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mercredi 8 février 2012

Banditisme d’Etat en RDC : Le changement doit partir du sommet de l’Etat…

L’affaire Fabrice Mufiritsa est venue confirmer l’immoralité qui caractérise la conduite du personnel politique congolais. Une immoralité qui s’illustre notamment par des «amitiés dangereuses» – entretenues par la plus haute autorité de l’Etat avec des «warlords», ces seigneurs de la guerre. Avec des tels «amis» du «raïs», le Congo démocratique n’a point besoin d’ennemis.

Trois mois après l’enlèvement à Goma du chanteur Fabrice Mufiritsa Masumbuko, l’opinion congolaise attend toujours de connaître les conclusions de l’enquête que la police locale n’avait pas manqué d’ouvrir sur cette affaire criminelle. Une affaire qui s’est terminée, fort heureusement, par la découverte de la victime : les yeux bandés et pieds et poings liés. Le très influent quotidien flamand «Het Belang van Limburg» (HBVL) présente le «général» Bosco Ntaganda comme étant le commanditaire de cet enlèvement. Le chanteur a été kidnappé avec deux amis. Ceux-ci n’ont jamais été retrouvés.

Dans une de ses éditions, fin janvier, le journal «HBVL», rapporte que c’est bien Bosco Ntaganda qui avait fait «arrêter, torturer et enfermer» «Fabrice» dans une «prison souterraine». Le quotidien d’ajouter que durant sa détention, le chanteur a été obligé d’assister à la décapitation d’un de ses amis. Le corps a été par la suite jeté dans le lac Kivu dans un sac rempli des pierres. Pour «HBVL», Ntaganda est l’«organisateur de la répression politique pro-Joseph Kabila au Kivu ».

Issu de l’ethnie Hunde, Fabrice Mufiritsa, un chanteur bien connu, a été enlevé le vendredi 4 novembre au chef-lieu du Nord Kivu par des individus « non identifiés ». Qui avait enlevé ce jeune homme ? Les premiers soupçons s’étaient portés sur les éléments de la garde présidentielle. «Faux», réagissait précipitamment le gouverneur Julien Paluku avant même de faire ouvrir une petite de investigation. «Depuis plusieurs années, les éléments de la garde présidentielle sèment la terreur à Goma», déclarait Michel Moto Muhima dans une interview accordée à notre journal en novembre dernier.

Quel est le mobile de cet acte digne du grand banditisme? Des Gomatraciens se sont souvenus que le chanteur avait composé une chanson à la gloire de Vital Kamerhe, président de l’Union pour la Nation Congolaise. Et que l’artiste avait été contacté par des « kabilistes » en vue d’obtenir un chant pour le « raïs ». Refus.

Les pieds et les poings ligotés

Après un long suspend de près de 72 heures, Mufiritsa est retrouvé le lundi 7 aux environs de deux heures du matin. Manifestement, «quelqu’un» avait organisé une « fuite » en donnant des indications précises sur le lieu. Il faut dire que des membres de la communauté Hunde étaient montés au créneau en promettant des bosses et des plaies à quiconque toucherait à un des cheveux de leur «vedette». Les yeux bandés. Les pieds et les mains ligotés. Fabrice a été torturé durant sa détention.

Dans une interview accordée à RFI (Radio France Intertionale), le musicien donnait, via son oncle René Hodari, sa version des faits : « Fabrice Mufiritsa sortait à 19h30 de son studio, lorsqu’il a trouvé un véhicule dans lequel on jouait une de ses chansons. Le conducteur lui a proposé de le ramener à la maison. Il répondit : volontiers, si vous écoutez ma musique, c’est que vous êtes aussi mes amis. Mais, au lieu de l’emmener chez lui, on l’a amené là où ils voulaient. Donc il a été piégé. Il a été torturé. Il y a encore des traces montrant comment il a été ligoté, puisqu’il avait les mains liées derrière le dos, les deux jambes aussi. Il était là comme un fardeau. On le mettait tantôt dans le coffre d’un véhicule, tantôt dans une sorte de case».

Rappelons l’arrivée à Goma, ce même 7 novembre – soit trois semaines avant les élections présidentielle et législatives -, du ministre de l’Intérieur, Adolphe Lumanu Mulenda. Quelques heures après la découverte de Fabrice, ce membre du gouvernement a improvisé une « visite d’inspection » au Nord Kivu. «Je viens faire l’évaluation du processus électoral, de la sécurisation du processus en rapport avec les derniers événements survenus dans la ville de Goma», déclarait-il. Premier acte, il se rend à l’hôpital « reconforter » Fabrice et annoncer la décision de la «haute hiérarchie» de faire transférer l’infortuné chanteur en Inde afin de recevoir des «soins plus appropriés». Une sollicitude inhabituelle. « Joseph Kabila » a-t-il été décontenancé par la réaction des membres de la communauté hunde face aux excès des « hommes du président »?

«Warlords»

Ces « hommes du président » sont généralement des individus peu recommandables. Des individus à la mine patibulaire recherchés par la justice internationale. En avril dernier, l’ex-chef milicien de l’Ituri Franck Bwambale Kakolele, promu «général» par la volonté du « raïs », avait offert à celui-ci ses services en qualité de « propagandiste » pour la région de Beni-Lubero. Au cours d’un meeting à Beni, Kakolele invitait «tout le monde à voter pour Joseph Kabila» qui serait, selon lui, «l’unique candidat capable de gouverner ce grand pays». Il ajoutait sur un ton comminatoire : «Il ne faudra plus miser sur un autre candidat si la population voulait le retour de la paix dans la région».

Dans un rapport publié vendredi 30 décembre dernier, un Groupe d’experts des Nations Unies chargé d’observer la situation au Congo démocratique indique que des ex-rebelles proches de Bosco Ntaganda, ont bénéficié des « largesses » de « Joseph Kabila » sous forme d’intégration et de nomination. Et ce, en contrepartie du « soutien actif » que ces anciens rebelles ont apporté au président sortant pour sa « réélection ». Le rapport est formel : le soutien consenti à « Kabila » par Ntaganda et les anciens rebelles « a pu se traduire notamment par l’utilisation de l’armée pour forcer les électeurs à voter Kabila ».
L’affaire Fabrice Mufiritsa est venue confirmer l’immoralité qui caractérise la conduite du personnel politique congolais. Une immoralité qui s’illustre notamment par des «amitiés dangereuses» – entretenues par la plus haute autorité de l’Etat avec des «warlords», ces seigneurs de la guerre. Avec des tels «amis» du «raïs», le Congo démocratique n’a point besoin d’ennemis. Le changement doit partir du sommet de l’Etat…

B.A.W
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