été dépensé par nos partenaires bilatéraux et multilatéraux pour permettre les retrouvailles d’anciens belligérants. L’élite congolaise, dans sa grande diversité, avait séjourné pendant des mois à Sun City. Le Dialogue Intercongolais fut, osons les comparaisons, la Table ronde de Bruxelles de 1960 en plus grand format. Et un peu moins que la Conférence nationale en nombre de participants qui, elle, eut lieu au pays. S’étaient déroulées en Afrique du Sud des négociations très difficiles à l’issue desquelles étaient sortis les principes qui régissent notre actuel ordre constitutionnel. C’est donc ce « pacte politique » qui avait recréé l’unité nationale et celle-ci s’était matérialisée par l’ingénieuse formule d’un président de la République flanqué de quatre vice-présidents, trouvaille qui a permis une période de transition (2003-2006) sereine et, surtout, l’approbation référendaire de la Constitution par le peuple congolais.

Aussitôt sorti du carcan de « l’étouffante » Transition, devenu seul maître à bord du bateau Congo, Joseph Kabila s’est mis, avec « ses » successives majorités parlementaires, à détricoter la Constitution, année après année, à « solder », à « dévaluer » la démocratie congolaise. A croire ainsi que c’est à contrecoeur qu’il avait accepté les Accords de Sun City et les principes qui les contenaient.

La révision de 2011 a fait régresser, avouons-le, le jeu politique en amputant, je l’ai dit, notre démocratie du second tour de l’élection présidentielle. Celui-ci étant pourtant, aujourd’hui et à travers le monde, un des signes du dégré de maturation des régimes politiques. Une élection pluraliste n’est pas seulement l’occasion d’un choix par le peuple parmi plusieurs candidats. Mais aussi du choix du meilleur d’entre eux en termes de crédibilité, de moralité, d’aptitude physique et de compétence. Ainsi, le duel électoral du second tour est l’ultime moment d’appréciation des candidats, la dernière étape de tri par l’électeur après le tamissage des primaires (qu’ont institués, en leur sein, certains partis politiques) et du premier tour. La charge du président de la République étant la plus haute du pays, elle ne doit dès lors pas être confiée à n’importe qui. Le but de toutes ces étapes (primaires, premier tour, deuxième tour) est la recherche du plus doué, du plus représentatif, de celui qui incarne les aspirations du moment pour un peuple.

Et le débat radio-télévisé du second tour entre les deux derniers candidats, consacré par les démocraties modernes, est devenu la dernière épreuve pour ces derniers et qui permet, une fois encore à l’électeur, de vérifier à la fois leur savoir intellectuel, leur compétence technique, la cohérence et la validité de leurs projets, leur connaissance du pays et, aussi, leur capacité de s’exprimer, de communiquer. Le plaisir de suivre ce combat idéel, à travers les médias, des deux derniers candidats à une élection présidentielle, les Congolais ne le connaîtront pas (ou jamais) parce que les députés et les sénateurs de la majorité présidentielle kabiliste ont décidé de le leur priver. Et tout simplement parce qu’il fallait, en 2011, éviter à « un » citoyen congolais un deuxième tour qui lui aurait été fatal. Il a ainsi fallu changer une loi constitutionnelle pour la survie politique d’un individu et de ses partisans. Honteux et antipatriotique comportement. Une régression démocratique.

Régression du fait aussi qu’il sera difficile, vu l’étendue de notre pays, et sa diversité sociologique et politique, qu’un candidat puisse facilement obtenir la majorité absolue (50% plus 1) à une élection à un tour. Peut-on ainsi prétendre « représenter » correctement une nation en se contentant d’une majorité relative, d’une petite légitimité, reçue du vote d’une minime frange de la population ou d’une portion du territoire national ? Le délitement de la cohésion nationale, que connaît aujourd’hui notre pays et que le président Kabila cherche difficilement à recréer, n’a-t-il pas notamment été causé par la suppression du deuxième tour ?

Car, en effet, après le premier tour de l’élection présidentielle de 2006, le candidat Joseph Kabila, bien qu’ayant fait le « plein des voix » à l’Est du pays (dixit Malumalu), fut obligé de courtiser le candidat Antoine Gizenga, ressortissant de l’Ouest, afin de pouvoir gagner au second tour. Les négociations engagées par les deux firent de ce dernier premier ministre. Après la suppression du deuxième tour, Joseph Kabila, « réélu » en 2011, ne s’estima plus contraint de faire de nouveau les yeux doux à l’Ouest du pays. Et il devait, a-t-on dit, prioritairement « recompenser » ses électeurs de…l’Est. Ce qui justifie le fait que les fonctions importantes du pays soient actuellement, presque toutes, occupées par les ressortissants des provinces swahiliphones, celles de l’Est. Leur surnombre au sein du gouvernement national est illustratif. Fait qui a ainsi entamé l’idéal et rassurant principe de l’équilibre régional dans la répartition des pouvoirs. Peut-on dès lors mobiliser une nation – pour le développement du pays ou pour sa défense contre les ennemis extérieurs - dans une telle atmosphère d’injustice institutionnalisée, de frustraction de certains concitoyens? La récente, gentille et très « fraternelle » incorporation des centaines de rebelles Bakata Katanga dans les Fardc, contrastant avec les répressions violentes et l’emprisonnement des rebelles Enyele et des révoltés Bundu-dia-Kongo, a montré à l’opinion que tous les Congolais – et en particulier les insurgés - ne sont pas égaux devant les autorités actuelles de leur pays.

Messieurs les députés nationaux,

Et comme si cet historique appauvrissement de notre démocratie, par ces effets nocifs de la suppression du second tour de l’élection présidentielle, ne suffit pas, voilà que le président Joseph Kabila vous demande de la tuer en lui enfonçant un dernier coup de couteau dans le ventre. Y a-t-il acte plus démocraticide que de supprimer le suffrage universel « direct » ? La carte d’électeur, la même pour tous, est l’expression suprême de l’égalité citoyenne. Celle qui, le temps d’un instant et devant l’urne, donne au plus humble citoyen le sentiment d’être l’égal du chef de l’Etat car ne disposant chacun que d’une voix. Cette belle invention, le suffrage universel, nous léguée par les Révolutionnaires français, élargie et mondialisée au fil des temps, allez-vous nous l’enlever ? Allez-vous nous faire réculer de deux siècles, nous ramener au suffrage restreint, au droit de vote accordé à une petite poignée de citoyens ? Et pour l’unique et léger argument - « officiel » - du manque d’argent pour organiser l’élection des députés provinciaux ?

L’élection des gouverneurs de provinces et des sénateurs au suffrage universel « indirect » a, vous le savez, dramatiquement institutionnalisé la corruption dans notre pays. Faire également élire les députés provinciaux au suffrage universel « indirect » ne ferait qu’amplifier l’odeur de cette puante pratique. De plus, les gouverneurs et les sénateurs tirent leur légitimité de l’élection des députés provinciaux au suffrage universel direct. Cette légitimité serait davantage fractionnée, réduite si leurs électeurs – les députés provinciaux – venaient à ne plus être élus « directement » par le peuple. A qui cela profite-t-il de rabaisser ainsi notre démocratie quand d’autres peuples, notamment africains, se font la fierté de développer les leurs ? Le peuple congolais est-il prédestiné à la médiocrité dans tous les domaines ?

Messieurs les députés nationaux,

La faiblesse de nos finances a été la raison de la révision constitutionnelle de 2011. C’est le même motif actuellement avancé par Joseph Kabila, Lambert Mende et Apollinaire Malumalu pour, une fois encore, dépouiller notre Constitution de ses attributs démocratiques. Pourriez-vous leur demander de dire clairement aux Congolais combien d’argent leur faut-il pour organiser les élections dans notre pays ? Pourraient-ils nous dire, chiffres à l’appui et rubrique par rubrique, les affectations des fonds du budget qu’il faut à la Céni pour l’élection des députés provinciaux ? Le président de la Céni peut-il également nous dire où se trouve le matériel électoral ré-utilisable (urnes, ordinateurs,...) ayant servi aux scrutins précédents ? Les urnes utilisées en 2006 et en 2011 sont en plastique. On présume qu’elles peuvent plusieurs fois servir compte tenu de la longévité de vie de leur matière de fabrication. Faut-il en acheter encore ?

Les élections, mécanismes pourvoyeurs de la légitimité des dirigeants et une des conditions de la paix politique, sont autant importantes, sinon plus, que la construction ou la modernisation des routes. Ne sont-elles pas prioitaires par rapport à certaines réalisations d’apparat, prétendument de la « révolution de la modernité », que le pouvoir de Kinshasa brandit et dont nos « amis » Chinois sont les maîtres d’œuvre ? Les milliards de dollars convenus dans le contrat « Infrastructures contre minerais » (le plus grand troc de l’histoire de l’Humanité) ne pourraient-ils pas aussi servir à l’organisation des élections ? Les Chinois, qui fabriquent tout, ne peuvent-ils pas fournir à la Céni tout ce dont elle a besoin ?

Messieurs les députés nationaux,

Chacun d’entre vous a son destin qui n’est pas nécessairement lié, tels des frères ou soeurs siamois, à celui du président Kabila. Avec ou sans lui à la tête de notre pays, vous continuerez votre vie politique. La mort du président Mobutu n’a pas fait arrêter le destin des mobutistes Kengo Wa Dondo, Mokolo Wa Mpombo, Banza Mukalay et autres. Légiférer pour le seul intérêt à court terme du chef de l’Etat et de ceux qui profitent aujourd’hui de son pouvoir est une faute grave que l’histoire pourrait vous reprocher. Ne continuez pas à rabaisser notre pays. Le monde entier s’est déjà trop moqué de nous depuis quelques années. On ne modifie pas les principes fondamentaux d’une Constitution au gré des humeurs de quelques individus et, surtout, lorsque cela peut engendrer des problèmes au sein d’une nation. Les Congolais ne sont, pour le moment et dans leur grande majorité, pas favorables à une quelconque révision de leur loi fondamentale. Vous avez tout intérêt à les écouter. Ce sont eux qui vous ont élus. « Muana ya mayele, ayokaka liteya mbala moko », dit un proverbe de notre pays.

Mes salutations patriotiques.

Wina Lokondo


Citoyen Congolais,
Après les successives « gaffes » historiques de prédécents dirigeants du Congo, lesquelles ont chaque fois causé de graves torts au pays, Joseph Kabila laisserait, en encourageant la modification des articles 197 et 220, une très laide cicatrice sur le corps de la nation. Et qui lui sera reprochée par…l’histoire.

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