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SACREBOPOL

samedi 17 décembre 2011

Fallait-il vraiment faire confiance à un Kabiliste patenté comme Ngoy Mulunda ?

C'est l'homme de l'ombre du régime, sans conteste, l'une des têtes pensantes de la Kabilie. Daniel Ngoy Mulunda Nyanga, 46 ans, pasteur de l'Eglise méthodiste de la R-dCongo, a joué - et joue - un rôle crucial dans l'évolution récente de la vie politique dans le pays. Ce membre fondateur du parti présidentiel PRD, qui ne cache du reste point son appartenance idéologique à la famille politique du chef de l'Etat, est aussi un membre de la famille biologique du feu le président Laurent Désiré Kabila. Ceci explique-t-il cela ? Mais le pasteur avoue. Ce sont des circonstances imprévues qui l'ont mis sur la route de Kabila père - il ne le connaissait pas et quand il l'a rencontré, il l'a longtemps pris pour un Kasaien - avant d'adopter le fils, pour la vie. Dans les débats qui divisent ou déchirent le sérail, il a toujours su raison garder. Quitte à se faire mettre en minorité à la cour. C'est pourtant cette constance, débarrassée de tout esprit de flagornerie, qui lui fait imposer respect aussi bien de Kabila Père que du fils. Dans cet entretien exclusif au «Soft International», en septembre 2005, au siège de son PAREC, Programme oecuménique de paix, transformation des conflits et réconciliation dans le quartier aseptisé de la Gombe à Kinshasa, il lève un coin de voile sur l'histoire mouvementée qui a conduit à la réunification du pays. Il dit son espoir sur le processus électoral en cours. Mais la difficulté majeure qu'on éprouve en abordant cet homme, consiste d'abord à le présenter. Homme politique ou homme d'Eglise ? Membre du parti présidentiel PPRD ou, au contraire, activiste de la société civile ? Ngoy Mulunda se présente avant de nous dévoiler un «secret» qu'il gardait «depuis 1979», et de nous faire des «révélations». 

«Je m'appelle Ngoy Mulunda. Je suis né le 1er novembre 1959 à Lubumbashi. Je suis le deuxième d'une famille de dix enfants. Mon père s'appelle Numbi Kabange, il est encore en vie. C'était un responsable laïc de l'Eglise méthodiste». 

«Nous sommes une famille chrétienne, vraiment engagée. Ma mère est morte alors que je n'avais que trois ans. C'est donc une seconde femme de mon père, maman Georgette Ilunga, qui nous a élevés. Nul ne s'est vraiment aperçu que maman Georgette n'était pas notre mère biologique. En effet, à notre égard, elle s'est toujours comportée en mère attentionnée. Nous lui devons tout aujourd'hui. Je suis originaire du territoire de Malemba Nkulu, dans le Nord du Katanga, district de Haut Lomami». 

«Mais j'ai plus vécu à Kalemie et dans le district de Tanganyika, qu'ailleurs. Après mes études, j'ai fait deux masters, le premier en Théologie - je suis bibliste spécialiste en éthique chrétienne et politique - du West Seminary, Washington DC, l'un des grands séminaires des Etats-Unis. Le deuxième master, je l'ai fait en études de paix et résolution des conflits à l'Université de Washington, sur recommandation de Mgr Desmond Tutu, peu avant qu'il ne prenne sa retraire. C'est lui qui m'a envoyé là-bas pour acquérir cette formation, que j'ai complétée avec l'expérience sur le terrain. A part cela, j'ai évolué au pays, avant d'en partir en 1988 pour la Conférence des Eglises de toute l'Afrique, CETA en sigle, dont le siège est à Nairobi, Kenya». «La CETA est une organisation oecuménique initiée par Mgr Desmond Tutu, qui regroupe toutes les églises chrétiennes du Continent. J'y ai occupé les fonctions de secrétaire à la Jeunesse. C'était une expérience extrêmement riche dans la mesure où c'était déjà l'époque de la Perestroïka, du vent de la démocratie, des Conférences nationales sur tout le Continent. 

Dans tous les pays africains, c'est la jeunesse qui portait l'étendard du combat démocratique, et moi, j'étais à la tête de la Jeunesse chrétienne d'Afrique. Mgr Tutu m'a alors envoyé en formation aux Etats-Unis afin que, à mon retour, je vienne m'occuper du bureau des Affaires internationales de la CETA». 

Êtes-vous devenu pasteur par vocation?

Par vocation? Je ne crois pas. Quand j'étais petit à Kalemie, mon ambition était de devenir un officier militaire. A l'époque, nous voyions les officiers mener grand train de vie, et je rêvais de devenir comme l'un d'eux.

Puis, un jour, pendant que je préparais mes examens d'Etat à Kalemie, en 1979, mon père m'a envoyé auprès d'un pasteur pour qu'il prie pour moi avant ma session de bac. Il se prénomme Meschak, et vit aujourd'hui à Kaboto, territoire de Kabongo au Katanga. Je suis allé chez lui, et lorsqu'il a posé la main sur moi, il s'est exclamé: «Tiens, j'ai affaire à un grand prédicateur de l'Evangile». J'ai protesté, en lui faisant savoir que mon voeu était de devenir militaire, Il a insisté, affirmant que Dieu tenait à ce que je devienne pasteur.

Alors il m'a demandé pourquoi je refusais tant de devenir pasteur. Là, je lui ai fait comprendre que je venais d'une famille très pauvre, et que les pasteurs sont aussi des gens pauvres. Comme je tenais à m'en sortir, je n'avais qu'à suivre les pas des généraux de la IIème République qui roulaient carrosse. Je lui ai ensuite dit que s'il était vraiment un ministre de Dieu et qu'il parlait avec Dieu, il n'accepterait pas que je reste dans de telles conditions. Le pasteur a alors prié pour moi, et là même, le message de Dieu est descendu sur moi, par sa bouche. C'était la première fois que je recevais ainsi un message de Dieu. 

Comment cela s'est-il passé?

Il disait : «Toi, je fais de toi un pasteur. Je vais t'élever, tu verras toutes les Nations, tu mangeras avec tous les Grands de ce monde aussi longtemps que tu seras mon ministre. Si tu oses quitter l'Eglise, tu mangeras de l'herbe. C'est ça la voie que j'ai tracée pour toi». Cette voix était tellement forte, et j'ai vu le pasteur pleurer, que j'ai finalement fait mon serment de rester dans l'Eglise où je servirais Dieu en tant que pasteur. Cette question que vous me posez est importante - et c'est Dieu qui vous l'a inspirée. C'est pourquoi je suis là où je suis. Je ne le dis pas pour que d'autres pasteurs puissent me lire, c'était un secret que je gardais depuis 1979.

J'ai même essayé de fuir cette promesse. Quand je suis venu à Kinshasa, j'ai préféré étudier l'informatique. J'ai ensuite été engagé au garage de General Motors, d'abord au département des Ventes. Lorsque les Blancs sont partis, j'ai été nommé contrôleur des finances. Mais des circonstances heureuses m'ont mis en face d'un missionnaire américain qui m'a dit que l'Eglise m'assurerait le même salaire qu'on me payait chez General Motors si j'entrais à la faculté de Théologie de l'actuelle Université protestante. Je suis entré à la fac de Théologie, et l'on me payait effectivement mon salaire comme promis. Je n'ai pas pu terminer car, lorsque Desmond Tutu a été élu président de la CETA, il a demandé d'avoir un jeune dynamique afin de coordonner la jeunesse africaine face aux défis qui se présentaient. Nous étions 18 candidats à passer le concours, et c'est moi qui fus retenu. Avec l'expérience accumulée, Mgr Tutu m'a envoyé aux études aux Etats-Unis. Vous connaissez la suite... Je dois dire que travailler avec Desmond Tutu et la CETA, c'est s'engager dans une vraie école. C'est ma petite histoire. L'histoire de Ngoy Mulunda. 

Les R-dCongolais vous ont découvert comme secrétaire exécutif de la CETA. Pourquoi avoir quitté cette organisation et quels rapports gardez-vous avec elle? 

La théorie à la CETA, c'est un mandat de trois ans, deux fois renouvelable. C'est-à-dire 3 ans minimum, 9 ans maximum. Moi, j'en ai fait 14! J'étais tellement apprécié qu'ils m'ont retenu 5 ans de plus. Le PAREC que j'anime aujourd'hui entretient de bons rapports avec la CETA.

Il y a une réunion qui va être organisée sous peu sur le forum des Grands Lacs. Je suis invité comme expert. 

Le PAREC, est-ce une église ou une organisation de la société civile?

Le PAREC est une ONG. C'est un programme oecuménique qui s'occupe de la paix et de résolution des conflits. Nous l'avons voulu oecuménique pour que tout le monde y trouve sa place, sur le modèle de la CETA. Nous travaillons ainsi avec les représentants de toutes les Eglises, et même les Musulmans.

Si demain, nous devons intervenir dans une zone dominée par les Musulmans comme Kasongo au Maniema, il nous faut avoir parmi nous des gens qui parlent leur langue et connaissent leurs croyances, us et coutumes. Au départ, nous avions voulu installer le siège du PAREC au sein du secrétariat général de l'Eglise du Christ au Congo.

Mais ceci aurait été mettre mal à l'aise nos frères musulmans. Nous avons alors choisi un lieu neutre où tout le monde peut se rendre aisément. Et puis, n'importe quelle église peut avoir son programme de paix et nous inviter comme expert, nous sommes disposés à venir apporter notre contribution. 

Vous êtes muluba du Katanga, et, en même temps, proche du président Joseph Kabila et de son parti, le PPRD. Vos origines ethniques ont-elles influencé vos options politiques ?

Je dois vous faire une révélation. Comment j'ai connu le président Laurent-Désiré Kabila? C'est à l'époque des négociations entre lui et le président Mobutu sur le bateau sud-africain Outeniqua, sous la médiation du président Nelson Mandela. Ce dernier avait été emprisonné pendant de très longues années, et s'attelait à réconcilier son propre peuple. Il ne connaissait pas l'histoire du Zaïre de l'époque. Il a sollicité le concours de Mgr Desmond Tutu, qui était président de la CETA, afin d'obtenir un document qui lui permette de mieux comprendre la situation en présence. Mgr Tutu m'a demandé de réaliser ce document en tant que secrétaire exécutif aux Relations internationales de la CETA. J'ai fait le diagnostic de la crise au Congo, et expliqué pourquoi les populations accueillaient avec enthousiasme l'AFDL.

J'ai remis le document à Mgr Desmond Tutu, qui, à son tour, l'a remis à son destinataire final qui était le président Mandela. Après l'avoir lu, le président Mandela l'a beaucoup apprécié. Voilà comment, sur l'Outeniqua, il épatera les deux protagonistes congolais par sa connaissance détaillée du conflit au Congo. Quand les négociations échoueront, c'est Mandela qui dira à Kabila qu'il connaît quelqu'un de très important qui peut aider son pays.

En ce moment là, Kabila me prenait pour un muluba du Kasaï, comme nous avons les mêmes patronymes avec nos frères du Kasaï. Il dépêche alors Bizima Karaha à Nairobi afin de me demander de rejoindre le gouvernement à partir de Lubumbashi. Je lui fais savoir que je servais les Eglises d'Afrique, et que je pouvais toujours servir mon pays à partir de là où j'étais, même sans être membre du gouvernement. Nous avons établi des bons rapports, et je venais souvent m'entretenir avec lui sur ce qui se passe en Afrique, comme expert. Il m'a pris pour un Kasaïen pendant plus d'une année, jusqu'au jour où je serai congratulé par un oncle venu de Manono dans l'antichambre du Mzee Kabila où j'attendais d'être reçu par lui.

Or, Kabila avait des liens de famille avec cet oncle. En fait, cet oncle nous liait avec lui, car à la mort de ma mère, mon père s'était rendu à Kalemie où il a épousé une femme. Cette dernière était cousine éloignée de Mzee Kabila... A ce titre, et comme les autres oncles, Mzee passait de temps en temps à la maison quand j'étais petit.

Je savais qu'il était journaliste, puis il est parti en Tanzanie. Je savais qu'il était devenu rebelle, mais je n'en parlais pas. Attiré par le bruit et les pleurs de retrouvailles de l'oncle, le président est sorti de son bureau s'enquérir de la situation, et l'oncle me présentera à lui comme le fils de Georgette Ilunga. 

Quelle fut sa réaction?

Mzee a demandé qu'on arrête le théâtre, invoquant le fait que moi, j'étais de Mbuji-Mayi. Avant de revisiter l'histoire avec son neveu que j 'étais finalement... 

Et avec Joseph Kabila?

Vous vous souviendrez qu'au plus fort de la guerre, c'est moi qui ai convoqué, en 2000, les représentants de la Société civile de tout le pays afin de réfléchir sur la paix.

Les délégués sont venus de partout, de Gbadolite, Goma, Kisangani, Bukavu, etc. Ce n'était pas facile car j'ai dû faire transiter nos compatriotes de l'Est par Nairobi et ceux du Nord par Bangui, pour symboliser l'unité nationale. Curieusement, Gaëtan Kakudji, alors ministre de I' Intérieur, s'opposa à l'ouverture de nos travaux au centre Nganda à Kintambo, où des chars furent placés pour nous empêcher de nous réunir.

Mzee lui-même était sur la même longueur d'onde avec son ministre. J'ai alors appelé celui qui n'était alors que le général Joseph Kabila, pour lui expliquer que la Communauté internationale verrait d'un très mauvais oeil le bâillonnement d'une Société civile apolitique venue de tout le pays pour réfléchir sur les voies de sortie de la crise. Ce dernier plaidera auprès de son père et du ministre de l'Intérieur, qui finiront par permettre la tenue de notre réunion. Et quand Mzee est mort, le nouveau président a décidé de relancer le processus de paix. Une semaine après son intronisation, II m'a fait chercher, et je suis revenu à Kinshasa. Joseph Kabila m'a alors demandé conseil sur ce sujet, et je lui ai fait part de mon point de vue. Il m'a clairement dit qu'il fallait remettre en selle le facilitateur Ketumile Masire. J'étais disons opposé, comme nombre de Congolais de Kinshasa au retour de Masire.

Le président m'a rappelé à l'ordre - il m'a converti - en me disant que j'étais homme de Dieu et qu'il fallait que j'aille dire à Masire les reproches qu'on avait contre lui. Masire avait été durement humilié par les proches de feu Mzee Kabila. Il avait lui-même humilié le père de Joseph, qui aurait pu garder une rancune contre lui. Joseph Kabila m'a demandé, au contraire, dans le plus grand secret, d'aller négocier avec Masire, et d'obtenir de lui qu'il refasse le voyage de Kinshasa comme facilitateur, parce que le président tenait à réunifier le pays. C'est ainsi que je suis allé négocier avec Masire à Lomé, au Togo, seul avec le président Gnassingbé Eyadema, alors président de l'Union africaine, dans la plus totale discrétion, loin des caméras et des dictaphones de la presse. C'est ainsi que j'ai permis de rétablir la confiance entre le président Joseph Kabila et le facilitateur Masire. J'ai donc rendu service au père, je rends service aujourd'hui au fils et, à travers eux, à mon pays. C'est comme cela que nous sommes proches. Je ne nie rien: je défends Joseph Kabila. Très sincèrement, je prends ma fonction à coeur. 

Pensez-vous que le président Joseph Kabila a tout oublié, qu'il a tout pardonné, qu'il est désormais le chef de l'Etat, le père de la Nation - de toute la Nation, de tous les Congolais?

Absolument. Sincèrement... Depuis qu'il a accepté qu'on signe le 1+4, il est le président des gens du RCD, de ceux du MLC, même de ceux de l'UDPS … C'est leur président, leur père … 

Parlant de l'UDPS, pourquoi n'en fait-il pas plus en direction d'Etienne Tshisekedi et de la réconciliation nationale?

Là c'est mon point de vue. L'Udps ne le comprend pas. Mais les gens comprennent cela très mal. Le président est prêt à rencontrer Tshisekedi même demain. Il y a des choses que je garde pour moi car je suis un pasteur. Pour le président, il faut que tout le monde participe aux Institutions. 

Que dites-vous aux accusations portant sur ses origines, le transfert d'argent en Tanzanie...

Le président est le fils de Kabila. Kabuya Lumuna l'a démontré. Ma marâtre est une fille d'Ankoro, la cousine de Laurent-Désiré Kabila. Le président est né à l'Est. Il y a un conflit sérieux entre les gens de l'Est. On ne peut pas faire la paix sans nos frères de l'Est. Mais dans les Kivu, le débat qui fait rage porte sur les origines. J'en parle à mes amis du Kivu. Pour déclasser un adversaire, il est convenable de dire qu'il s'agit d'un Rwandais. Je pense que même l'Assemblée nationale a mal travaillé.

Il nous fallait accepter la double nationalité. Il n'y a pas que nos frères qui ont la morphologie rwandaise, mais il y en a qui ont des passeports américains, européens, etc. Je m'insurge contre ceux qui diabolisent le RCD les qualifiant de pro-Rwandais pour énerver nos compatriotes, les exclure du processus électoral. En réalité ceux-là, ils ont peur des élections. De la même manière on a signé les Accords, de la même manière on ira aux élections. Je suis de ceux qui se sont battus pour le RCD mais je n'ai pas apprécié les injures du RCD contre le chef de l'Etat. C'est ce jour-là qu'il y a eu rupture entre le RCD et moi. J'en ai fait part au Vice-président Ruberwa. Il faut qu'on respecte la dignité et l'honneur du Chef de l'Etat. 

Parlant des élections, quelles chances donnez-vous au président Kabila?

Il sera élu, Il n'y a aucun doute. Il a de la vision - même sur la ville de Kinshasa qui redevient propre, qui doit devenir comme toute autre ville au monde. Le président veut reconstruire cette ville, ce pays.

Et le président sera élu. Et bientôt, nous roulerons de Kinshasa jusqu'à Goma et Bukavu, en voiture, sur des routes impeccables. C'est de la vision, ça. Le président sera élu simplement parce qu'il a redonné espoir à ce pays et à son peuple. Il a redonné la paix. Les gens ont vécu longtemps dans la terreur. Les gens vivaient dans la forêt. A Kongolo, tout un village a fui dans la forêt, fuyant la guerre et la mort. Mais là, les serpents ont fait des ravages, tuant par morsure deux villageois. Ceux-ci sont revenus au village. Cela grâce à Kabila. Les gens n'ont pas oublié. Kabila c'est l'homme de la paix. 

Vous défendez la personne du Chef de l'Etat. Etes-vous également proche du PPRD, son parti?

Bien sûr, et je ne peux pas le nier. Je suis de ceux qui avaient conseillé Joseph Kabila de créer le PPRD. Pourquoi? Je lui ai fait comprendre qu'en politique, il ne devait pas s'appuyer sur le gouvernement, il fallait plutôt un groupe partisan pour le porter. Regardez sur la liste des membres fondateurs du PPRD, mon nom y figure.

Mais dès que le parti s'est mis à fonctionner, je me suis retiré pour me consacrer à mes activités pastorales. Même si je n'ai pas la carte de membre, même si je ne verse pas de contributions, je suis toujours proche du PPRD, je leur donne des conseils chaque fois qu'ils me sollicitent. Du reste, n'importe quel parti peut me solliciter pour des conseils, je reste ouvert à tous 

Avez-vous une fonction auprès du chef de l'Etat?

Non, je n'ai aucune fonction officielle auprès de lui. Ma fonction officielle c'est le PAREC. 

Quel mérite particulier lui trouvez-vous comme chef de l'Etat et homme politique?

La principale qualité que je lui trouve, c'est l'amour qu'il a pour le Congo. Si j'ai accepté de venir l'épauler au lendemain de sa prise de pouvoir, c'est parce qu'il m'a parlé du fond de son coeur et m'a fait part de sa détermination à réunifier le pays, et à réconcilier le peuple congolais. Là, je lui ai parlé franchement, lui faisant comprendre que pour réussir une telle vision, il fallait bien qu'il soit prêt à opérer des choix parfois déchirants, à faire des sacrifices.

Il m'a répondu qu'il était prêt, qu'aucun sacrifice n'était jamais trop grand si l'objectif est d'obtenir la réunification du pays, et qu'aucun patriote ne pouvait accepter la division de son pays. Joseph Kabila m'a clairement fait savoir qu'il était disposé à perdre certaines de ses prérogatives, à partager le pouvoir politique avec les rebelles, à ne garder que moins de 50 % lors du partage, même 20 pc pourvu que cela aboutisse à la fin de la guerre et au rétablissement de l'intégrité territoriale de la RDC. Et il a décidé cela contrairement à ce que lui disaient des caciques de son régime. L'amour de son pays, c'est, à mon avis, la qualité première pour un chef d'Etat. J'étais pétri d'admiration devant ce jeune chef de l'Etat. Je resterai auprès de lui aussi longtemps qu'il défendra l'intégrité et l'unité du Congo. 

Vous avez participé au Dialogue inter-congolais au sein de la composante Gouvernement!

Je vous ai dit que j'ai fait revenir Masire. Je devais continuer le rôle de tampon entre le facilitateur et la composante Gouvernement afin que le pont qui avait été rétabli ne soit plus jamais rompu. Je me suis beaucoup battu pour l'inclusion au Dialogue inter-congolais, c'est pour cela que je voulais participer à ce forum en tant que membre de la Société civile dans le quota des confessions religieuses.

Lorsque nous sommes arrivés à Addis-Abeba, j'ai été parmi ceux qui ont fait capoter le Dialogue parce que des segments importants de la société congolaise tels les Maï Maï et les confessions religieuses n'étaient pas représentés. Curieusement, lorsque la facilitation a accordé sept places aux confessions religieuses, le cardinal Etsou m'a fait savoir que je n'étais pas retenu. C'est ainsi que je me suis résolu d'aller au Dialogue dans la composante Gouvernement. Cela parce que nous avions convenu avec Eyadema que je devais aller au Dialogue afin d'aider à ce que le lien ainsi créé ne rompe pas. 

Peu avant la fin en catastrophe de la première phase du Dialogue, vous avez joué un rôle clé auprès de la rébellion du RCD...

Je vous le dis sans ambages: j'étais la personne qui était déléguée auprès du RCD. A l'époque, il y avait des gens qui se battaient pour la présidence de la République, la Primature etc. Mais ma conviction - je la partage encore aujourd'hui - était que ce pays n'aura pas de paix si l'on ne se met pas ensemble avec le RCD. Pourquoi?

Parce que le RCD, malgré ses dérapages, pose deux problèmes essentiels au retour de la paix: d'abord, la question de la nationalité, et, ensuite, les rapports avec le Rwanda, ce pays voisin qui peut toujours nous déstabiliser s'il n'est pas d'accord avec nous. Je l'ai toujours dit sans honte: il faut qu'on se mette ensemble.

Mais quand nous sommes arrivés au Dialogue, le RCD ne reconnaissait pas Joseph Kabila comme président de la République. Je suis allé me concerter avec la haute direction du RCD à Prétoria. J'ai expliqué à celui qui était alors le président du RCD, Adolphe Onusumba, et au secrétaire général Azarias Ruberwa, que le MLC négociait en sous- main avec nous, et qu'ils avaient intérêt à reconnaître Joseph Kabila comme le chef de l'Etat, de façon à négocier avec nous le partage des responsabilités au sein d'un Gouvernement de transition. Ils ont un peu tardé, et lorsqu'ils ont finalement donné leur accord, les amis qui négociaient avec le MLC avaient été plus rapides. Ils avaient déjà signé un accord avec le MLC qui élevait Jean-Pierre Bemba au rang de Premier ministre. 

Quelle fut alors votre réaction?

J'ai tout de suite fait part de mon désaccord. L'Accord de l'hôtel les Cascades n'allait pas nous apporter la paix recherchée. Il allait même consacrer la division entre Congolais rwandophones d'un côté et les autres Congolais de l'autre. Le pays pouvait s'en trouver démembré. Voilà pourquoi, j'ai combattu cet accord de toutes mes forces, prenant le risque d'être souvent mis en minorité, et combattu dans ma propre famille politique. 

N'avez-vous pas joué d'autres rôles de l'ombre, à Goma et à Kigali?

Après la signature de l'Accord global et inclusif, je suis allé convaincre le RCD à venir s'installer dans la Capitale. Je leur ai dit que leur sécurité ce n'est pas à la MONUC de la garantir, mais bien le chef de l'Etat. La fête de Pâques 2003 m'a trouvé à Goma. J'ai même parlé comme un prophète. Un jour, nous conversions chez le président Onusumba, j'ai dit au secrétaire général Ruberwa: «Maître, je vous vois comme vice-président de la République en charge de la commission Politique, Défense et Sécurité». Il m'a répondu qu'au RCD, ce n'était jamais acquis à l'avance, il fallait que le Collège des fondateurs procède au vote.

Mais moi, j'ai insisté, lui faisant comprendre qu'en tant que Munyamulenge, il était le mieux placé pour apporter les préoccupations de sa communauté au plus haut sommet de l'Etat, à la présidence de la République, afin qu'on y apporte des solutions. J'ai été heureux d'accueillir, un mois plus tard, Ruberwa à Kinshasa comme Vice-président de la République. Bien entendu, avant d'arriver à Goma,j'ai transité par Kigali. J'ai eu des échanges importants avec des autorités des services de sécurité rwandais. Je leur ai fait comprendre qu'ils avaient intérêt à laisser nos frères du RCD aller participer aux institutions à Kinshasa, sinon un fossé se créerait entre eux et les autres Congolais, et cela compliquerait la situation.

Certains cadres du RCD, dont Ruberwa et Bizima, m'avaient même suivi là-bas. Vous savez, quand vous faites la paix, il ne faut pas oublier certains acteurs qui peuvent avoir de l'influence, sinon cela risque de n'avoir aucune suite. 

Faire le désarmement et la démobilisation, n'est-ce point des prérogatives de la CONADER? 

C'est une mauvaise interprétation du problème. Il y a eu un forum du Nord-Katanga auquel j 'ai été invité grâce au gouverneur du Katanga, M. Kisula Ngoie. Le chef de l'Etat m'a encouragé d'y aller, me disant que c'était chez nous, et que les armes devaient s'y taire. Je suis parti, et j'ai apporté ce message. Le forum a rassemblé tous les chefs coutumiers, ainsi que tous les chefs de guerre qui ont signé un document par lequel ils s'engageaient à abandonner les tueries, sous certaines conditions: que le Gouvernement reconnaisse leurs grades et les récompense pour s'être battus à ses côtés. La CONADER n'avait même pas un plan pour le Nord-Katanga, sinon qu'elle le sorte aujourd'hui. Pareil pour la MONUC. Après le forum, je suis venu faire rapport au chef de l'Etat, lui expliquant que les chefs de guerre étaient prêts à arrêter leurs activités militaires. Je suis réparti seul sur le terrain, j'ai conféré avec toutes les couches de la population, des chefs de guerre aux paysans en passant par les chefs coutumiers et autres.

Tout le monde m'a dit, unanime: il faut retirer les armes de la circulation. J'ai étudié le milieu, et conçu un plan adapté. J'ai écrit à la CONADER et au ministère de la Défense. Tout ce que la CONADER a trouvé de mieux à faire, c'est de m'écrire pour me dire que c'était à elle que revenait ce travail.

Mais elle n'avait aucun plan. J'arrive à Lubumbashi, je me réunis avec la CONADER/Katanga dans ma résidence. Le chef d'état-major était de la partie. J'explique que c'est un travail de la Société civile. J'ai déjà travaillé dans ce domaine dans plusieurs pays, en Angola, au Libéria, particulièrement dans le ramassage des armes et des mines. Je les ai convaincus que c'était le travail de la Société civile. Et j'ai décidé de mettre sur pied la première mission. La CONADER a désigné le conseiller du gouverneur en charge de la démobilisation pour la représenter. J'ai réalisé la première mission sans que la CONADER ne mette ses pieds dans le district du Haut-Lomami, au Nord-Katanga. Exemple: lors de la deuxième mission, je suis arrivé à Ankoro, où j'ai trouvé deux agents de la CONADER. Ils y étaient là depuis deux mois. Ils m'ont dit qu'il n'y avait aucune arme à ramasser dans cette localité, qu'ils n'avaient démobilisé personne, que, de toute façon, les gens ne voulaient même pas leur parler. Après un travail de terrain, moi, j'ai réussi à obtenir 1.117 armes, ils étaient impressionnés. Donc, nous nous complétons. Si j'avais trouvé la CONADER faisant son travail à Ankoro et que je venais pour faire la même chose, ce serait autre chose.

Qu'on me montre le plan qu'ils avaient élaboré pour le Haut Lomami. Grâce à mon action, ce district est à nouveau pacifié, les paysans se livrent à leurs activités sans crainte d'être agressés, l'enrôlement se fait sans heurt. Ce que nous voulons, c'est la paix. J'ai fait rapport à William Swing. Il m'a félicité pour le travail accompli,' mais, avec beaucoup de courtoisie, il m'a écrit pour me dire que ce travail revenait à la CONADER. Mais je ne pouvais pas rester sans réaction devant les tueries et le phénomène d'anthropophagie qu'il y avait à Malemba Nkulu, chez moi. Qu'est-ce qu'on veut au Congo? Les résultats ou les discours? 

Combien de combattants avez-vous démobilisés au total, et comment avez-vous procédé?

J'ai démobilisé environ 10.000 combattants. J'ai mis en place l'opération «arme contre vélo». Cela après avoir constaté que, dans ce milieu rural, le vélo était une vraie richesse pour des gens qui doivent faire des longues distances à pied. Mais pour réussir, il y a aussi la méthode.

Lorsque vous apportez des vélos, il faut penser aussi au chef coutumier, aux propriétaires des terres, à certains notables, au chef de la police du coin, aux soldats de la localité, aux chefs des groupes militaires. Sinon les gens ne comprennent pas pourquoi c'est seulement ceux qui ont commis des crimes qui sont récompensés. Et puis, le nombre d'armes ne correspondait pas toujours au nombre de combattants à démobiliser.

Chez le chef de guerre Nvuende à Kabundulu, par exemple, il y avait 4.600 enfants soldats, pour seulement ... 11 armes. Si vous remettez 11 vélos, vous créez des problèmes. 

D'où vous viennent les biens que vous distribuez?

Quand j'ai initié la première mission, l'on m'a cru difficilement. J'ai alors vu le chef de l'Etat, je lu aii expliqué mon projet et lui ai dit que j'avais élaboré un budget de 220.000 dollars. Il m'en a donné 100.000. Par la suite, plusieurs Nord-Katangais ont mis la main à la poche, tout comme l'homme d'affaires Moïse Katumbi. Je suis parvenu à mobiliser 180.000 autres dollars. C'était une mission d'essai-erreur.

Mais son impact sur terrain m'a donné de l'importance, même au- delà de nos frontières. J'ai résolu de voir les hommes d'affaires qui ont contribué. Un homme d'affaires kenyan, Mirali, P-dg de De Samir Group, qui avait suivi le reportage de la première mission sur TV5, m'a envoyé 500 vélos, D'autres hommes opérateurs économiques tels que Beltexco, Malta Forrest, Chemaf, TMB, et même la Gécamines, m'ont aidé. Nous avons pu mobiliser 4.000 vélos, louer les trains nécessaires à leur acheminement, acheter les pagnes qui vont avec, les filets de pêche, etc. Aujourd'hui, grâce à la paix retrouvée, j'ai appris que Vodacom vient d'installer une antenne à Malemba Nkulu, c'est une bonne nouvelle et j'en suis très fier !  

Mais pourquoi vous limitez-vous au Nord-Katanga? Pour récupérer les armes que le pouvoir des Kabila avait lui-même offerts aux miliciens?

Non. J'ai commencé par le Nord-Katanga, parce que c'est chez moi. Mais je ne vais pas me limiter seulement là. Mes projets prochains concernent Kinshasa et l'Ituri. Vous savez, l'insécurité à Kinshasa est causée par la prolifération des armes à feu dans la ville. J'étudie un moyen de procéder à leur collecte. Rassurez-vous, ici je ne donnerai pas de vélos! En ce qui concerne l'Ituri, je vais apporter ma contribution en tant que spécialiste dans la résolution des conflits, afin de permettre la réconciliation entre Hema et Lendu. 

Croyez-vous dans le processus électoral?

J'y crois. Il y a - et il y aura - des difficultés mais ce processus est le point de délivrance pour notre peuple. Aujourd'hui, le pays est paralysé par des grèves mais les partenaires occidentaux ne nous aideront jamais pour les problèmes sociaux aussi longtemps qu'il n' y aura pas élections. Cela a toujours été ainsi. C'est après les élections qu'ils vont soutenir un programme ambitieux avec un important volet social. Je demande aux Congolais d'y aller, même avec un nombre réduit d'électeurs. C'est une première expérience. Moi je ne suis candidat à rien. Je ne suis qu'un petit électeur de Ngaliema.

BELHAR MBUYI.

lesoftonline.net 28/09/2005 
  
 

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