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mardi 21 février 2012

Dan Gertler, un encombrant ami

MFC
Mis en ligne le 21/02/2012
L’homme d’affaires a attiré l’attention lors de l’hommage à M. Katumba.
Tous les téléspectateurs avaient remarqué le blanc à la barbe touffue qui s’asseyait, lundi dernier à Kinshasa, non loin de Joseph Kabila lors de la cérémonie d’hommage à Augustin Katumba, le mentor du chef de l’Etat décédé dans un accident d’avion à Bukavu le 12 février (lire "LLB" du 14/2). Ceux qui connaissaient les couloirs des palais de Kinshasa l’avaient facilement identifié : l’homme d’affaires israélien Dan Gertler, associé du défunt, qui avait profité de la toute-puissance de ce dernier au Congo pour mettre la main sur plusieurs sociétés minières du Katanga, acquises sous le prix du marché (voir "LLB" du 24/11).


Selon la lettre d’affaires éditée à Londres "Africa Confidential" du 17 février, un des clients de Dan Gertler pour ces achats, l’entreprise kazakhe ENRC (Eurasian Natural Resources Corp), a fait part aux autorités britanniques de ses préoccupations au sujet de Dan Gertler, indiquant que ce dernier " pourrait avoir obtenu des actifs miniers au Congo-Kinshasa par le crime et la corruption ".
Selon "Africa Confidential", ENRC coopère avec une enquête du Bureau des fraudes graves (Serious Fraud Office) à Londres et a soumis un "Rapport d’activité suspecte" à l’agence britannique pour le crime organisé (Serious Organized Crime Agency) dès le 12 août 2010, faisant part de ses soupçons que " les actifs du groupe Highwind, propriété de Dan Gertler, aient pu être obtenus par corruption". Selon la lettre d’affaires, cette dénonciation concerne l’achat de Kolwezi Tailings, une concession dont Highwind avait acheté 70 % des parts au gouvernement congolais pour 60 millions de dollars, soit " à peu près 5 % de sa valeur sur le marché" . Ce dont l’entreprise de Dan Gertler International se défend, affirmant avoir payé "la vraie valeur " des actifs miniers acquis.
La concession Kolwezi Tailings avait été saisie par le gouvernement congolais auprès de la minière canadienne First Quantum Minerals, avant d’être cédée à Gertler. L’entreprise canadienne, qui affirmait y avoir déjà consenti 750 millions de dollars d’investissements lorsque Kinshasa lui avait finalement retiré son agrément, avait alors entrepris, en février 2010, des actions légales contre ENRC, Gertler et le gouvernement Kabila, après que l’on eut appris que Kolwezi Tailings avait été cédé à un consortium minier inconnu basé aux îles Vierges britanniques en janvier 2010, consortium qui s’avérera appartenir à Dan Gertler.
Ce n’est qu’après la proclamation de Joseph Kabila comme vainqueur - controversé - de l’élection présidentielle du 28 novembre 2011 "que la compagnie canadienne a accepté un accord de compensation", indique "Africa Confidential", accord "à finaliser le 29 février" et selon lequel ENRC paiera 1,25 milliard à First Quantum pour tous ses actifs miniers au Congo, en échange de l’abandon des poursuites.
La confiscation des concessions de First Quantum par le gouvernement Kabila avait provoqué un retard dans la remise de la dette du Congo, en 2010. La Banque mondiale a confirmé cette mauvaise humeur vis-à-vis de Kinshasa le 9 février dernier, quand son président a affirmé qu’il s’opposait à l’idée de contribuer au budget général du Congo parce que les contrôles démocratiques y sont insuffisants.
Le Fonds monétaire international (FMI), préoccupé par le bradage d’actifs miniers nationaux par les autorités congolaises, a quant à lui suspendu l’an dernier son accord avec Kinshasa, accord dont dépend l’accès du Congo à des financements internationaux. Le député britannique Eric Joyce chiffre à 5,5 milliards de dollars le manque à gagner pour le Congo résultant de ces bradages. A titre de comparaison, le budget annuel du Congo est de 6,7 milliards de dollars, dont environ 4 milliards de fonds propres, le reste venant de la communauté internationale. Les Britanniques manifestent un intérêt croissant pour le Congo, dont ils sont devenus le principal donateur bilatéral avec la Belgique.




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